‹ Les maladies de la nutrition. Les maladies de l'estomac, diagnostic et traitementChapitre 37 sur 177 · L'ÉTIOLOGIE ET LA PROPHYLAXIE · texte numérisé non relu

L'ÉTIOLOGIE ET LA PROPHYLAXIE

Les dyapopMM par trouUs de llnnervàMon gastrique. — Les dyspepsies méoaniqties, olimatéiiques, médioementeoses, tabegi*^ qoes, professionnelles.

Les dvBMDsiM '* ®^** inutile d'insister sur rinflueoce que le sys-

ptf troakto tèroe nerveux exerce sur les fonctions digestives; toute

petturbation nerveuse, de quelque nature qu'elle soit,

eniiaine des troubles dans la sécrétion et les mouvemenls de l'esté-

BMC, et de très bons esprits sont encUiis à voir la névrose derrière

toutes les dyspepsies.

Toujours est-il que Tépuisement nerveux, la Murasthénie^ les soucis, les préoccupations, les idées fixes, la jalousie, la nostalgie, le travail intellectuel exagéré, l'ameur contrarié, la peur, etc., sont autant de causes de dyspepsie qui justifient l'aphorisme de TfssoT : f L'bomme qui pense le plus est celui qui digère le moins. >

Yeilà une éîiologie qui commanderait aussitôt la thérapeutique, s'il était au pouvoir de qui que ce soit de supprimer une petoe morale. Mais, au moins, peut-on modérer le travail intellectuel et s'eaabslearr^yteoluBiient après les tiepas.

Si l'exercice mu^ulaiiie aide la digestion, la fatigue l'entrave. La dyspepsie parsurmenage physique est commune dans la classe qui fréquente les hôpitaux. L'exercice est surtout Cftcheux quand il est pris trop violemment après les repas, d'où le conseil formulé phis haut du repos momentané.

Chez les femmes, le port de corsets trop serrés est l'une des causes les plus fréquentes de dyspepsie. Celle-ci s'explique facilement quand on se rappelle la direction de l'estomac. Contrairement aux anciennes descriptions classiques, cet organe est presque vertical, comme l'ont montré entre autres auteurs Tillaux et Doybn. Sous l'influence ^e la pression du corset, l'estomac devient plus vertical encore; le pylore s!abeisse, se porte à gauche et se coude assez souvent, ce qui équivaut à une sorte de rétrécissement. Alors la portion prépylorique de l'estomac se distend et l'organe prend la iorme de bissac qui a été bien «lécrite par Clozier (de Beauvais) et dont le âgne^clinique est un bruit hydro-aérique, isochrone à la respiration, perceptible à distance, produit par les mouvements respiratoires qui

mS LES DYSPEPSIES

font passer les liquides de la poche inférieure dans la poche supérieure et réciproquement, à travers le détroit de la partie rétrécie.

Cette dislocation gastrique, compliquée le plus souvent de distension par suite de la coudure duodénale, marche de pair avec des troubles de la sécrétion gastrique, des stases alimentaires, des fermentations secondaires, des contractions douloureuses de la tunique rausculeuse, d6s reOux biliaires dans la poche gastrique, etc., tous accidents que l'emploi d'une ceinture abdominale d'un type particulier peut pallier, mais qui réclament, comme urgent traitement prophylactique, la suppression du corset ou tout au moins son remplacement par ime ceinture sous-mammaire fixée par des bretelles. Quand celte ceinture est bien fabriquée, elle supprime la constriclion de la base du thorax par le corset et par les liens de vêtements ; elle soutient les seins, rend plus faciles les mouvements de flexion du tronc et est assez stable pour qu'on puisse y fixer \es diverses pièces du vêtement féminin.

La position penchée est une cause habituelle de dyspepsie chez les hommes de cabinet. On doit recommander à ceux-ci de ne pas travailler aussitôt après les repas, ou tout au moins de travailler debout et non dans la position assise et penchée qui, surtout chez les myopes, comprime l'estomac de haut en bas par la flexion vertébrale et d* avant en arrière sur le bord de la table.

L9B dytpepiies Parmi les conditions climatériques génératrices de oumatériqaes. dyspepsie, couditious tfès varfablcs, d'ailleurs, suivant les individus, citons l'excès de chaleur ou de froid et l'air confiné, La nocivité des trop grandes chaleurs est déjà démontrée par l'inappétence et la fréquence des troubles digestifs dans les pays tropicaux; ûû sait bien, aussi, combien on est incommodé par le séjour, après le repas, dans un endroit surchaufi'é. Pendant les grandes chaleurs de Tété dernier, j'ai observé un individu dont la digestion s'arrêtait quand il séjournait après son déjeuner dans un pavillon ensoleillé où la température s'élevait jusqu'à 38 et 40% tandis que les fonctions gastriques s'accomplissaient normalement dans une chambre fraîche. L'excès du froid agit dans le même sens.

L'air confiné cause aussi la dyspepsie et l'aggrave quand elle existe. Il est donc utile de recommander les promenades en plein air après le repos qui doit suivre immédiatement le repas.

