RUE RACINE
INTRODUCTION
Depuis plusieurs années déjà j’avais l’intention d’écrire ce livre, car je ne crois pas que notre rôle doive se limiter au maniement du laryngoscope.
S’adonner au larynx, c’est se mettre en face des multiples et diverses questions qui se rattachent à cet organe délicat. Un premier ouvrage sur « l’Hygiène de la voix parlée et chantée » qui a paru en 1894, dans l’Encyclopédie de M. Léauté (de l’Institut) (1), m’a été dicté par cette idée ; j’espère, avec celui-ci, pénétrer plus encore au vif de la question.
Comme d’autres travaux plus urgents m’empêchaient jusqu’alors de classer et d’exposer tout au long les divers documents que j’avais recueillis durant plusieurs années consécutives et à des sources très diverses, j’en ai donné quelques fragments, en 1897, dans une communication au xti e Congrès international de médecine, à Moscou, sous ce même titre « Maladies de la Voix ». Ce ne fut d’ailleurs
(1) Castes. Hygiène de la vois. (Masson, Gauthier-Yillars et fils, 1894.)
INTRODUCTION
qu’une tentative pour savoir ce qu’on penserait d’une étude sur ce sujet et sous ce titre. Après cet essai, j’ai cru comprendre que ces travaux, réunis dans le livre que je publie aujourd’hui, pourraient rencontrer quelque faveur.
Il arrive souvent que nous sommes consultés par des professionnels de la voix : avocats, magistrats, professeurs, prédicateurs, artistes lyriques ou dramatiques, venant nous dire que leur voix ne fonctionne plus à leur gré et nous demandant un diagnostic avec un traitement. L’examen du larynx et de l’ensemble de l’appareil vocal, fosses nasales, pharynx, trachée, bronches, poumons, ne nous révèle en ces cas que des lésions minimes et même quelquefois rien.
Les divers troubles qu’accusent ces malades ne sont guère inscrits dans la pathologie connue.
« Docteur, diront-ils, il me vient des crampes dans la gorge », ou « mon médium est déséquilibré », ou « je manque mon passage », ou encore « je n’ai plus de demi-teinte », etc. Une bonne instruction musicale ne suffit pas toujours à faire comprendre exactement ce dont se plaint l’artiste. L’art du chant n’emploie pas, jusqu’à présent, des termes techniques d’une signification acceptée par tous. C’est une difficulté pour le laryngologiste. Dans la conversation avec son client, quelque confusion risque toujours de se glisser. Que deux chanteurs lui parlent, l’un après l’autre, de leurs registres, médiums, passages; ils n’auront peut-être pas parlé des mêmes particularités vocales. J’ai cherché à débrouiller cette confusion, résultat de la diversité des écoles.
En m’aidant d’études personnelles, de renseigne-
IXTRODUCTIOy
ments puisés auprès des maîtres les plus experts, de questions précises et variées aux malades qui me consultaient, j’ai pu arranger, pour mon usage personnel, une technique d’examen spécial qui sera exposée dans le cours de cet ouvrage (ij et qui permet d’aller au diagnostic sans plus d’erreur que les autres méthodes usitées en médecine.
Mais, po ( urrait-on me dire, pourquoi « maladies de la voix » et non pas « maladies du larynx » ?
Je répondrai que ce sont choses bien différentes, puisque tel trouble vocal aura sa cause dans les fosses nasales ou dans les poumons, voire même dans la santé générale, tandis que le larynx restera indemne. Il y a maladie de la voix lorsque l’altération de la fonction est de beaucoup le symptôme dominant, celui pour lequel le spécialiste est consulté. S’agit-il, au contraire, d’une affection véritable du larynx : cancer, tuberculose, etc., ce sont les autres troubles qui importent : douleurs, oppression, etc. La question voix devient en ce cas négligeable.
