‹ Les maladies de la personnalitéChapitre 7 sur 22 · Leurel, Fragments psychologiques sur la folie , p · texte numérisé non relu

Leurel, Fragments psychologiques sur la folie , p

2. Gratiolet, Anatomie comparée du système nerveux , tome O. 518.

attendre. Si, comme nous le maintenons et comme nous essayerons de l’établir de plus en plus, la personnalité est un composé très complexe, il est évident que ses perturbations doivent être multiformes. Chaque cas le montre décomposé différemment. La maladie levient un subtil instrument d’analyse; elle fait pour nous des expériences inabordables par toute autre voie. La difficulté est de les bien interpréter; mais les erreurs mêmes ne peuvent être que passagères, puisque les faits que produira l’avenir serviront à les vérifier ou à les rectifier.

Le rôle de la personnalité physique comme élément de la personnalité totale est si important et a été si oublié, souvent à dessein, qu’on ne saurait le mettre trop en lumière. A cet égard, il a quelque profit à tirer de certains cas rares dont la psychologie ne s’est pas occupée et qui apportent, à l’appui de notre thèse, un supplément de faits non plus probants, mais plus frappants : je veux parler des monstres doubles.

Il faut reconnaître que le nombre des documents est assez exigu. La nature ne multiplie pas les monstres, et, parmi les soixante-dix ou quatre-vingts espèces distinguées par les tératologistes, le plus grand nombre est sans intérêt pour nous. De plus, parmi les monstres doubles, beaucoup n’atteignent pas l'âge adulte. L’anatomiste et le physiologiste peuvent en tirer profit, il n’en est pas de même du psychologue. Enfin, les

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bonnes observations sur ce sujet dépassent à peine un siècle. Antérieurement, le merveilleux et le vague des descriptions leur ôtent toute valeur.

Le moi, a-t-on souvent répété, est impénétrable; il forme par lui-mème un tout complet, parfaitement limité : ce qui est une preuve de son essentielle unité. Cette assertion, comme fait, est indiscutable; mais cette impénétrabilité n’est que l’expression subjective de celle de l’organisme. C’est parce qu’un organisme déterminé ne peut pas être un autre organisme, qu’un moi ne peut pas être un autre moi. Mais si, par un concours de causes qu’il n’importe pas d’énumérer, deux êtres humains, dès la période foetale, sont partiellement fusionnés, les deux têtes, organes essentiels de l'individualité humaine, restant parfaitement distinctes; alors, voici ce qui arrive : chaque organisme n’est plus complètement limité dans l’espace et distinct de tout autre; il y a une partie indivise commune aux deux : et si, comme nous le soutenons, l’unité et la complexité du moi ne sont que l’expression subjective de l’unité et de la complexité de l’organisme, il doit y avoir dans ce cas, d’un moi à l’autre, une pénétration partielle, une portion de vie psychique commune qui n’est pas à un moi, mais à un nous. Chaque individu est un peu moins qu’un individu. C’est ce que l’expérience confirme pleinement.

« Sous le point de vue anatomique, un monstre double est toujours plus qu’un individu unitaire, moins que deux, mais il se rapproche plus tantôt de l’unité, tantôt de la dualité. De même, sous le point de vue physiologique, il a toujours plus qu’une vie unitaire et

moins de deux vies; mais sa double vie peut se rapprocher davantage de l’unité ou de la dualité.

« Pour me borner aux phénomènes de la sensibilité et de la volonté, un monstre composé de deux individus presque complets, unis seulement par un point de leur corps, sera double moralement comme physiquement. Chaque individu aura sa sensibilité et sa volonté propres, dont les effets s’étendront sur son propre corps, mais sur son corps seul. Il peut même arriver que les deux jumeaux, très différents par les traits de leur visage, leur taille et leur constitution physique, ne le soient pas moins par leur caractère et leur degré d’intelligence. Dans le même instant, l’un sera gai, l’autre triste; l’un veillera, l’autre dormira, i'un voudra marcher, l’autre garder le repos, et de ce conflit de deux volontés animant deux corps indissolublement liés pourront naître des mouvements sans résultats, qui ne seront ni le repos ni la marche. Ces deux moitiés pourront se quereller, se donner des coups.... Ainsi leur dualité morale, conséquence de leur dualité physique, se montrera par cent preuves; mais, en même temps, de même qu’il est un point du double corps placé sur la limite des individus composants et communs à tous les deux, d’autres phénomènes, en plus petit nombre, montrent en eux un commencement d’unité.