LAS dyspepsies Bou uombre de dyspepsies ont leur origine dans médicsmenieiises. ç^j^l^^jjj^g actious médicamenteuses, au premier

rang desquelles nous placerons l'abus des eaux minérales. Depuia

L'ÉTIOLOC.IE ET LA PBOPIIYLVXIE 109

que le public a élé effrayé par les articles de journaux sur la containinalion et les dangers des eaux d'alimentation et sur la substitution assez fréquente de Teau de Seine à de Teau de source dans les conduites de la ville de Paris, Teau ordinaire a été remplacée sur un <;rand nombre de tables par des eaux minérales gazeuses et alcalines qui ont la propriété de stimuler les diverses activités de l'estomac. Celte stimulation artificielle devient bientôt indispensable; on ne peut plus digérer sans eau alcaline ou sans siphon d'eau de Sellz; rinsapidilé de l'eau simple devient insupportable. A ce moment, la dyspepsie est imminente et, dans la population parisienne, nombre de gastropathies ne reconnaissent pas d'autre cause. Le premier remède, c'est la substitution de l'eau de source aux eaux minérales ou gazéifiées.

Citons aussi les dyspepsies par l'abus du thé, boisson excitante par excellence, surtout quand elle est prise très chaude, et qui engendre de fréquents troubles de la digestion parmi les Russes et les Anglais chez lesquels le thé est pris à toute heure du jour, à jeun, aux repas et dans leurs intervalles. Par contre, il est juste d'ajouter que le thé léger pris aux repas constitue une excellente boisson qui améliore fréquemment la digestion gastrique. La dyspepsie du café est beaucoup plus rare.

L'usage continu de certains médicaments, tels que l'acide tannique, les io dures de potassium et de sodium, les antiseptiques, les antipyrétiques, les narcotiques, la liqueur de Fowler, Tarséniate de soude, les balsamiques, comme le cubèbe, lecopahu, le santal, etc., provoque souvent des troubles de l'estomac. Presque tous exercent une action suspensive sur la sécrétion gastrique.

La teinture d'iode est, à ce point de vue, particulièrement nocive. Il y a trois ans, j'ai eu dans mon service, à la Pitié, une jeune femme qui, pour se suicider, avait avalé une cuillerée de teinture d'iode; il n'y eut pas de lésion de la muqueuse, ainsi que nous permit de le supposer le prompt rétablissement de la malade, mais une apepsie complète, une totale suppression de l'HCl que nou& constatâmes chimiquement et qui dura environ trois semaines.

Les préparations mercurielles, l'opium, la morphine, agissent de la même façon. D'une façon générale, et tout en tenant grand compte des doses et des susceptibilités individuelles, il vaut mieux administrer les médicaments au moment des repas afin d'éviter leur effet direct sur la muqueuse gastrique.

Il est enfm un médicament fort h la mode, le vin de quinquina,, qui Obi l'auteiu* de bien des troubles gastriques, quoique précisé-

. ment nombre de médecins le recommandenl encore aux dyspeptiques anémiés ou affaiblis, avec Tidée de les remonter. En thèse générale, ceux-ci ne le supportent pas et, très soavent; les anémiques ou les individus fatigués qui en font un usage prolongé en viennent à digérer moins bien. Voilà donc encore une fréquente cause de dyspepsie à surveiller. Quand on ordonne le vin de quinquina, il faut le faire prendre au milieu du repas, entre doux coucher d'aliments.

Retenez bien que les dyspepsies médicamenteuses sont très fréquentes, qu'elles ont comme origine des interventions médicamenleuses prolongées et successives au cours des maladies de longue durée et que, chez d'autres malades, une dyspepsie médicamenteuse pai' abus d'agents intempestiCs vient se surajouter aux troubles gastriques qu'on s'efforce de traiter.

u dyspepsie A côté dc CCS dyspcpsics médicamenteuses, plaçons

t^agiqae. ^^j|^ j^g fumcurs. Il faut distinguer les fumeurs qui crachent et ceux qui ne crachent pas, ceux qui fument avant et ceux qui fument après les repas.

Le fait de cracher amène une déperdition de salive qui fera défaut au moment où elle serait nécessaire pour transformer les féculents. D'un autre côté, en avalant sa salive, le fumeur introduit dans son estomac des principes qui raodiûent l'activité de l'organe^ De là, autant d'indications d'interdire l'usage du tabac avant les repas.

Après les repas, les conditions sont différentes. Si l'action modificatrice du tabac sur la sécrétion et les mouvements de Testomac persiste, il faut faire entrer en ligne de compte son influence stimulante sur la sécrétion salivaire. Or, en excitant cette sécrétion, on excite réflexement celle du pancréas, ainsi que j'ai pu le constater jadis dans mes expériences sur le jaborandi^. Et cette excitation viendra favoriser la sécrétion du suc pancréatique, au moment le plus favorable pour la digestion, et aider ainsi à la digestion intestinale des graisses et des matières albuminoïdes et féculentes qui ont échappé au suc gastrique et à la salive. Donc, si l'on ne parvient pas à supprimer totalement l'usage du tabac chez les dyspeptiques, — ce qui serait le but envié, — du moins ne devrait-on l'autoriser qu'après les repas.

LesdyspeptfM CclIes-ci relèvent do conditions bien différentes, professionneues. ^yj^[y^i qu'cllcs sont ducs à Tingestiou de poussières,

1. Le tabac augmente la sécrétion du suc gastrique, mais diminue son acidité et particulièrement l*HCl libre, ainsi que le pouvoir digestif du suc. Il ralentit Taction du lab. 11 augmente la motilité et active la résorption.

2. Albert Robin. — Études physiologiques et thérapeutiques sur le jaborandi, Jour* nal de tfiérapeutique^ 1874-1875.

Page 1