‹ Les maladies de la mémoireChapitre 4 sur 36 · Carpenter, Mental Physiology, p · texte numérisé non relu

Carpenter, Mental Physiology, p

2. Trousseau, Leçons cliniques, t. II, XLI, § 2. Ou trouvera au même endroit plusieurs autres faits de ce genre. Nous y reviendrons en parlant de la pathologie de la mémoire.

inent. de la mémoire, quels changements a subis le système nerveux, quand un groupe de mouvements est définitivement organisé ? Nous arrivons ici à la dernière question qu’on puisse, sans sortir des faits, se poser à propos des bases organiques de la mémoire ; et si la mémoire organique est une propriété de la vie animale, dont la mémoire psychologique n’est qu’un cas particulier, tout ce que nous pourrons découvrir ou conjecturer sur ses conditions ultimes sera applicable à la mémoire tout entière.

Il nous est impossible, dans cette recherche, de ne pas faire une part à l’hypothèse. Mais, en évitant toute conception à priori, en nous tenant près des faits, en nous appuyant sur ce qu’on sait de l’action nerveuse, nous évitons toute grosse chance d’erreur. Notre hypothèse est d’ailleurs apte à d’incessantes modifications. Enfin, à la place d’une phrase vague sur la conservation et la reproduction de la mémoire, elle substituera dans notre esprit une certaine représentation du processus extrêmement complexe qui la produit et la soutient.

Le premier point à établir est relatif au siège de la mémoire. Cette question ne peut donner lieu actuellement à aucune controverse sérieuse. « On doit regarder comme presque démontré, dit Bain, que l’impression renouvelée occupe exactement les mêmes parties que l’impression primitive et de la même manière.^» Pour en donner un exemple frappant, l’expérience montre que l’idée persistante d’une couleur brillante fatigue le nerf optique. On sait que la perception d’un objet coloré est souvent suivi d’une sensation consécutive qui nous montre l’objet avec les mêmes contours, mais avec la couleur complémentaire de la couleur réelle. 11 peut en être de même pour l’image (le souvenir). Elle laisse,

quoique avec une intensité moindre, une image consécutive. Si, les yeux fermés, nous tenons une image d’une couleur très vive longtemps fixée devant l’imagination, et qu’après cela, ouvrant brusquement les yeux, nous les portions sur une surface blanche, nous y verrons durant un instant très court l’image contemplée en imagination, mais avec la couleur complémentaire. Ce fait, remarque Wundt à qui nous l’empruntons, prouve que l’opération nerveuse est la même dans les deux cas, dans la perception et dans le souvenir */

Le nombre des faits et des inductions en faveur de celte thèse est si grand qu’elle équivaut presque à une certitude et qu’il faudrait des raisons bien puissantes pour l’ébranler. En fait, il n’y a pas une mémoire, mais des mémoires ; il n’y a pas un siège de la mémoire, mais des sièges particuliers pour chaque mémoire particulière. Le souvenir n’est pas, suivant l’expression vague de la langue courante, « dans l’âme » : il est fixé à son lieu de naissance, dans une partie du système nerveux.

Ceci posé, nous commençons à voir plus clair dans le problème des conditions physiologiques de la mémoire. Pour nous, ces conditions sont les suivantes :

1° Une modification particulière imprimée aux éléments nerveux ;

2° Une association, une connexion particulière établie entre un certain nombre de ces éléments.

On n’a pas donné à cette seconde condition l’importance qu’elle mérite, comme nous essayerons de le montrer.

1. Pour plus de détails sur ce point, voir Bain, Les sens dt l’ intelligence, trad. Gazelles, p. 304 et appendice D.

Pour nous en tenir, en ce moment, à la mémoire organique, prenons l’un de ces mouvements automatiques secondaires qui nous ont servi de type, et con-idérons ce qui se passe pendant la période d’organisa- „f'on : soit, par exemple, les mouvements des membres nféricurs pendant la locomotion.

Chaque mouvement exige la mise en jeu d m certain nombre de muscles superficiels ou profond.-, de tendons, d’articulations, de ligaments, etc. Ces modifications — au moins la plupart — sont transmises au sensorium. Quelque opinion que l’on professe sur les conditions anatomiques de la sensibilité musculaire, il est certain qu’elle existe, qu’elle nous fait connaître la partie de notre corps intéressée dans un mouvement et qu’elle nous permet de le régler.

