CHAPITRE IT
LES TROUBLES AFFECTIFS
Rappelons d’abord une fois pour toutes (et ceci s’applique aux altérations intellectuelles), que nous continuons sous une autre forme l’étude des conditions organiques. Les désirs, sentiments, passions, qui donnent au caractère son ton fondamental, ont leurs racines dans l’organisme, sont prédéterminés par lui. Il en est de même des plus hautes manifestations intellectuelles. Toutefois, comme les états psychiques ont ici un rôle prépondérant, nous les traiterons comme causes immédiates des changements de la personnalité, n’oubliant jamais d’ailleurs que ces causes sont des effets à leur tour.
Sans prétendre à une classification rigoureuse des manifestations affectives, que nous n’avons pas à suivre dans le détail, nous les réduirons à trois groupes dont la complexité psychologique va en croissant et l’importance physiologique en décroissant. Ce sont :
f)8 LES MALADIES IJE LA PEHSONNALITÉ
1° les tendances liées à la conservation de l’individu (nutrition, défense); 2° celles qui tiennent à la conservation de l’espèce; 3° enfin, les plus élevées de toutes qui supposent le développement de l’intelligence (manifestations morales, religieuses, esthétiques, scientifiques, ambition sous toutes ses formes, etc.). Si l’on considère le développement de l’individu, on verra que c’est dans cet ordre chronologique que les sentiments apparaissent. On le verra mieux encore dans l’évolution de l'espèce humaine. Les races inférieures, chez qui l’éducation ne vient pas corriger la nature, en apportant le résultat accumulé du travail des siècles, ne dépassent guère la conservation de l’individu et de l’espèce ou ne manifestent qu’une grossière ébauche des sentiments du troisième groupe.
Les états affectifs liés à la nutrition sont chez l’enfant dans ses toutes premières années, le seul élément pour ainsi dire de sa personnalité naissante. De là viennent bien-être et malaise, désirs et aversions: c’est ce sens du corps dont nous avons tant parlé, parvenu à sa plus haute expression psychique. Des causes naturelles, trop claires pour qu’il soit besoin de les énumérer, faisant dominer presque exclusivement la nutrition chez l’enfant, il n’a et ne peut avoir qu’une personnalité presque entièrement nutritive, c’est-à-dire la forme la plus vague et la plus basse de la personnalité Le moi, pour qui ne le considère pas comme une entité, ne peut être ici qu’un composé d’une simplicité extrême.
A mesure que l’on s’éloigne de l’enfance, le rôle prépondérant de la nutrition diminue; mais elle ne perd jamais ses droits, parce que, entre toutes les pro-
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priétés de l’être vivant, seule elle est fondamentale. Aussi à ses variations sont liées des altérations graves de la personnalité : Diminue-t-elle, l’individu se sent déprimé, affaibli, changé en moins. Augmente-t-elle, il se sent excité, renforcé, changé en plus. Entre toutes A;s fonctions dont l’harmonie constitue cette propriété fondamentale de la vie, la circulation parait celle dont les variations brusques ont le plus d’influence sur les états affectifs et se traduisent par un contre- coup immédiat ; mais laissons les conjectures de détail pour voir les faits.
Dans les états connus sous les noms d’hypochondrie, lypémanie, mélancolie (avec toutes ses formes), nous trouvons des altérations de la personnalité qui comportent tous les degrés possibles, y compris la métamorphose complète. Les médecins établissent entre ces différents états morbides des distinctions cliniques qui n’importent pas ici. Nous pouvons les comprendre dans une description commune. Il y a un sentiment de fatigue, d’oppression, d’anxiété, d’abattement, de tristesse, absence de désirs, ennui permanent. Dans les cas les plus graves, la source des émotions est complètement tarie : « Les malades sont devenus insensibles à tout, ils n’ont plus d’affection, ni pour leurs parents, ni pour leurs entants, et la mort même des personnes qui leur étaient chères les laisserait absolument froids et indifférents. Ils ne peuvent plus pleurer, et rien ne les émeut en dehors de leurs propres souffrances l. » En ce qui concerne l’activité : torpeur, impossibilité