LES GASTRITES TOXIQUES ET LA GASTRITE PHLEGMONEUSE
L'ÉTIOLOGIE L*ANAT0M1E PATHOLOGIQUE — LA SYMPTOMATOLOGIK LE DIAGNOSTIC — LE TRAITEMENT
Les gastrites toxiques. — L*étiologie. ~- L'anatomie pathologtfiiQ. — Les lésions produites par les agents causliques et les divers poisons. — L» symptomatologie générale. — Les gastrites par poisons corrosifs. — Les gastrites toxiques proprement dites. — La symptomatologie spéciale à chaque caustique ou poison. — Le diagnostic. — Le traitement.
Létioiogie. 11 y a deux cspèces (le gastrites toxiques. Lesunes
sont dues à l'ingestion des acides minéraux et des alcalis caustiques qui escharifient une région plus ou moins étendue de l'estomac avec inflammation réactionnelle. Les autres, dues à l'ingestion de vrais poisons, accompagnent les symptômes de l'intoxication générale que ceux-ci provoquent et se terminent souvent par des nécroses partielles liées à l'intensité du processus phlegmasique.
Les gastrites du premier groupe sont causées parles acides sulfurique, azotique, chlorhydrique, phénique, oxalique, etc., et par la soude, la potasse caustique, l'ammoniaque, l'eau sédative, etc. Celles du deuxième groupe par l'arsenic, le phosphore, les sels d'argent, de mercure, de cuivre, les poisons végétaux, les cantharides, les champignons vénéneux, etc.
Les lésions analomiques difTèreat suivaDl la naliire du caustique et du poison. Les caustiques oni laissé des traces de leur passage sur les lèvres et dans la bouche et le pharynx. Dans l'estomac, les lésions sont plus marquées aui poiuts qui ont été en contact avec l'ageat caustique, au cardia, à la petite courbure et dans l'antre pyloriqiie.
Les recherches de IK)ter expliquent aisément cette plus grande fréquence des lésions à la petite courbure et à la région pylonque'. La petite courbure, au lieu d'être horisonlale comme l'oDl écrit les anatomisles, est verticale et située presque tout entière à gauche de la ligne médiane. Sa concavité regarde à droite et sa convexité reçoit au voisinage du cardia le choc du bol alimentaire, comme vous pouvez le voir sur la figure 19 ;
Les liquides corrosifs, les produits toxiques viendront donc intéresser d'abord le tiers supérieur de la petite courbure au point A et ensuite les alentours du pylore ou le pylore lui-même (B) si l'estomac est vide. Ceci explique tes rétrécissements cicatriciels du pylore si fréquents après l'ingestion des liquides caustiques. Si l'estomac avait, dit Doyen, la forme et la situation qu'on lui attribue d'ordinaire {Ag. 20), les corrosifs et les toxiques tomberaient directement sur la paille moyenne de la grande courbure, au point E, et n'atteindraient que rarement le pylore situé sur un plan supérieur.
L'estomac est le plus souvent rétracté sur lui-même, soit au début
08i LES HALAillES ORGANIQUES DE L'ESTOHAC
de la gasirite, soitquand celle-ci s'est prolongée; on connail le cas de PiLUET où l'organe réduit au volume du poing n'était plus qu'une
poche cicatiicielle fixée i^ la colonne vertébrale par des adhérences fibreuses.
Avec les caustiques acides, les tissus sont quelprodniMa pu ua quefois (iélruits sur uHe grande étcndue. A côlé despar- "Sd^" ties escharifiées, la muqueuse tuméfiée et congcstioQoée est le siège de plaques hémorrhagiques. Les perforations et les périloniles générâtes ou partielles, les périgasiriles surtout, sont assez fréquentes.