Par contre, une voix excellente peut aller de pair avec un larynx en mauvais état. J’ai vu des cordes épaissies, rouges, présentant enfin tous les caractères de la cordite, chez des artistes dont la voix n’avait aucun trouble. Le P r Krause (de Berlin) pt d’autres avec lui ont fait la même observation. Ce distingué professeur dit avoir soigné un jeune ténor dont les cordes étaient transformées en deux bourrelets rouges charnus. Un traitement énergique n’amena aucun changement et pourtant la voix était
(i) Voir p. 2 d 4-
INTRODUCTION
« douce, insinuante ». C’est que par le talent on arrive à triompher de difficultés qui pourraient passer pour insurmontables.
S’il était nécessaire de justifier plus encore le titre de mon livre qui accouple le terme maladie au nom d’une fonction, j’ajouterais que le sujet l’exigeait. Ne dit-on pas : « maladies mentales », au lieu de maladies du cerveau ? et n’a-t-on pas écrit sur les « maladies de la volonté » (i), sur la « pathologie de la volonté »'(a) des pages dont le titre fait autorité?
Les observations publiées jusqu’ici sur les maladies de la voix l’ont été sous les noms de dysphonies, asynergie vocale, mogiphonie, dyslalies.
Mon but est de mettre mieux à même de guérir ces maladies, en exposant ce que j’ai vu. Ces affections sont déjà très préjudiciables aux professionnels de la parole qui sentent leur voix s’éteindre ou ne pèuvent s’en servir sans une grande fatigue locale et générale. Berryer, dit-on, n’avait de préoccupation que pour sa voix. Peu lui importaient les difficultés de la plaidoirie, pourvu que son larynx fonctionnât sans défaillance. Combien plus déplorables encore les maladies vocales, lorsqu’elles frappent des artistes au début ou dans le cours de leur carrière. Elles ne sont pas déjà si nombreuses, les années qui leur sont données pour réaliser leurs espérances. Si le mal les atteint, ce ne sei*ont plus qu’engagements résiliés; outre que n’étant plus sûrs de leur voix, ils deviendront timorés et ne sauront
(1) Ch. Ribot. Maladies de la volonté, i 5 e édition (Alcan et G ie , Paris, 1901).
(2) J. D Allemagne, professeur de médecine légale à l’Université de Bruxelles. Encyclopédie des aide-mémoire.
INTRODUCTION
plus mettre en valeur les ressources que leur organe conserve encore. Combien de voix meurent jeunes, faute de soins. Il faut bien dire que la responsabilité n’en revient pas ordinairement au médecin.
Le chanteur ne se soigne pas toujours comme il importerait. Ne parlons pas de son hygiène générale, défectueuse malgré lui. Mais si du moins, quand les tristes jours d’une maladie vocale sont venus, il se traitait avec discernement et persévérance, s’il renonçait aux empiriques et ne courait pas de l’un à l’autre, au hasard de ses tournées, sans attendre l’effet d’un traitement commencé! Débrouiller son cas n’est pas toujours facile, malgré le savoir, le zèle et la réflexion qu’on y peut apporter. Ceux-là seuls m’ont instruit qui m’ont permis de suivre toute l’évolution de leur maladie par des examens réitérés et alors même que la santé était définitivement reconquise.
Au reste c’est le diagnostic d’une maladie de la voix qui est difficultueux; le traitement qui en dé-, coule est simple et facile. A de rares exceptions près, je crois pouvoir déclarer que l’artiste qui se soignera bien, et assez longtemps, guérira.
Tout laryngologiste a pu être témoin du découragement qui envahit chanteurs et cantatrices surtout, lorsque leur voix périclite. Rien ne leur tenait plus au cœur et rien ne leur paraît plus heureux que de la recouvrer. N’ai-je pas entendu des femmes me dire : « Entre mes enfants et ma voix, vraiment je crois que j’hésiterais ! » Qu’on en sourie chez l’amateur, soit, mais non pas chez l’artiste, quand la passion de l’art, ou simplement le pain quotidien sont en question.
