‹ Les maladies de la personnalitéChapitre 20 sur 22 · Ibid., p · texte numérisé non relu

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COiNCLUSIOlN

morbides. On pourrait dire encore que l’individu humain a conscience de lui-même, à la fois comme personne et comme membre du corps social : mais je ne veux pas insister sur des rapprochements contestables. Prenant la question objectivement et par l’extérieur qui nous est seul accessible, nous voyons que cette conscience coloniale, si intermittente, si faiblement coordonnée qu’elle puisse être à l’origine, marque un moment capital dans l’évolution. Elle est le germe des individualités supérieures, de la personnalité. Elle passera peu à peu au premier rang, confisquant à son profit toutes les individualités particulières. Dans l’ordre politique, une évolution analogue s’est faite pour les pays fortement centralisés. Le pouvoir central, d’abord très faible, à peine reconnu, souvent inférieur à ses subordonnés, s’est fortifié à leurs dépens et les a lentement réduits en les absorbant.

Le développement du système nerveux, le coordinateur par excellence, est le signe visible d’un progrès vers une individualité plus complexe et plus harmonique. Mais cette centralisation ne s’établit pas d’emblée. Chez les annélides, les ganglions cérébroides qui envoient des nerfs aux organes des sens, paraissent remplir les mêmes fonctions que le cerveau des vertébrés. Il est loin, toutefois, de les avoir centralisés complètement. L’indépendance psychologique des divers anneaux est bien évidente. « La conscience, bien plus nette dans le cerveau, tend à s’affaiblira mesure que le nombre des anneaux augmente. Certaines eunices, qui peuvent atteindre 1 m. 50 de longueur, mordent la partie postérieure de leur corps, sans paraître aucu-

nement le ressentir. C’est sans doute k cette diminution de la conscience qu’il faut attribuer la facilité avec laquelle se mutilent spontanément les anriélides tenues en captivité, dans de mauvaises conditions. » Dans les colonies linéaires, l’individu qui forme l’avant, obligé d’avoir de l’initiative pour tous, d’avancer ou de reculer, de modifier l’allure de la colonie qu’il traîne à sa suite, devient une tète; mais cette dénomination n’est donnée par les zoologistes que comme un à peu près, et il faudrait se garder de croire qu’elle corresponde exactement à ce qu’on nomme la tête chez un insecte ou tout autre articulé. L’individualité qu’elle représente est si peu précise, qu’on voit chez certains annelés asexués, composés d’une quarantaine d’anneaux, une tête d’individu sexué se former au niveau du troisième anneau, se munir de tentacules et d’antennes, puis se détacher de l’individu primitif pour vivre à sa guise *.

Nous renvoyons pour les détails aux ouvrages spéciaux, et pour les animaux supérieurs, il est inutile d’insister; l’individualité, au sens courant du mot. est constituée; le cerveau, de plus en plus prépondérant, la représente. Mais cette excursion sur le domaine zoologique ne sera pas vaine, si nous avons réussi à faire comprendre que cette coordination, si souvent mentionnée, n’est pas une simple vue de l’esprit, qu’elle est au contraire un fait objectif, visible et tangible et, comme le dit Espinas, que l’individualité psychique et l’individualité physiologique sont parallèles, que la conscience s’unifie ou se disperse avec l’organisme.

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