Maudsley, Body and Will, p. 77. filuoT. — Personnalité
mont une modification dans les centres nerveux. Mais elles ne s’inscrivent pas sur une table rase; la trame de la vie psychique est déjà tissée, et cette trame, c’est la sensibilité générale, le sentiment vital, qui, même en le supposant très vague, forme en définitive, à cette période de la vie, la presque totalité de la conscience. Le lien des états de conscience entre eux laisse donc entrevoir son origine. La première sensation (en supposant qu’il y en ait une à l’état isolé) ne survient pas comme un aérolithe dans un désert; elle se trouve liée à d’autres dès en entrant, — aux états qui constituent le sens du corps, et qui ne sont que l’expression psychique de l’organisme. Traduit en termes physiologiques, cela veut dire que les modifications du système nerveux représentant matériellement les sensations et les désirs qui s'ensuivent (premiers éléments de la haute vie psychique), s’ajou- ( tent à des modifications antérieures, représentants, matériels des sensations vitales et organiques; que des rapports s’établissent par là même entre ces éléments nerveux; en sorte que, dès l’origine, l'unité complexe du moi a ses conditions d’existence et qu’elle les trouve dans cette conscience générale de l’organisme si oubliée et qui pourtant sert de support à tout le reste. En fin de compte, c’est donc sur l’unité de l’organisme que tout repose : et quand la vie psychique, sortie elle aussi de la période embryonnaire, est formée, l’esprit peut être comparé à une riche tapisserie où la trame a complètement disparu : ici sous un dessin assez mince, ailleurs sous une épaisse broderie en haut relief; le psychologue d’observation intérieure ne
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voit que les dessins et la broderie et il se perd en conjectures pour deviner ce qu’il y a dessous; s’il consentait à changer de position ou à regarder à l’envers, il s’éviterait bien des inductions inutiles et il en saurait plus long.
On pourrait reprendre la même thèse sous la forme d’une critique de Hume. Le moi n’est pas, comme il le disait, un simple faisceau de perceptions. Sans faire intervenir la physiologie, pour nous en tenir à la simple analyse idéologique, il y a là un oubli grave : celui des rapports entre les états primitifs. Le rapport est un élément d’une nature vague, d’une détermination diflicile, puisqu’il n’existe [ as par lui-même. Il est cependant quelque chose de plus et d’autre que les deux états qui le limitent. On trouvera dans les Principes de psychologie de Herbert Spencer une étude pénétrante et trop peu remarquée sur ces éléments de la vie psychique avec des hypothèses sur leurs conditions matérielles. Tout récemment, M. W. James a repris la question 1 : il compare le cours de notre conscience avec son flux inégal à la démarche d’un oiseau qui successivement vole et se perche. Les lieux de repos sont occupés par des sensations et images relativement stables; les lieux parcourus par le vol sont représentés par des pensées de rapports entre les points de repos : ces dernières, les « portions transitives » sont presque toujours oubliées. — Il nous semble
1. Herbert Spencer, Principes de psychologie, t. I, § 65. — \V. James, Principles o/ psychology, tome 1, p. 231 et suiv. — Huxley, Hume , trad. Compayré, p. 92.
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que c’est là une autre forme de notre thèse, celle de la continuité des phénomènes psychiques, grâce à un substratum profond, caché, qui doit être cherché dans l’organisme. En vérité, ce serait une personnalité bien précaire que celle qui n’aurait d’autre base que la conscience, et cette hypothèse se trouve en défaut devant les faits les plus simples; pour expliquer, par exemple, comment après six ou huit heures d’un profond sommeil, je me retrouve moi-même sans hésiter. Mettre l’essence de notre personnalité dans un mode d’existence (la conscience) qui s’évanouit pendant un tiers au moins de notre vie est une solution singulière.
Nous soutenons donc ici, comme nous l’avons fait ailleurs pour la mémoire, qu’il ne faut pas confondre l'individualité en elle-même, telle qu’elle existe à titre de fait, dans la nature des choses, avec l’individualité telle qu’elle existe pour elle-même, grâce à la conscience (personnalité). La mémoire organique est la buse de toutes les formes les plus hautes de la mémoire qui ne sont qu’un perfectionnement. L'individualité organique est la base de toutes les formes les plus hautes de la personnalité qui ne sont qu'un perfectionnement : je répéterai pour la personnalité comme pour la mémoire, que la conscience la complète, l’achève, mais ne la constitue pas.
Quoique, pour ne pas allonger ces considérations déjà trop longues, je me sois rigoureusement interdit toute digression, critique des doctrines adverses, exposition des points de détail, j’indiquerai pourtant en passant une question qui se pose assez naturellement On a beaucoup discuté pour savoir si la conscience de
LES TROUBLES AFFECTIFS
notre identité personnelle repose sur la mémoire ou inversement. L’un dit : Il est évident que, sans la mémoire, je ne serais qu’un présent sans cesse renouvelé, ce qui coupe court à toute possibilité, même la plus faible, d'identité. L’autre dit : Il est évident que, sans un sentiment d’identité qui les relie entre eux, qui leur imprime ma marque, mes souvenirs ne sont plus miens; ce sont des événements étrangers. Ainsi donc, est-ce la mémoire qui produit le sentiment de l'identité ou le sentiment de l’identité qui fait la mémoire? Je réponds : ni l’un ni l’autre, les deux sont des effets dont la cause doit être cherchée dans l’organisme; car, d’une part, son identité objective se traduit par cet état subjectif que nous appelons le sentiment de l'identité personnelle; et, d’autre part, c'est en lui que sont enregistrées les conditions organiques de nos souvenirs, en lui qu’est la base de notre mémoire consciente. Le sentiment de l’identité personnelle et la mémoire, au sens psychologique, sont donc des effets dont aucun ne peut être la cause de l’autre. Leur origine commune est dans l’organisme, en qui identité et enregistrement organique (c’est-à-dire mémoire) ne font qu'un. Nous nous heurtons ici à l’une de ces questions mal posées qui, dans l’hypothèse d’une conscienceentité abondent