INTRODUCTION
J’entrevois bien des lacunes, des casiers vides, des chapitres d’attente, bien des explications à reviser dans ce livre. Je n’ai pourtant pas hésité à l’écrire, l’expérience écrite étant toujours plus sûre et servant bien à séparer ce qui est acquis de ce qui resteencore à élucider.
La cause d'une maladie vocale doit être cherchée non seulement dans le larynx, partie essentielle de l’appareil, mais encore dans la poitrine (soufflerie),J| dans le pharynx et dans le nez (résonateurs) et même dans l’appareil auditif et la santé générale.
Pour composer les divers types de phonopathies, j’ai eu recours à la méthode usuelle en médecine. Depuis plusieurs années, j’ai pris l’observation de tous mes malades, inscrivant d’abord ce qu’ils me disaient, les entendant parler ou chanter, notant les remarques des professeurs de chant et assistant à la leçon si le cas le comportait, puis je notais l’examen physique, pour arriver à mettre en regard le trouble vocal avec la lésion correspondante.
Certains professeurs se sont fait une spécialité d’entreprendre les voix avariées par le surmenage ou le malmenage: c’est chez eux comme un hôpital des voix; je me suis très utilement renseigné auprès d’eux.
J’ai commencé mes recherches sans idée préconçue. C’est seulement après les avoir recueillies que je lésai rangées méthodiquement d’après leur importance naturelle.
Je n’ai pas éprouvé la tentation de dévoiler les petites misères. Toutes mes observations sont restées anonymes. Je les ai même déguisées, quand c’était utile, en y changeant quelque trait révélateur
INTRODUCTION
mais insignifiant pour les conclusions. Ici, autant qu’ailleurs, le secret médical professionnel doit être gardé, pour des raisons multiples qu’il est superflu de dire. J’ai condensé le plus possible ces observations laissant de côté tout ce qui n’était pas important.
Parmi ces pages sont intercalés divers articles épars que j’ai déjà publiés sur la voix, leur lecture complétant ou commentant cette étude.
Il est telles altérations dont un bon professeur de chant ou d’élocution pourra très bien indiquer les causes. Une méthode rationnelle, dans le chant comme dans la parole, est pour beaucoup dans la conservation d’un appareil vocal, et les données de l’anatomie ou de la physiologie ne sont certes pas à dédaigner pour en déterminer les règles. Un artiste de haute valeur, s’occupant dernièrement du perfectionnement à introduire dans le chant, écrivait : « La physiologie semble devoir nous offrir le remède tant cherché. Il faut aller résolument à elle (i) ».
La phonologie est la science de la voix. Elle embrasse toutes les notions relatives à cette fonction et étudie spécialement les phénomènes physiologiques que l’art met en œuvre.
Au siècle dernier, Dodart et Ferrein inaugurèrent les premiers ce genre de recherches. Après eux sont venus Magendie, Savart, Malgaigne, Dequevauviller, Longet, Manuel Garcia, Czermak, Segond, Moura, Battaille, Krishaber, E. Fournié, Morell- Machenzie, Lennox-Browne, Cari Michel, puis enfin
(i) Victor Maurel. Un problème d’art. (Chez Tresse et Stock, éditeurs, Paris.)
INTRODUCTION
Gouguenheim, Poyet, Lermoyez, Curtis (de New- York), Joal (du Mont-Dore), French, le P r Krause (de Berlin), Botey (de Barcelone), et je pourrais encore ajouter à cette longue liste de noms.
La phonologie ne prétend pas gouverner l’art de la parole et du chant, car à lui seul il appartient d’utiliser, pour le mieux deseseffets, les découvertes de cette science qui révèle surtout son utilité dans le diagnostic des maladies de la voix et dans leur traitement.
