L hérédité psychologique, 2° édition, partie II, ch. iv
sente aussi les influences ancestrales, — 4.12,28 influences possibles suivant qu’on remonte aux aïeuls, bisaïeux, trisaïeux, etc. On ne sait jamais que par l’expérience lesquelles prévalent et en quelle mesure A la vérité, ici c’est le même ovule qui sert à produire deux individus; mais rien ne prouve que partout et toujours la division se fasse entre les deux d’une manière rigoureusement équivalente pour la quantité et la qualité des matériaux. Les œufs de tous les animaux ont. non seulement la même composition anatomique, mais l’analyse chimique n’y peut révéler que des différences infinitésimales; cependant l’un produit une épongé, l’autre un homme. 11 faut donc que cette ressemblance apparente cache des différences profondes, bien qu’elle échappe à nos plus subtils moyens d’investigation. Viennent-elles de la nature des mouvements moléculaires, comme le pensent certains auteurs1? On peut supposer tout ce qu’on voudra, pourvu qu’il soit bien compris que l’œuf est déjà une chose complexe et que les deux individus qui en sortent peuvent n’être pas rigoureusement semblables. Notre embarras ne vient que de l’ignorance des procédés suivant lesquels les éléments primitifs se groupent pour constituer chaque individu, et par suite, des différences physiques et psychiques qui en résultent. Quelques correspondants de Galton lui ont signalé ce fait curieux de certains jumeaux qui sont « complémentaires l’un de l’autre ». Il y a, écrit la mère de deux jumeaux, « une sorte de changement réciproque d'expression entre les deux, telle que souvent lim parait plus semblable à son frère qu’à lui-même. » —
LES TROUBLES ORGANIQUES
« Un fait qui a frappé tous mes camarades d’école (le correspondant est un senior wrangler de Cambridge), c’est que mon frère et moi nous étions complémentaires, pour ainsi dire, sous le rapport des aptitudes et des dispositions. Il était contemplatif, poétique et littéraire à un remarquable degré. J’étais pratique, apte aux mathématiques et aux langues. A nous deux, nous eussions fait un homme très convenable. » (P. 224 et 240.) Le capital physique et mental paraît avoir été partagé entre eux non par égalité, mais par équivalence.
Si le lecteur veut bien considérer combien chez l’homme l’organisation psychique est complexe, combien, en raison de cette complexité, il est invraisemblable que deux personnes soient la répétition l’une de l'autre, combien les jumeaux s’en rapprochent à un degré surprenant, il sera invinciblement conduit à penser qu’un seul fait de ce genre bien constaté prouve plus que dix exceptions et que la ressemblance morale n’est que le corrélatif de la ressemblance physique. Si, par impossible, deux hommes étaient faits de telle sorte que leurs deux organismes fussent identiques comme constitution, que leurs influences héréditaires fussent rigoureusement semblables; si, par une impossibilité plus grande encore , l’un et l’autre recevaient les mêmes impressions physiques et morales au même moment, il n’y aurait plus entre eux d’autre différence que celle de leur position dans l’espace.
En terminant ce chapitre, j’ai quelque honte d’avoir entassé tant de documents et de preuves pour établir cette vérité évidente à mes yeux : Tel organisme, telle
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personnalité. J’aurais beaucoup hésité à le faire, s’il n’était trop facile de montrer que cette vérité a été oubliée et méconnue plutôt que niée, et qu'on s’est contenté de la mentionner presque toujours sous la rubrique vague d'influence du physique sur le moral.
Les faits étudiés jusqu'ici ne peuvent pas tout seuls conduire à une conclusion : ils ne font que la préparer, Ils ont montré que, réduite à ses derniers éléments, la personnalité physique suppose les propriétés de la matière vivante et leur coordination; que, de même que le corps n’est que la somme organisée et coordonnée de tous les éléments qui le constituent, la personnalité physique n’est que la somme organisée et coordonnée des mêmes éléments, comme valeurs psychiques. Elle exprime leur nature et leurs agencements, rien de plus. L’état normal, les cas tératologiques, la ressemblance des jumeaux nous l’ont prouvé. Les aberrations de la personnalité physique ou, comme les appelle ingénieusement M. Bertrand *, « les hallucinations du sens du corps » apportent un surcroît de preuves. Mais il y a des déviations de la personne humaine, nées d’autres causes, produites par un mécanisme plus compliqué que nous allons étudier.
1. De l'aperception du corps humain par la conscience, p. 209
«t suiv.