L'acide sulfurique produit des escbares biuoes ou noires; la muqueuse est détruite et se détaclie par lambeaux. Avec l'acide azotique, les perrorationssont plus rares; la muqueuse est ramollie, ecchyinosce, et chacun des points touchés par l'acide est entouré d'une zone jaunâtre. Avec l'acido chlorhydrique, peu de perforations, muqueuse stomacale ramollie et marquée de lignes noires, plaques bninesd'escharificalion. Avec l'acide oxalique, perforations exceptionnelles (cas de Wood), congestion intense de l'eslomac ou encore aspect gangreneux et ramollissement de la muqueuse qui se décolle et s'escharifie. Avec l'acide phéniquc, la muqueuse, injectée et corrodée par places, est parsemée de taches blanches.
Lu itaioBi jVvec tes alcalis caustiques, tes lésions sont aussi
Bicdiu profondes et peul-èlre plus dilTuses. La muqueuse et
causuqnea. quelquefois l'estomac tout entier sont ramollis. Chei une femme qui avait avalé 45 grammes d'ammoniaque liquide et qui survécut six semaines, la muqueuse œsophagienne avait com-
plètement disparu jusqu'au cardia; le grand cul-de-sac de Testomac, complètement détruit, était comblé par la rate réduite en bouillie ^
Lagastriu La congcstion, les points hémorrhagiquesou encore
phosphoriqae. j'^^gp^^j^ mamelonué et jaunâtre de la muqueuse gastrique, aspect dû à une dégénérescence graisseuse aiguë des glandes (CoRNiL, ViRCHOW, Ebstein), Caractérisent la gastrite du phosphore.
u gastrite Daus la gastritc arsenicale, on voit, au niveau
arsenicale. 11 1 1. j 1 1 •
de la grande courbure, des plaques ovalaires ou arrondies, violacées ou noirâtres, excoriées ou ulcérées (A. Tardibu). Ces plaques existent même dans certains cas où Tintoxication n'a pas eu lieu par la voie stomacale.
La Avec le sublimé corrosif, Festomac est con-
^oisoM*^ tracté, rouge avec un piqueté ecchymolique. La mumétaïuques. qucusc cst Tougc par placcs. Taylor a cité un cas
d'ulcération. Les eschares sont noires avec le nitrate d'argent,
verdâlres avec les sels de cuivre.
L'éTointion des Quaud Ics cscharcs sont peu étendues et superii- "** cielles, leur réparation peut être totale ; si elles sont profondes, la réparation, quand elle a lieu, se fait par suppuration et cicatrisation, d'où des déformations et des rétractions plus ou moinsétendues de l'estomac et de ses orifices*, et des adhérences ou des communications anormales avec les organes voisins qui exposent le malade aux plus graves complications.
^ Il y a un ensemble symptomatique commun
symptomatoiogie aux gastritcs par poisons corrosifs, d'une part, aux gas-
— trites toxiques proprement dites, d'autre part, et une
^oïï'^^oïïto. symptomatologie spéciale à chaque espèce de
caustique ou de poison. Les symptômes communs aux gastrites par poisons corrosifs sont : l'apparition subite chez un individu en bonne santé d'accidents gastriques violents
1. Albert Robin. — Noie sur ud cas d'empoisonDciucnt pur rammoniaquc, Comptes rendus de la Société de biologie, 187i.
2. Uardenfrldt. — Mûnchener medicinische Wochenschriftf n*» 7, 1900. — V. Beylung, fiygiea, n» 6, 1900. — E. Klein, Wiener klinische Rundschau, n® 5, 1900, citent des cas de sténose pylorique ou de biloculalion gastrique, avec intervention chirurgicale.
accompagnés de douleur et de brûlure dans la bouche, la gorge et l'œsophage; les douleurs épigaslriques vivement exaltées par la moindre pression et s'irradiant à la base du thorax et dans tout l'abdomen; les vomissements précoces, non suivis de soulagement, réveillés par l'ingestion d'un liquide quelconque et formés d'abord de débris alimentaires mêlés au caustique ou au poison ingérés, puis de mucosités sanglantes, de sang diversement altéré, de débris de muqueuse; la soif ardente, le hoquet, les coliques et la diarrhée sanguinolente. Le pouls est petit et faible, le faciès pâle et tiré, les yeux excavés. La douleur arrache au palient des plaintes continuelles. La température s'abaisse, la peau se couvre d'une sueur froide; les membres sont le siège de crampes douloureuses; l'urine diminue jusqu'à la suppression, et le malade tombe dans un col lapsus mortel avec de la cyanose du visage, des lipothymies ou des syncopes, ou il est emporté par une péritonite suraiguë par perforation; les accidents se déroulent en quelques heures ou en quelques jours au plus.