On ne trouvera pas dans mon livre ce choix de formules (gargarismes, pulvérisations, etc.) qui figuraient dans les ouvrages du même genre parus antérieurement. Je m’en suis abstenu pour deux motifs : d’abord parce que mes confrères seront mieux à même de composer la formule, sur le vu du cas particulier, puis j’ai craint que les artistes y eussent recours sans connaissance de cause. Ayant l’illusion d’un traitement, ils laisseraient évoluer leur maladie, sans la thérapeutique voulue, jusqu’au jour où il serait trop tard. On n’a pas idée de l’illogisme, de l’absurdité de quelques moyens choisis par les malades eux-mêmes.
Avant d’entreprendre le traitement d’une voix, le spécialiste doit s’assurer que cette voix a existé réellement ou existe encore. On vient nous trouver parce qu’on n’est pas satisfait de sa voix. On subit plusieurs années dimant, chez nous ou chez d’autres, cautérisations de la muqueuse nasale, résection des cornets ou d’éperons du nez, galvano-cautérisations du pharynx, électrisations et massages du larynx, saisons aux eaux. Puis on viendra se plaindre que toute cette thérapeutique n’a rien fait. Eh bien, mais
INTRODUCTION
s’il s’agit simplement d’une voix finie par l’âge, ou même qui n’a jamais existé ! Le cas peut se produire si un professeur n’a pas été consulté, et de la meilleure foi du monde des personnes demanderont au médecin, qui acceptera de non moins bonne foi, de réparer des moyens vocaux que la nature n’a pas donnés. Faute d’attention, on compromet ainsi le crédit de la thérapeutique laryngée.
L’ordre méthodique m’a obligé de mettre à part les maladies de la voix parlante et de la voix chantante. Je ne saurais pourtant trop engager parleurs et chanteurs à lire les deux parties. Celle qui n’est pas de leur emploi habituel les concerne aussi, car parler et chanter ne sont que les deux modalités d’une fonction unique.
Tout professionnel qui vise à la perfection gagnerait à pratiquer, dans la mesure de ses moyens naturels, la parole et le chant. Je crois bien ne pas me tromper en disant, qu’à intelligence égale, de deux orateurs, celui qui nous prend le plus, sans que nous nous en rendions compte, c’est celui qui a développé, dans tous les registres, son clavier vocal, celui qui a de la musique dans la voix. Je pourrais, bien citer des noms. Réciproquement, les maîtres, de chant donnent à leurs élèves le conseil de réciter les paroles du morceau avant de les chanter, de mettre delà parole dans le chant; le procédé leur assure une grande action sur l’auditoire.
Aujourd’hui, plus encore qu’autrefois, l’art de la parole et du chant se combinent dans la déclamation lyrique ; les chanteurs aspirent à devenir des tragédiens lyriques.
Il arrive qu’un trouble vocal se montre sur le chant
INTRODUCTION
bien avant d’apparaître sur la parole, et ce serait un moyen de le découvrir que de faire chanter le sujet.
C’est le cas de rappeler ce qu’a écrit Cicéron (L 'Orateur. Traduction Charpentier, p. 188) à savoir que, s’il ne dépend pas de nous d’avoir une belle voix, il dépend de nous de la cultiver et de la fortifier.
« Tractatio atque usus in nobis. » La gymnastique pulmonaire y concourt puissamment. Elle estd’autant moins à dédaigner qu’on a pu dire de l’éloquence dé nos jours qu’elle résidait surtout dans les poumons. Est-il besoin de faire ressortir l’importance d’une bonne voix pour un orateur? Si l’on fait l'éloge d’un avocat, il est bien rare qu’on n’y parle pas de ses moyens vocaux.
Je me borne à transcrire ici l’impression causée par une belle voix.
