‹ Les maladies de la nutrition. Les maladies de l'estomac, diagnostic et traitement (volume 2)Chapitre 194 sur 295 · LA SÉMÉIOLOGIE OU CANCER DE L'ESTOMAC · texte numérisé non relu

LA SÉMÉIOLOGIE OU CANCER DE L'ESTOMAC

A partir de ce moment, les accidents ne rétrogradent plus. Les troubles dyspeptiques augmentent : les vomissements plus fréquents ne renferment pas d'HCI libre et leur acidité est due à l'acide lactique. A la palpationde la région épigastrique,on trouve souvent une tumeur dure, bosselée, douloureuse à la pression. Un vomissement marc de café ou l'apparition d'une phlegmalia alba dolens ne laisse plus de doute sur le diagnostic, et la cachexie commençante se précipite jusqu'à ce que le malade succombe à ses progrès ou soit emporté par une affection intercurrente, plus rarement par une gastrorrhagie ou une perforation. En douze à quinze mois, le cancer a parcouru son cycle. Ce type normal d'évolution doit être maintenant étudié dans ses détails et ses anomalies.

Le débat Le début lent par les symptômes de la dyspepsie

^^î^dw!*" hyposthénique est le plus habituel. Mais le cancer peut aussi se révéler brusquement chez des individus dont l'estomac paraissait sans histoire, et Lasègue disait avec raison qu'il faut se méfier du cancer chez les individus âgés qui deviennent dyspeptiques et perdent l'appétit, alors qu'auparavant ils n'avaient jamais souffert de l'estomac. Vous devrez aussi songer au cancer quand, à cet âge critique de 50 à 60 ans, se développe une sorte d'anémie progressive avec amaigrissement, chez un individu qui ne se plaint pas de l'estomac et conserve même quelque appétit relatif. Il est encore des cas où le cancer de l'estomac est masqué par l'une de ses métastases ou ne se révèle qu'à l'occasion de celle-ci. Il peut demeurer latent ou fruste pendant assez longtemps, en l'absence de ses symptômes caractéristiques. Enfin, vous vous rappelez qu'il succède dans quelques cas à l'ulcère de TestomacCest dans le cancer des jeunes que ces anomalies du début sont le plus fréquentes.

De tous les symptômes de la maladie constituée,

«ymptomatoiogie l'anorcxi c avcc état nauséeux au réveil et dégoût plus

^coitaSï"* prononcé pour certains aliments, comme la viande et les

- matières grasses, le vin, est un des plus constants. Elle

L'anorexie. .

résiste presque toujours à la médication. Les malades ont un goût pâteux dans la bouche : la langue est jaunâtre; les digestions sont difficiles, pesantes ou douloureuses avec des éructations et du pyrosis. Les fumeurs cessent d'allumer leur cigarette après le repas. Dans le cancer des jeunes, lorsque le néoplasme est greffé sur un ulcère, la conservation de l'appétit est moins exceptionnelle. Péter, Arnozan en ont cité des exemples. Sur

mes 102 cas, j'ai noté Tabsence d'anorexie 16 fois, ce qui s'accorde avec la statistique de Brinton.

Chez l'un de mes malades, hyperchlorhydrique avec près de 3 grammes, puis 1«',82 d'HCl libre, un appétit exagéré s'est mainlenu jusqu'aux derniers jours de la vie ; mais je ne pense pas qu'on puisse en inférer que sa conservation soit due dans tous les cas à la persistance de TIICl libre, puisque celui-ci manquait chez quatre autres malades qui n'avaient pas de dégoût pour la nourriture.

La douleur ^^ ^^ doulcur est Certainement très commune

dans le cancer de l'estomac, elle est loin d'avoir le caractère aigu et dominant qu'elle présente dans l'ulcère. Les cancéreux ont peu de crises douloureuses, mais ils accusent une pesanteur sourde avec quelques élancements bien localisés au niveau de la tumeur qui est sensible à la pression. Cette sensation pénible cesse à peine dans l'intervalle des repas ; elle n'est pas immédiatement exaspérée par l'ingestion des aliments comme dans l'ulcère, mais augmente lentement pendant la digestion où elle se complique fréquemment de tiraillements et de pyrosis.