Dans les cas moins graves, la diminution des douleurs et des vomissements, la tolérance gastrique pour les liquides et le lait, la survenance d'une fièvre modérée qui remplace le collapsus sont autant de signes indiquant des chances de guérison relative qui laisse toujours le malade exposé aux dangers des accidents de la cicatrisation et de ses suites, tels que les hémorrhagies par élimination des eschares, la péritonite secondaire, l'inanition progressive, etc.
La Les symptômes des gastrites toxiques propre-
'Tes^^tef' ^^^^ dites sont bien différents; car il ne s'agit plus
toxiques d'accidcnts subits et immédiatement liés à l'action
proprement dites. , , , .. • j • • *m «
locale du caustique, mais de poisons qui, s ils enflamment l'estomac, ne le détruisent pas, et dont les effets toxiques sur l'ensemble de l'organisme dominent presque toujours la symplomatologie. Les vomissements du début sont alors salutaires puisqu'ils rejettent au dehors une partie du poison. Dans la majorité des cas, le danger immédiat est plutôt dans l'intoxication générale que dans la gastrite. Les accidents d'intoxication varient suivant la nature du poison; les plus fréquents sont l'albuminurie, les signes des stéatoses viscérales, les hémorrhagies, les éruptions cutanées, l'ictère, la paralysie, l'affaiblissement du cœur, etc. Quand le malade échappe aux dangers de l'intoxication, il a encore à traverser les phases évolutives de la gastrite et à redouter ses conséquences éloignées sur la structure de l'estomac et tout au moins sur ses aptitudes digestives.
-ç fil
Quel que soit le caustique ou le poison, et même dans les gaslriles les plus légères, ia convalescence est lente et la digestion demeure longtemps difficile.
i. Avec l'acide sul furique.alroces douleurs, vomis-
"'^^rtïta"'" sements bnio noirâlre très acides, fréquente perforaàchH|iwciniuq>w lioD de l'eslomac coïncidant avec l'arrêt des vomisse- '"'!'"' meots et les slgoes locaux d'une péritonite suraigui', L'Kido tDiforiqd.. pgg jg diarrhée, haule densité de l'urine (Litten). Quand les malades ne succombent pas tout desuile, vomissements possibles de lambeaux de muqueuse (L.vBouLBÈNEi, graves déformations et rétrécissements cicatriciels secondaires de l'eslomac.
L'ti^dB uotbiaa ^^^'^ l'acidc azoliquc, taches jaunes sur les lèvres, langue citron, douleurs violentes, dysurie, diarrhée ou constipation.
i.Botd« Avec l'acide chlorhydrique, lâches grisâtres sur
çuorhrdriqda. j^^ [èvres et dans la bouche, formation de fausses membranes sur les muqueuses atteintes.
L'acideoi.uqQa ^vec l'acide oxalique, symptômes convulsifs eti'toidaphtidqna. bientôt suivis de prostration et de stupeur. Avec l'acide phonique, lèvres et langue blanches, odeur caractéristique des vomissements, collapsus rapide.
uiiicdu Avec les alcalis caustiques, la symptomatologic
omMicpiai. gg rapproche de celle des gastrites par corrosifs acides.
J'ai noté, dans l'empoisonnemcnl par l'ammoniaque, la sialorrhée,
l'albuminurie légère et les douleurs musculaires violentes, surtout
dans les muscles de la cuisse.
Avec les arsenicaux, vomissements blanchâtres, plus rarement sangiiinolenls, diarrhée cholériforme, crampes dans les membres.
Avec le phosphore, éructations phosphorescentes, puis douleurs, vomissements et diarrhée, ictère du deuxième au quatrième jour, albuminurie, possibilité d'hémorrhagies secondaires par diverses voies.