« Les impressions faites sur la région d’union, à son centre principalement, sont perçues à la fois par les deux cerveaux, et tous deux pourront de même réagir sur elles... Ajoutons que, si Ja paix est quelquefois troublée entre les deux jumeaux, presque toujours règne entre eux un accord de sentiments et de désirs,

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une sympathie et un attachement réciproques dont il faut lire tous les témoignages pour en comprendre la portée...

« De semblables phénomènes et d’autres encore existent lorsque, l’union devenant plus intime, il n’existe plus pour deux têtes qu’un seul corps et que deux membres pelviens. L’analyse anatomique démontre que, dans de tels êtres, chaque individu possède en propre un côté de l’unique corps et l’une des deux jambes. L’observation des phénomènes physiologiques et psychologiques confirme pleinement ce singulier résultat. Les impressions faites sur toute l’étendue de l’axe d’union seront perçues à la fois parles deux têtes, hors et à quelque distance de l’axe par une seule, et il en sera de la volonté comme des sensations. Le cerveau droit sentira seulement par la jambe droite et agira seul sur elle, le gauche sur la gauche, en sorte que la marche résultera de mouvements exécutés par deux membres appartenant à deux individus différents et coordonnés par deux volontés distinctes.

« Enfin, dans les monstres parasitaires, en même temps que l’organisation devient presque unitaire, tous les actes vitaux, toutes les sensations, toutes les manifestations de la volonté s’accomplissent presque exactementoomme chez les êtres normaux. Le plus petit des deux individus, devenu une portion accessoire et inerte du plus grand, n’a plus sur lui qu’une influence très faible et bornée à un très petit nombre de fonctions L s

1. I. Gcniïroy Saint-Hilaire, Histoire des anomalies, t. 111, p. 373. Le monstre 'lit « épicornc dé Home » avait une tête parasite qui ne présen'nit qu’une ébauche très imparfaite de la vie normale.

A ces traits généraux nous ajouterons quelques déiuils empruntés aux cas les plus célèbres.

On possède de nombreux documents sur Hélène et Judith, monstre bi-femelle né à Szony (Hongrie) en 4701, mort à Presbourg à l’âge de vingt-deux ans. Elles étaient placées à peu près dos à dos, réunies dans la région fessière et une partie des lombes. Les organes sexuels étaient doubles extérieurement, mais avec une seule vulve cachée entre les quatre cuisses; il y avait deux intestins aboutissant à un seul anus. Les deux aortes et les deux veines-caves inférieures s’unissaien par leurs extrémités et établissaient ainsi deux communications larges et directes entre les deux cœurs • delà une demi-communauté de vie et de fonctions. « Les deux sœurs n’avaient ni le même tempérament ni le même caractère. Hélène était plus grande, plus belle, plus agile, pi us intelligente et plus douce. Judith, atteinte à l’âge de six ans d’une hémiplégie, était restée plus petite et d’un esprit plus lourd. Elle était légèrement contrefaite et avait la parole un peu difficile. Elle parlait néanmoins comme sa sœur, le hongrois, l'allemand, le français et même un peu d’anglais et d’italien. Toutes deux se portaient une tendre affection, quoique durant leur enfance, il leur arrivât de se quereller et même de se frapper. Les besoins naturels se faisaient sentir simultanément, sauf pour uriner. Elles avaient eu simultanément la rougeole et la variole, et. si d’autres maladies n’atteignirent que l’une des deux sœurs, l’autre avait des accès de malaise intérieur et de vive anxiété. Enfin Judith fut prise d’une maladie de l’encéphale et des poumons. Atteinte depuis plusieurs jours

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d’une fièvre légère, Hélène perdit presque tout à. coup ses fon es, tout en conservant l’esprit sain et la parole libre. Après une courte agonie, elle succomba victime nen de sa propre maladie, mais de celles de sa sœur. Toutes deux expirèrent au même instant. »