« Quant à Agar, les masques rigoureux de Racine, « de Corneille seuls s’appliquaient à sa voix. Oh ! « sa voix ! Pour l’avoir entendue, on l’entend tou- « jours. On se demande ce qu’était ce clavier d’or- « gués intérieures, cette musique vivante, ce quel- « que chose qui fut bien, certes, une voix humaine, -« une sensibilité de muqueuses où fondaient des « baisers et des larmes, mais qui paraissait quelque « chose de plus, un alliage d’infini, un tumulte de « cloches, oui, des cloches de chair, semblait-il. »
D’une manière générale, les phonopathies procèdent de la fatigue fonctionnelle, d’où l’importance majeure du repos dans ces sortes de maladies. 11 faut bien le reconnaître, les compositeurs écrivent parfois des partitions difficiles pour la voix et cès difficultés, loin de lui servir, l’altèrent. On me permettra celte assertion, si l’on veut bien avoir égard
INTRODUCTION
à mes vingt années d’études personnelles, pratiques et théoriques, appuyées de réflexions fréquentes suite sujet.
Le traitement à conseiller n’est pas évident toujours. En ce cas ne vaudrait-il pas mieux s’abstenir que de dire, comme dans un cas que je connais : « mariez-vous, ça passera. »
Sans doute il faut de l’hygiène, mais sans exagération. Que deviendrait l’art de dire si on renonçait à Y action qui fatigue ?
D’ailleurs, si le sujetest exempt de maladies constitutionnelles, s’il est assez jeune encore et persévérant dans le traitement, il guérira de ses divers troubles vocaux.
L’étude des maladies de la voix me semble d’autant plus opportune que notre époque s’intéresse activement aux divers problèmes qui touchent à la voix humaine. Voici que deux distingués spécialistes, le D r Natier et M. l’abbé Rousselot, Directeur du laboratoire de phonétique expérimentale au Collège de France, viennent de fonder une Revue où les études de laryngologie, rhinologie et otologie marchent de pair avec d’intéressantes recherches sur cette branche nouvelle des connaissances humaines : la phonétique, qui fait un tout de la physiologie vocale et de la linguistique.
Ce mouvement de recherches se montre si actif que j’ai presque été tenté d’attendre encore pour publier ce livre, mais, même ainsi, aurais-je été certain d’y mettre l’ensemble de ce qui paraîtra sur cette intéressante question?
Comme je rédigeais les derniers chapitres, mon ami Ricardo Botey de Barcelone faisait paraître dans les
la INTRODUCTION
Annales des maladies de l’oreille et du larynx (septembre 1899) une étude importante, d’une observation très poussée, sur « Les maladies de la voix chez les chanteurs ». J’y ai vu avec plaisir que, de son côté, il a poursuivi ces recherches depuis le temps où nous en causions longuement avec lui et le P r Krause, au Congrès de Moscou, en 1897. Son travail abonde en considérations sur la physiologie artistique et les misères de la profession vocale. Je ne pouvais manquer d’y faire des emprunts.
D’autre part les professeurs de chant' tendent de plus en plus, pour leur enseignement, à s’éclairer des données de la physiologie et de la laryngologie. Les uns cherchent les meilleurs modes de respiration ; d’autres s’intéressent surtout à la gymnastique respiratoire, jusqu’à étudier l’art de respirer dans tous les actes de la vie. L’un d’eux m’écrivait: « Il est utile que les médecins vulgarisent la gymnastique pulmonaire. Cela manque au Codex. » D’autres encore inscrivent sur leurs programmes : « Leçons de chant ; application des dernières découvertes scientifiques; l’hygiène pulmonaire par le chant. »
Ils vont jusqu’à écrire : « Les recherches des acousticiens et des physiologistes sont capables de nous apporter de puissantes lumières ». « Je soutiens, écrit M mo Marchesi (1), que les connaissances scientifiques sont indispensables aux professeurs de chant pour pouvoir traiter l’instrument vocal d’une manière naturelle et rationnelle. » Les connaissances anatomo-physiologiques ont au moins cet avantage de faire éviter ce qui est nuisible.