La Avec le sublimé corrosif, vomissements et
•abum» oorroiu. jij,fpi,ée sanguinolcnte, salivation et odeur félide de
rhaleine, gonflement de loule la cavité buccale, diminution ou suppression des urines.
Le début brusque des accidents, les lésions pro-
Le diagnostio. , '■
duites par le caustique ou le poison sur la bouche et les lèvres, Texamen des vomissements laisseront peu de doutes sur l'origine toxique de la gastrite dont le diagnostic présente rarement de difficulté. Et vous compléterez les indications générales que je vous ai exposées par les renseignements que donnent les Traités de toxicologie.
Sauf en ce qui concerne les caustiques, le phosphore et les arsenicaux dont les eflels sont assez caractéristiques, il est souvent malaisé de reconnaître d'emblée la nature de l'agent toxique, et je vous renvoie encore aux Traités de toxicologie pour celte étude complémentaire.
V i.^ traiument. La première indication du traitement est d'é vacu er
"■ . l'agent toxique. Si c'est un caustique violent,
L éTaouatlon et la ^ . * ^ '
Mtarauon de Tevacuatiou par la sonde ou par un vomitif n' est presque 1 agent toxique, jj^j^^^jg possible. Vous fcrcz avalcr de Veau de chauxy
de la magnésie^ du bicarbonate de soude^ de la craie ou même des cendres délayées dans l'eau si le malade a ingéré un caustique acide. Au cas d'ingestion de soude, de potasse ou d'ammoniaque, donnez du jus de citron ou de Veau vinaigrée qu'on peut avoir partout sous la main. Si l'empoisonnement est causé par un sel caustique métallique, faites ingérer de Veau albumineuse ou du lait en abondance, ei provoquez le vomissement par la titillation de la luette ou du pharynx.
Contre l'atroce douleur qui torture le malade, pratiquez tout de suite une injection sous-cutanée de chlorhydrate de morphine et donnez a Tintérieur la solution suivante :
îjtf Chlorhydrate de cocaïne 09'',40
Chlorhydrate de morphine 0«%40
Sulfate neutre d*atropine O^^OOS
Eau de laurier-cerise 10 grammes
Eau distillée 300 —
F.s.a. Solution, dont on donnera une cuillerée à soupe toutes les heures,
jusqu'à concurrence de quatre cuillerées.
Contre le refroidissement, le collapsus, utilisez les stimulants généraux par la voie hypodermique, injections de bromhydrale ou de benzoate de caféine^ ù'éther.
En même temps, donnez de petits morceaux de glace à sucer pour
~ ^^ ^«wiMHamp^
calmer la soif et appliquez un sac de glace sur le creux épigasirique. La diète absolus est de rigueur ; mais vous avez, pour soutenir le malade, la ressource des lavements alimentaires \
S'il s'agit d'un poison proprement dit et qu'on puisse se procurer rapidement un tube approprié, on pratiquera l'évacuation et le lavage de Vestomac, Sinon, on provoquera les vomissements plulôt mécaniquement, avec de V ipéca ou avec Y injection souscutanée d^apomorphine, et Ton essayera en même temps de neutraliser le poison. Contre les arsenicaux, employez le sesquioxyde de /er à la dose de 4 à 6 grammes dans du bouillon; contre le phosphore, la magnésie. Veau de chaux. Veau albumineuse, le lait; contre le sublimé, le lait et le ftia/io rf'œu/*; contre les sels de cuivre, \Qblanc d'cpt^/" en grande quantité. 11 est bon de provoquer le vomissement après chaque ingestion de l'antidote.
u traitement ^^ traitement consécutif comprend deux par-
consèoatif. ^jgg 2 . j'abord, celle qui s'adresse à l'intoxication générale, puis celle qui vise plus spécialement la gastrite.