Quant aux trères siamois Chang-Eng, nés en 1811 dans le royaume de Siam, on sait qu’ils étaient unis de l’ombilic à l’appendice xiphoïde. Après une description de leur habitus extérieur. I. Geoffroy Saint- Hilaire ajoute : « Les deux frères même dans leurs autres fonctions [autres que la respiration et la pulsation artérielle] ont une concordance remarquable, mais non absolument constante, comme on s’est plu à le répéter et comme le disaient Chang et Eng eux-mêmes à ceux qui se contentaient de leur adresser quelques questions vagues. Sans doute, rien de plus curieux que le contraste d’une dualité physique presque complète et d’une unité morale absolue; mais aussi rien de plus contraire à la saine théorie. J’ai fait avec soin toutes les observations, recueilli tous les renseignements qui pouvaient m’éclairer sur la valeur d'une assertion tant de fois répétée, et j’ai trouvé que, entre les principes méconnus de la théorie et toutes les déclarations psychologiques dont l’unité des frères siamois a été si longtemps l’inépuisable texte, c’est aux premiers, comme l’on devait s’y attendre, que les faits donnent entièrement gain de cause. — Jumeaux créés sur deux types presque identiques, inévitablement soumis pendant leur vie à l’influence des mêmes circonstances physiques et morales , semblables d’organisation et semblables d’éducation, les deux frères siamois sont

devenus deux èlres dont les fonctions, les actions, les paroles, les pensées même sont presque toujours concordantes, se produisent et s’accomplissent parallèlement.... Leurs joies, leurs douleurs sont communes; les mêmes désirs se font jour au même instant dans ces âmes jumelles; la phrase commencée par l’un est souvent achevée par l’autre. Mais toutes ces concordances prouvent la parité et non l’unité. Des jumeaux, à l’état normal, en présentent souvent d'analogues et sans doute en offriraient de tout aussi remarquables, s’ils eussent, pendant toute leur vie, vu les mêmes objets, perçu les mêmes sensations, joui des

mêmes plaisirs, souffert des mêmes douleurs 1 »

J'ajouterai que, avec l'âge et par l’effet des circonstances, les différences de caractère se sont accentuées de plus en plus et que l’un des derniers observateurs décrit l’un des deux frères comme morose et taciturne, l’autre comme g ai et enjoué.

Le sujet de ce travail n’étant pas une psychologie des monstres doubles, puisqu’ils ne figurent qu’à titre d'exemples des déviations de la personnalité physique, je rappellerai seulement le cas récent de Milie et Christine, chez qui la sensibilité des membres inférieurs est commune; les deux moelles doivent par conséquent former un véritable chiasma au niveau du pointd’umon.

Les lois civiles et religieuses, pour qui la question se posait à plus d’un titre (état civil, mariage, droit de succession, baptême, etc.), n’ont pas hésité à recon-

i. Pour plus de détails, voir l’ouvrage cité, tome 111, p. 9o et suivantes.

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naître deux personnes là où existaient deux têtes distinctes : avec raison, bien que, dans la pratique, des cas embarrassants puissent se rencontrer. La tète étant chez l’homme le véritable siège de la personnalité, le lieu où s’en fait la synthèse (on verra plus tard qu’en descendant dans l’animalité ce point est plus douteux), elle représente en gros l'individu. Mais, si la question est discutée scientifiquement, il est impossible, chez les monstres doubles, de considérer chaque individu comme complet.

Je ne fatiguerai pas le lecteur d’un commentaire bien inutile, puisque les faits parlent d’eux-mêmes. S’il examine avec attention ce qui précède, il se convaincra que, même dans les cas où les personnalités sont le plus distinctes, il y a un enchevêtrement d’organes et de fonctions, tel que chacun ne peut être lui-même qu’à condition d'être plus ou moins l’autre et d’en avoir conscience.

Le moi n’est donc pas une entité agissant où et comme il lui plaît, maniant les organes à sa guise, limitant à son gré son doinaiue. Il est au contraire si bien une résultante que son domaine est strictement déterminé par les connexions anatomiques avec le cerveau et qu’il représente tantôt un corps entier moins une partie indivise, tantôt une moitié de corps, et, chez les monstres parasitaires, un domaine si mince qu’il n’en peut vivre et qu’il est réduit à avorter.

Pour établir une fois de plus et d’une autre manière que le principe d’individuation, c’est l'organisme; qu’il l'est sans restriction aucune, immédiatement par les sensations organiques, médiatement parles états affectifs et intellectuels dont nous parlerons plus tard; examinons ce qui se passe chez les jumeaux. La psychologie ne s’est guère plus occupée d'eux que des monstres doubles, mais les biologistes nous fournissent de curieux documents.