Que suppose ce fait? 11 implique des modifications reçues et conservées par un groupe déterminé d’éléments nerveux. « Il est évident, dit Maudsley (qui a si bien étudié le rôle des mouvements chez l’homme), qu’il y a dans les centres nerveux des résidus provenant des réactions motrices. Les mouvements déterminés ou effectués par un centre nerveux particulier, laissent, comme les idées, leurs résidus respectifs, qui, répétés plusieurs fois, s’organisent ou s’incarnent si bien dans sa structure que les mouvements correspondants

peuvent avoir lieu automatiquement Quand nous

disons : une trace, un vestige ou un résidu, tout ce que nous voulons dire c’est qu'il reste dans l'élément organisme un certain effet, un quelque chose qu'il retient et qui le prédispose à fonctionner de nouveau de la même manière » C’est celte organisation des « ré-

1. Maudsley, Physiologie de [esprit, tra l. Herzen, p. 233 et 252.

sidus » qui, après la période de tâtonnement dont nous avons parlé, nous rend aptes à accomplir nos mouvements avec une facilité et une précision croissantes, jusqu’à ce qu'enfin ils deviennent automatiques.^

En soumettant à l’analyse ce cas très vulgaire de mémoire organique, nous voyons qu’il implique les deux conditions mentionnées ci dessus.

La première est une modification particulière imprimée aux éléments nerveux. Gomme elle a été souvent signalée, nous nous y arrêterons peu. D’abord le filet nerveux, vierge par hypothèse, l’ecevant une impression toute nouvelle, garde-t-il une modification permanente? Ce point est discuté. Les uns voient dans les nerfs un simple conducteur dont la matière constituante, un moment troublée, revient à son état d’équilibre primitif. Que l’on explique la transmission par des vibrations propagées le long du cylindre-axe ou par une décomposition chimique de son protoplasma, il est cependant difficile d’admettre qu’il n’en reste rien. Sans insister, nous trouvons au moins dans la cellule nerveuse l’élément qui, d’un commun accord, reçoit, emmagasine et réagit. Or l’impression, une fois reçue, la marque d’une empreinte. Par là, « il se produit une aptitude et avec elle une différenciation de l’élément, quoique nous n’ayons aucune raison de croire qu’à l’origine cet élément différât des cellules nerveuses homologues. » (Maudsley, loc. cit., p. 252.) « Toute impression laisse une certaine trace ineffaçable, c’est-à-dire que les molécules, une fois arrangées autrement et forcées de vibrerd’une autre façon, ne se remettront plus exactement dans l’état primitif. Sij’efficuic la surface d’une eau tranquille avec une plume, le liquide ne reprendra plus la forme qu’il avait aupa-

ravanl; il pourra de nouveau présenter une surface tranquille, mais des molécules auront changé de place, et un œil suffisamment pénétrant y découvrirait certainement l’événement du passage de la plume. Des molécules animales dérangées ont donc acquis par là un degré plus ou moins faible d’aptitude à subir ce dérangement. Sans doute, si cette même activité extérieure ne vient plus agir de nouveau sur ces mêmes molécules, elles tendront à reprendre leur mouvement naturel ; mais les choses se passeront tout autrement si elles subissent à plusieurs reprises celte même action Dans ce cas, elles perdront peu à peu la faculté de revenir à leur mouvement naturel et s’identifieront de plus en plus avec celui qui leur est imprimé, au point qu’il leur deviendra naturel à son tour et que plus tard elles obéiront à la moindre cause qui les mettra en branle b »

11 est impossible de dire en quoi consiste cette modification. Ni le microscope ni les réactifs, ni l’histologie ni l’histochimie ne peuvent nous l'apprendre ; mais les faits et le raisonnement nous démontrent qu’elle a lieu.

La deuxième condition, qui consiste dans l’établissement d’associations stables entre divers groupes d’éléments nerveux, n’a pas jusqu’ici attiré l’attention. Je ne vois pas que les auteurs même contemporains en aient signalé l’importance. C’est cependant une conséquence nécessaire de leur thèse sur le siège de la mémoire.

Quelques-uns semblent admettre, au moins implicitement, (yi’un souvenir, organique ou conscient, est

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