Contre l'intoxication générale, ]espurgatifs et les diurétiques éliminateurs. Contre ses symptômes dominants, voici les quatre indications principales : l** Pour combattre les lipothymies et les symptômes de l'ordre des s^ncoipesyinhalatiousdenitrited'amyleyinjeclions sou^'Cutanées d-éther, d'huile camphrée, de benzoate de caféine ou III gouttes d'une solution alcoolique de ttinitrine au centième dans un peu d'eau. — â** Quand la respiration" est compromise et que l'asphyxie est à craindre, inhalations d'oxygène, respiration artificielle, tractions rythmées de la langue, — 3' En cas de collapsus, simulants généraux y injections hypodermiques d'éther ou de caféine. — 4** En cas d'excitation ou de convulsions, chloralk rintérieur ou en lavement et inhalations de chloroforme, à moins que l'on n'ait affaire à un poison cardiaque.
En ce qui concerne la gastrite, maintenir Testomac au repos le plus longtemps possible, n'utiliser la voie stomacale pour Tintroduclion des médicaments qu'en cas d'absolue nécessité et, si les voies rectale et sous-cutanée sont insuffisantes ou inemployables, faire, suivant les cas, des applications calmantes et glacées sur Vépigastre; puis revenir lentement à l'alimentalion d'abord liquide qu'on prolongera le plus longtemps possible et qu'on graduera ensuite avec d'infmies précautions.
1* Voyez pages âOl et suivantes.
2. Voyez, sur celte question du traitement : Albert Robin et Bardet. — Traitement des empoisonnements divers, Traité de thérapeuUqite appliquée, p. 278, fasc. III.
La gastrite phlegmoneuse. — L*étiologie. — L*anatomie pathologique. — La forme diffuse. — La forme circonscrite. — Les lésions de voisinage. — L*hisloiogie et la bactériologie. — La symptomatologie. — La marche, la durée, les terminaisons- — Le diagnostic. — Le traitement,
ugastrite La gastrite phlegmoneuse (gastrite sous-mu-
phiegmonoose. qy^use alguë dc Jaccoud, linitc suppurative de Brlnton) est une affection rare dont on ne connaît guère qu'une soixantaine d'observations. Elle est caractérisée par une suppuration diffuse ou collectée en abcès du lissu cellulaire sous-muqueux. Elle est la manifestation d'une infection primitive ou secondaire. Dans le premier cas, les agents infectieux sont introduits par les aliments : dans le second, le phlegmon n'est que la localisation stomacale d'une infection générale.
Elle a fait l'objet d'assez nombreux travaux de la part de Brinton, Uaynacd, Auvray, II. Krause, Leube, Glax, Lewandowsky, Sébil- LON, MiNTz, Khanoutina, E.-L. André, etc.)*. Bouveret, Debove et Rémond en ont donné de bonnes descriptions.
Létioiogie L'étioljDgie des cas dits primitifs est très
vague. On a signalé l'influence des li*aumatismes (cas de LooMis, de Kirschmann), du froid, de l'alcool, de l'ingestion d'aliments avariés (Chvostek). Mais, derrière cette cause occasionnelle, on rencontre très souvent dans les observations d'anciennes lésions de l'estomac, telles que gastrite ulcéreuse, gastrite alcoolique, ulcère simple (Cornil, Glaser) et cancer (Glaskr, Lasègue, Mintz). D'autres sujets étaienj. de vieux dyspeptiques. Les affections agissent comme causes prédisposantes en diminuant les actes de défense de l'estomac contre les agents pathogènes introduits par la bouche ou venus pai' la voie sanguine.
Ces lésions antérieures se retrouvent aussi dans un grand nombre des cas de la forme dite secondaire qui reconnaît comme éliologie directe les maladies les plus disparates : la pyohémie, l'érysipèle, la lièvre puerpérale, les fièvres éruptives, la lièvre typhoïde, la gangrène du poumon, etc.
1. On trouvera une bibliographie assez, complèle cl raisonnée de la gastrite phlegmoneuse dans l'excellent travail de E.-L. André (Archives de médecine et de ptiormacie militaires, t. XXXIV, p. 3i9, 1899).
LA GASTRITE PHLEGMONEUSE (1
La maladie est plus fréquente chez l'homme que chez ta femm E.-L. André a noté 32 hommes et 0 femmes sur 38 cas. Elle semt aussi plus fréqueale en Allemagne, si l'on en juge par le nombre d obset'valioQS publiées.
