‹ Les maladies de la personnalitéChapitre 12 sur 22 · Toine I, p · texte numérisé non relu

Toine I, p

ce qui est tout autre chose, Cette idée de la personnalité ressemble à tous les ternies généraux formés de la même manière (sensibilité, volonté, etc.) ; mais elle ne ressemble pas plus à la personnalité réelle que le plan d’une ville à la ville elle-même. Et de même que dans les cas d’aberration de la personnalité qui nous ont amené aux présentes remarques, une seule idée s’cst substituée à un complexus, constituant une personnalité imaginaire et amoindrie, de même pour le psychologue le schéma de la personnalité s’est substitué à la personnalité concrète et c’est sur ce cadre presque vide de tout contenu qu’il raisonne, induit, déduit, dogmatise. Il est clair d’ailleurs que ce rapprochement n’est fait que mutatis mutandis et avec beaucoup de restrictions que le lecteur découvrira de lui-même. Il y aurait lieu encore à bien d’autres remarques ; mais je ne fais pas ici un travail critique.

En résumé, réfléchir sur son moi, c’est prendre une position artificielle qui en change la nature ; c’est substituer une représentation abstraite à une réalité. Le vrai moi est celui qui sent, pense, agit, sans se donner en spectacle à lui-même; car, il est par nature, par définition, un sujet; et, pour devenir un objet, il lui faut subir une réduction, une adaptation à l'optique mentale qui le transforme et le mutile.

Jusqu’ici, nous n’avons pris la question que par son côté négatif. A quelle hypothèse positive sur la nature de la personnalité sommes-nous conduits par les cas morbides? Ecartons de prime abord l'hypothèse d’une entité transcendante, inconciliable avec la pathologie et qui d’ailleurs n’explique rien.

LES TROUBLES AFFECTIFS

Ecartons aussi l’hypothèse qui fait du moi « un faisceau de sensations » ou d’états de conscience, comme on l’a souvent répété après Hume. C’est s’en tenir aux apparences, prendre un groupe de signes pour une chose, plus exactement des effets pour leur cause. De plus, si, comme nous le soutenons, la conscience n’est qu’un phénomène indicateur, elle ne peut être un état constitutif.

11 faut pénétrer plus avant, jusqu’à ce consensus de l’organisme dont le moi conscient n’est que l’expression psychologique. Cette hypothèse at-elle plus de solidité que les deux autres? — Objectivement et subjectivement, le trait caractéristique de la personnalité, c'est cette continuité dans le temps, cette permanence qu’on appelle identité. On l’a refusée à l’organisme, en s’appuyant sur des raisons trop connues pour que je les répète; mais il est étrange qu’on n’ait pas vu que toutes les raisons qu’on fait, valoir en faveur d’un principe transcendant sont applicables à l’organisme et que toutes les raisons qu’on fait valoir contre l’organisme sont applicables à un principe transcendant. Cette remarque que tout organisme supérieur est un dans sa complexité, est aussi vieille au moins que les écrits hippocratiques et, depuis Bichat, personne n’attribue plus cette unité à un mystérieux principe vital; mais certaines gens font grand bruit de ce tourbillon, de cette rénovation moléculaire continue qui constitue la vie et disent : Où est l’identité? En fait pourtant, tout le monde croit à cette identité de l’organisme et la constate. Identité n’est pas immobilité. Si, comme le pensent quelques savants, la vie réside moins dans la substance chi-

mique du protoplasma que dans les mouvements dont les particules de cette substance sont animées, elle serait une « combinaison de mouvements » ou une « forme du mouvement », et cette rénovation moléculaire continue serait elle-même subordonnée à des conditions plus profondes. Sans insister, il est évident pour tout esprit non prévenu que l’organisme a son identité. Dés lurs, quelle hypothèse plus simple, plus naturelle, que devoir dans l’identité consciente la manifestation intérieure de cette identité extérieure qui est dans l’organisme? « Si l’on vient m’assurer qu'il n’y a pas une seule particule de mon corps qui soit ce qu’elle était il y a trente ans, que sa forme a entièrement changé depuis, qu’il est par conséquent absurde de parler de son identité et qu’il est absolument nécessaire de le supposer habité par une entité immatérielle qui maintient l’identité personnelle au milieu des perpétuels changements et des hasards de structure, je répondrai : que les autres personnes qui m’ont connu depuis ma jeunesse jusqu’à mon âge actuel, qui n’ont pas cette certitude consciente de mon identité que j'ai moi -même, en sont néanmoins aussi convaincues que moi. quand même elles me tiendraient pour le plus grand menteur du monde et qu’elles ne croiraient pas un mot de mon témoignage subjectif; qu’elles sont également convaincues de l’identité personnelle de leurs chiens et de leurs chevaux dont le témoignage subjectif est nul en l’espèce; enfin que, en admettant en moi une substance immatérielle, il faut admettre qu’elle a subi tant de changements que je ne suis pas sur qu’il en reste la moindre chose de ce qu’elle était

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il y a trente ans; en sorte que, avec la meilleure intention du monde, je ne vois pas quel besoin on a, ou quel bénéfice on tire de l’entité supposée, superflue à ce qu’il semble »

C’est encore sur cette base physique de l'organisme que repose, d’après notre thèse, ce qu’on appelle l’unité du moi, c’est-à-dire cette solidarité qui relie les états de conscience. L’unité du moi est celle d’un comçlexus et ce n’est que par une illusion métaphysique qu'on lui accorde l’unité idéale et fictive du point mathématique. Elle consiste non dans l’acte d’une « essence » prétendue simple, mais dans une coordination des centres nerveux qui représentent eux-mêmes une coordination des fonctions de l’organisme. Assurément, nous sommes ici dans les hypothèses, mais du moins elles n’ont aucun caractère surnaturel.

Prenons l'homme à l’état fœtal, avant la naissance de toute vie psychique : laissons de côté ces dispositions héréditaires déjà inscrites en lui d’une manière quelconque et qui entreront en jeu plus tard. A une époque incertaine, au moins dans les dernières semaines, une sorte de sens du corps doit s’être produit, consistant en un vague sentiment de bien-être ou de malaise. Si confus qu’on le suppose, il implique certaines modifications dans les centres nerveux, autant que leur état rudimentaire le comporte. Quand des sensations de cause externe (objectives ou non) viennent plus tard s’ajouter à ces simples sensations vitales, organiques, elles oroduisent aussi nécessaire-

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