Suivant le siège de la tumeur, la douleur s'irradie dans le sternum, vers l'hypochondre gauche ou dans le dos. Le cancer du pylore paraît être le plus douloureux, ce qui tient à la stase qu'il détermine; le cancer du cardia s'accompagne de douleurs à la déglutition; le cancer des faces est le plus indolent.

Notez cependant qu'il est des cas rares où la douleur atteint une grande intensité quand des filets du pneumogastrique sont envahis par la tumeur (Brinton), ou quand un cancer végétant siège à la face postérieure (Bouveret), ou encore chez certains névropathes. Une douleur très vive provoquée par la palpation de la tumeur est un indice de péritonite partielle péri-gastrique.

Los ▼omissements. ^^^ vomisscmeuts sout uu dcs Symptômes Ics

plus habituels du cancer gastrique. Ils reconnaissent pour cause le siège du néoplasme aux orifices, les troubles du chimisme stomacal, — soit l'insulTisance et les fermentations gastriques, — la présence de la tumeur elle-même et l'irritation qu'elle détermine, enfin les sécrétions muqueuses exagérées. On comprend ainsi qu'ils soient rarement précoces, sauf dans le cancer du cardia. Accidentels d'abord, ils reviendront plus fréquents et réguliers si le pylore est intéressé.

LA SÉMÉIOLOGIE DU CANCEU DE L'ESTOMAC 1009

Les ▼ariétés ^^^ voiTiissements présentent plusieurs variétés,

des vomissements. Lcs plus caractérisliqucs sont ceux qui se produisent le matin à jeun ou dans la journée, précédés ou accompagnés d'un état nauséeux, constitués par des liquides glaireux et pituiteux, et survenant sans effort, comme une simple régurgitation. Dans les vomissements alimentaires qui ont lieu plusieurs heures après le repas, la viande n'est pas digérée, les mucosités sont abondantes. Si le cancer occupe le pylore et qu'il y ait stase gastrique, on retrouve dans les vomissements, dont l'abondance peut être considérable, des aliments ingérés un ou plusieurs jours auparavant et encore reconnaissables.

Les matières vomies ont une odeur aigre qui devient putride dans les cas plus rares où la rétention a été assez prolongée pour que les albuminoïdes aient subi un commencement de décomposition. On y a rencontré des débris de la tumeur, ainsi que Rosenheim, Ewald, Boas et A. Mathieu en ont cité des exemples. Au microscope, on y trouve des débris alimentaires, des sarcines, de nombreux microbes, des globules rouges altérés et, d'après Boas etOppLER, un long bacille en forme de filaments brisés à angle aigu auquel ils accordejit une valeur diagnostique qui n'a pas été confirmée par d'autres observateurs^ L'HCl libre y fait défaut; les peptones y sont en très minime quantité, les acides de fermentation souvent abondants.

Dans la moitié des cas, les vomissements marc de café dus à (lu sang altéré provenant de Térosion des vaisseaux de la tumeur constituent un signe diagnostique de haute valeur. Ils s'accompagnent ou non demelaena, et celui-ci peut exister aussi sans vomissements noirs. J'ai observé ces vomissements chez deux cancéreux dont la tumeur n'était pas ulcérée; par contre, ils ont manqué alors que l'autopsie démontra une vaste ulcération*.

Lestroobies ^^^ troublcs in tcstinaux manquent rarement.

*n^««**»»"- La constipation est la règle. La diarrhée n'apparaît qu'aux périodes avancées de la maladie; elle est due, pour R. Tripier^, à la fermentation stomacale d'une nourriture relativement trop abondante dont les produits irritent l'intestin. Ebstein a décrit les troubles intestinaux consécutifs à l'incontinence du pylore quand l'ulcération de la tumeur a corrodé l'orifice pylorique : ces troubles sont la lientérie et le météorisme intestinal.

1 Voyez pages 429 et 431.

i. Voyez» au sujet des vomissements de sang dans le cancer, les pages 1069 et 1071.

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