L'tnaiomia Auatomiquement, la gasliile phlegmoneusc
pamoiogiqu*. présente sous deux formes, la forme diffuse el forme circonscrite ou abcès de l'estomac, qui ont à peu pt une égale fréquence.
Dans la forme diffuse, il y a une infiltratii
La tarm* dittosa. >.,.,, . . . . ■
purulente g^ni^ralisce du lissu cellulaire sou muqueux qui envahit les autres tuniques de l'estomac. L'organe < dilaté par paralysie de sa tunique musculeuse. Il conlientdes mue sites, des liquides hémorrhagiques, rarement du pus. Ses parois se épaissies, résistâmes ou flasques suivant la période de la maladie.
La couche sous-muqueuse est épaisse, gélatiniforme, infiltr d'un liquide puriforme. Si le malade a survécu quelque temps, u nappe de pus fuse sous la muqueuse qu'elle décolle ou perfore s'insinue dans les autres couches de la paroi gastrique. Lamuqucu a les aspects les plus divers : pAle ou injectée, transformée en u $;elée (luctuante, nécrosée par places, réduite en masse pulpeu brun noirâtre, ulcérée, décollée, laissant suinter du pus par petites érosions, etc. La tunique musculeuse est dissociée p l'infiltralton purulente; elle peut être détruite (IlEïPELnER). Du c( de la tunique séreuse, péritonite par propagation plus ou moi étendue. Dans le cas de Lëwandowskv, le pus faisait saillie sous séreuse qu'il perfora pour s'épancher dans le péritoine.
uionne Duus la l'ormc i.irconscrite, le phlegmon abou
à la formation d'un et plus rarement de plusieurs abc
circonscrits à siège habituellemenl péri-pylorique, variant des dime
sions d'une noix à celles du poing, et qui s'ouvrent dans le péritoir
dans la cavité stomacale ou même dans les organes voisins.
LaiiMoDs Les lésions de voisinage sont plus fréqucn
naga. ^^^ ^j^^ étefldues dans la forme diffuse. On a signi la propagation de la suppuration au péritoine, à la plèvre, péricarde, aux méninges, l'hypertrophie de la rate (Asviinu les néphrites (Malmsten, A. Reï), la gangrène de la vésici biliaire (G. Stewart), les abcès mêlas ta tique s, etc. La plupart de (
ésions dépendent évidemment de l'état infectieux primitif au même titre que la gastrite phlegmoneuse.
L'histologie L'histologie ne nous apprend qu'une chose, c'est
et la bactériologie. , jfi . j . , o , ,
que le processus débute dans les couches profondes de la muqueuse et superficielles de la sous-muqueuse. Les examens bactériologiques ont révélé la présence du streptocoque*. En se fondant sur des analogies, E.-L. André pense que le coli-bacille prend une part importante dans la genèse de la maladie.
I* La maladie débute brusquement, avec ou sans
symp ma 0 e. ^p^yjjjgg dyspeptiques autéricuFS, par des frissons, de
la fièvre, des vomissements et une violente douleur épigastrique. Puis elle évolue en se manifestant par des symptômes locaux et par des symptômes généraux d'infection.
Les symptômes locaux sont : la douleur qui acquiert un haut degré d'intensité, s'irradie dans l'abdomen et s'exaspère à la moindre pression; les vomissements formés de mucosités bilieuses ou sanguinolentes, dans lesquels on constate parfois un peu de pus; la rétraction de l'abdomen au début suivie de sa météorisation quand le péritoine est atteint; la diarrhée muqueuse, bilieuse ou pultacée (Flint)*. La langue est saburrale, sèche ou typhique. A la palpation douce de l'épigaslre, on a une sensation de rénitence et de tension. Deininger a perçu une tumeur mobile acquérant en deux jours plus du volume du poing.