Rappelons d’abord que les jumeaux doubles représentent, dans la moyenne des naissances , environ 1 sur 70. Les cas où ils sont triples ou quadruples, beaucoup plus rares (1 sur 5 000; 1 sur 150 000), compliqueraient notre recherche sans profit. Rappelons encore que les jumeaux sont de deux espèces : ils viennent chacun d’un ovule distinct, et alors ils sont indifféremment du même sexe ou de sexe différent: ou bien ils sont dus au développement de deux taches germinatives dans le même ovule, et alors ils sont enveloppés dans la même membrane et invariablement du même sexe. Ce dernier cas seul nous fournit deux personnalités rigoureusement comparables.

Laissons les animaux, pour nous en tenir à l’homme et prendre le problème dans toute sa complexité. 11 est évident que, puisque l’état physique et moral des parents est le même pour les deux individus, au moment de la procréation , une cause de différence est par là éliminée. Comme leur développement a pour

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point de départ les matériaux d’un même ovule fécondé, il y a de très grandes probabilités d’une ressemblance extrême dans la constitution physique et par suite, d’après notre thèse, dans la constitution mentale. Voyons les faits en notre faveur; nous examinerons ensuite les objections et exceptions.

La parfaite ressemblance de certains jumeaux est d'observation vulgaire . Dès l’antiquité , elle avait fourni matière aux poètes comiques, et, depuis, les romanciers en ont plus d’une fois usé. Mais ils s’en tiennent souvent aux ressemblances extérieures : taille, forme, visage, voix. Il y en a de bien plus profondes. Les médecins ont remarqué depuis longtemps que la plupart des jumeaux présentent une conformité extraordinaire de goûts, d’aptitudes, de facultés et même de destinées. Récemment, M. Galton a poursuivi une enquête à ce sujet, en adressant des questionnaires, dont quatre-vingts lui sont revenus avec les réponses, trente-six avec des détails circonstanciés. Son but était tout différent du nôtre. Continuant ses recherches sur l’hérédité, il voulait déterminer par une nouvelle mé« thode la part respective de la nature et de l’éducation mais, parmi ses matériaux, plusieurs nous seron d’un grand profit L

11 rapporte bon nombre d’anecdotes semblables à celles qui ont cours depuis longtemps : une sœur prenant deux leçons de musique par jour, pour laisser la liberté à sa jumelle; les perplexités d’un portier de

1. On les trouvera sous ce titre: Ilistory of Twins, dans son livre Inquiries into human Facully and its développement (p. 216- 242). London, Macmillan, 1883

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collège qui, lorsque un jumeau vient voir son frère, ne sait plus lequel des deux il doit laisser sortir, etc. D’autres montrent une ressemblance persistante, dans des circonstances peu favorables pour la maintenir. « A... revenait de l’Inde pour rentrer dans sa famille. Le navire arriva avec quelques jours de retard. Sob frère jumeau B... était venu pour le recevoir, et leui vieille mère était très nerveuse. Un matin, A... se précipite en disant : « Mère, comment êtes-vous ?> Elle répondit : « Non, B..., c’est une mauvaise plaisanterie, cessez, vous savez combien je suis inquiète; » et il fallut quelque temps avant que A... pût bien la convaincre de son identité. » (P. 224.)

Mais ce qui touche à l’organisation mentale nous intéresse davantage. « Un point qui montre l'extrême ressemblance entre certains jumeaux, dit Galton, c'est la similitude dans leurs associations d'idées. U n'y a pas moins de onze cas sur trente-cinq qui en fournissent des preuves. Us font les mêmes remarques dans les mêmes circonstances , commencent à chanter la même chanson au même moment, et ainsi de suite : ou bien l’un commence une phrase et l'autre la finit. Un ami, bon observateur, me décrit ainsi f effet produit sur lui par deux jumeaux de cette espèce qu’il avait rencontrés :: « Leurs dents poussèrent à la mémo « époque, ils parlèrent à la même époque et en même « temps; ils disaient des mêmes choses et paraissaient « exactement une seule et même personne. » Une des plus curieuses anecdotes que j’aie reçues touchant cette similitude d’idées, c’est celle d’un jumeau A... qui, se trouvant par hasard dans une ville d'Ecosse,

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acheta un service de verres à champagne, qui avait attiré son attention, pour faire une surprise à son frère B... A la même époque, B..., étant en Angleterre, acheta un service semblable, exactement du même modèle, pour faire une surprise à A... J’ai reçu d’autres anecdotes du même genre concernant ces deux jumeaux. » ( Loc . cit., p. 231.)

La nature et l’évolution des maladies physiques et mentales nous fournissent des faits bien probants. Si les secondes seules intéressent la psychologie, les premières révèlent une similitude dans la constitution intime des deux organismes, que la vue ne peut constater comme les ressemblances extérieures.