Les symptômes généraux sont ceux d'une grave infection. La fièvre varie de 39 à Ai degrés, mais elle a manqué dans les cas de Rakovak; elle prend l'allure rémittente. Le pouls est très fréquent (130 à 140), faible et irrégulier. L'anxiété est très grande, le malaise très pénible. Le malade est inquiet, agité; le faciès est tiré, terreux ou subiclérique; les yeux se creusent; la respiration est accélérée et entrecoupée. L'urine est rare et foncée, souvent alburaineuse. Les extiémitésse refroidissent; puis le délire survient, suivi bientôt de prostration, de collapsus et de coma.
^" X^ée!' ** Maixner divise la maladie en trois périodes : Tin-
es tenninaisoiis. vasiou suivic d'uuc rémissiou temporaire des symptômes, puis d'une péritonite terminale. Celte division est théorique
i. Sébillon. — La gastrite phlegmoneuse, Thèse de Paris, 1885. — Triger, Le phlegmon sous-muqueux de l'estomac. Thèse de PariSy 1895.
2. FONTAN, GUYOT, RAKOVAK, Lewandowski ont Signalé la constipation.
LA GASTRITE PHLEGMONEUSE
et la leolure des observations connues ne la justifle pas. La des accidents est, en effet, très variable. La mort peut sur 34 ou 48 heures ou seulement du huitième au douzième malade de Lewin survécut même quatre semaines.
Dans la forme circonscrite, la durée est de i5 à 20 jours cas de Teste, le malade, en proie ù une fièvre hectique, comba qu'après quatre mois. La péritonite généraiisf être la cause la plus fréquente de la mort. Celle-ci est surve suite d'un vomissement dans les cas de R.-L. Akdré et de Les malades de Guérard et de Mayet se sont suicidés. Auvra Deimngeh, Kirschhann, ItECKLER Citent des cas de guériso: réalité semble bien douteuse, élant donnée la difficulté du dii
La gastrite phlegmoneuse est d'un diagno difficile. Les signes de Deininger — lièvre v lenle douleur épîgaslrique non augmentée par les mouvemei lence au creux de l'eslomac, disparition d'une tuméraclii région stomacale après un vomissement de pus — n'ont ja rencontrés ensemble chez le même malade. EIBouveret dit tement que la difficulté du diagnostic ne réside pas seulem l'insullisance des signes, mais aussi dans la rareté des suppur l'estomac comparées à celles des organes voisins. Ce qui le ( bien, c'est ie petit nombre des cas où ce diagnostic a été relevant 42 observations, je n'en ai trouvé que deux où ce d porté du vivant du malade ait été vérifié par l'autopsie.
Dans les autres cas, la confusion a été faite avec la | toxique (Fohtan, AsvÉnus), la colique hépatique (Hiltou l'obstruction intestinale (Auvray), la péritonite ai méningite (Cornil), la fièvre typhoïde. L'intensité d ptômes généraux peut masquer aussi l'alTection locale.
Dans les formes circonscrites, on a pensé aux abcès à la péritonite sus-ombilicale et h la péritonite tu berc Le vomissement de pus lui-même n'a rien de pathognomoni unabcès de voisinage peut aussi se vider dans l'eslomac.
Lttmtameat. ^-^ chapilrc du traitement est poiii' ai
nul. Peut-être, dans la forme circonscrite rolomie donoerail-elle des résultats; mais il faudra toujours avec l'incertitude du diagnostic.
Vous vous bornerez donc A une intervention symptoi vessie de glace sur la région épigastrique ; bouillon et lait gl ne provoquent pas les vomissements, sinon pilules de glact
99i LES MALADIES ORGANIQUES DE L'ESTOMAC
pour calmer la soiT, lavements alimentaires ou désaltéranls, injections sons-cutanées de chlorhydrate de morphine, d'élher ou de caféine, pour calmer les douleurs ou diminuer la prosiralion.
Si vous voyez le malade dès le début des accidents, je vous conseille de tenter tout de suite une saignée de 300 grammes et de couvrir rénicastre d'onguent mercurtel belladone qu'on recouvrira d'une le d'oiiale, de tafTelas gommé et d'une vessie de glace. Si Dt demeure encore théorique, puisque je n'ai jamais vu phlegmoneuse, il est au moins rationnel.
HUITIÈME LEÇON