« J’ai donné mes soins, dit Trousseau, à deux frères jumeaux si extraordinairement ressemblants qu'il m’était impossible de les reconnaître à moins de les voir l’un à côté de l’autre Cette ressemblance physique s’étendait plus loin; ils avaient une ressemblance pathologique plus remarquable encore. L’un d’eux que je voyais à Paris, malade d’une ophthalmie rhumatismale, me disait : « En ce moment, mon frère doit avoir une ophthalmie comme la mienne. » Et comme je m’étais récrié, il me montra quelques jours après une lettre qu'il venait de recevoir de son frère, alors à Vienne, et qui lui écrivait : « J’ai mon ophthalmie, tu dois avoir la tienne, » Quelque singulier que ceci puisse paraître, le fait n’en est pas moins exact. On ne me l’a pas raconté, je l’ai vu, et j’en ai vu d’autres analogues dans ma pratique L » Gallon donne plusieurs exemples

1. Trousseau, Clinique médicale, I, 253 (Leçon sur l’asthme).

dont nous ne citerons qu’un seul. Deux jumeaux parfaitement semblables, très attachés l’un à l'autre et ayant des goûts identiques, avaient tous les deux un emploi du Gouvernement. Ils tenaient ménage ensemble : l’un fut atteint de la maladie de Bright et en mourut;' l’autre fut atteint de la même maladie et mourut sept mois après (p. 226).

On remplirait des pages de cas analogues. Dans l’ordre des maladies mentales, il en est de même; quelques exemples suffiront. Moreau (de Toors) a observé deux jumeaux, physiquement semblables, qui étaient atteints de folie. Chez eux, « les idées dominantes sont absolument les mêmes. Tous les deux se croient en butte à des persécutions imaginaires. Les mêmes ennemis ont juré leur perte et emploient les mêmes moyens pour arriver à leurs fins. Tous deux ont des hallucinations de l’ouïe. Ils n’adressent jamais la parole à qui que ce soit, répondent avec peine aux questions. Ils se tiennent toujours à l’écart et ne communiquent pas , entre eux. Un fait extrêmement curieux et qui a été nombre de fois constaté par les surveillants de la section et par nous-mêmes est celui-ci; de temps à autre, à des intervalles très irréguliers, de deux, trois et plusieurs mois, sans cause appréciable et par un effet tout spontané de la maladie, il survient un changement très marqué dans la situation des deux frères. Tous les deux, à la même époque et souvent le même jour, sortent de leur état de stupeur et de prostration habituel, ils font entendre les mêmes plaintes et viennent d’euxmèmes prier instamment le médecin de leur rendre la liberté. J'ai vu se reproduire ce fait quelque peu

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étrange, alors même qu’ils étaient séparés l’un de l’autre par plusieurs kilomètres de distance; l’un était à lîicètre, l’autre demeurait à la ferme Sainte-Anne Plus récemment, le Journal of mental Science * a publié deux observations de folie chez les jumeaux, où l’on voit deux sœurs se ressemblant beaucoup par les traits du visage, les manières, le langage, les dispositions intellectuelles « au point que rien ne serait plus facile que de les prendre l’une pour l’autre », et qui, placées dans des quartiers différents du même asile, dans l’impossibilité de se voir, présentaient des symptômes d’aliénation mentale exactement les mêmes.

Il faut cependant prévenir certaines objections. Il y a des jumeaux de même sexe qui sont dissemblables, et, bien que les documents ne nous disent pas dans quelle proportion les vrais jumeaux (issus d’un même ovule) présentent ces différences, il suffit d’un seul cas pour qu’il vaille à lui seul la peine d'être discuté. Nous avons énuméré ailleurs 1 2 3 les nombreuses causes qui, chez tout individu depuis la conception jusqu’à la mort, tendent à produire des variations, c’est-à-dire des marques qui lui sont propres et le différencient de tout autre. Ici, comme nous l’avons dit, une catégorie de causes doit être éliminée : celles qui viennent immédiatement des parents. Mais l’ovule fécondé repré-

1. Psychologie morbide, p. 172. — On trouvera aussi un cas extraordinairement curieux dans les Annales médico-psychologiques, 1863, tome I, p. 312. — Sur la question des jumeaux, on peut consulter l’ouvrage spécial de Kleinwaechter : Die Lehre iion den Zwillingen. Prague, 1871 .

2. Avril 1883 et Bail, De la folie gémellaire , dans l’Encéphale,

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