(1) Mathilde Marchesi. Méthode de chant théorique et pratique.
Nous ne demandons pas aux artistes d’être des anatomistes consommés, mais qu’ils sachent au moins où sont les cordes vocales, pour ne pas tomber dans l’erreur de l’un d’entre eux qui, persuadé qu’elles étaient « en haut », derrière le voile du palais, renversait sa tète pendant le gargarisme dans l’espoir de les atteindre.
J’ai causé avec des chanteurs qui pensaient que les cordes vocales étaient verticalement disposées et isolées comme celles d’une harpe. On m’a même parlé d’une débutante qui supposait qu’elles étaient transversalement placées dans l’arrière-bouche et que la luette agissait sur elles, comme le marteau d’un piano.
Si le lecteur trouvait parfois dans ces pages des idées différentes des siennes, je puis l’assurer d’avance qu’il s’agirait simplement de divergences de détail, car mon livre est écrit sans ombre de parti pris.
Le travail peut beaucoup pour développer la santé vocale. Chacun de nous n’a-t-il pas connu, chez de jeunes sujets, des voix qui semblaient chétives, et que trois ou quatre ans d’un travail intelligent et soutenu transformaient en voix merveilleuses assurant une brillante carrière. Bien entraîné, l’organe s’affranchira mieux que d’autres des mille petits inconvénients inhérents au fonctionnement professionnel.
Plutarque rapporte dans ses « Vies parallèles des hommes illustres » que Démosthène se rendait sur le rivage de la mer, pour déclamer ses harangues, en plaçant dans sa bouche de petits cailloux, autant pour assouplir son articulation que pour s’habituer au tumulte des assemblées.
INTRODUCTION
Ce livre est divisé en cinq chapitres principaux où j’étudie successivement:
i° L’historique des travaux qui ont paru sur la question.
2° L’anatomie et la physiologie de l’appareil vocal, car ces notions sont indispensables pour se bien rendre compte des maladies de la voix et de leur traitement.
3 ° Les causes communes aux diverses maladies vocales.
4 ° Les maladies de la voix parlante.
5 ° Les maladies de la voix chantante.
Tout ce qui est dans mon livre ne vient pas exclusivement de moi. Pour qu’il répondît à son titre il devait contenir tout ce qui a été dit sur là question, et qui pût intéresser le lecteur.
Je me suis attaché à parler simplement d’anatomie, physiologie et pathologie, avec l’espoir d’introduire plus de précision et d’exactitude dans la phonologie, car c’est par là qu’elle pèche jusqu’ici. On s’en aperçoit bien quand on a à en parler souvent et beaucoup. Ce défaut ne m’a pas permis, à mon grand regret, d’utiliser des observations écrites que je devais à des maîtres de chant ou à leurs élèves et qui auraient pu être des plus profitables. J’ai cherché à appliquer la méthode scientifique sur un domaine peu exploré jusqu’ici. Je ne me défends pas d’avoir écrit ce livre surtout pour les divers professionnels de la voix. Montrer aux orateurs, aux artistes, à quelles maladies particulières est exposé leur appareil vocal, leur prouver qu’il est des moyens rationnels de les guérir, de les rendre à l’euphonie, n’est-ce pas faire œuvre légitime de médecin ? La question des
INTRODUCTION
« maladies de la voix » est tout autre d’ailleurs que celle des malformations et maladies de l’appareil vocal. Celles-ci se trouvent exposées dans mon « Hygiène de la voix ».
Cette question du reste n’est pas uniquement d’ordre médical. Les professeurs de diction ou de chant ont beaucoup à dire sur ce sujet. Du moins me suis-je appliqué à signaler, dans ce volume, l’ensemble des observations que peut faire le laryngologiste, à son point de vue particulier.
En relisant mon manuscrit, pour la dernière fois, j’ai bien vu que je n’étais pas toujours resté dans les limites strictes du titre. Je ne regrette pas ces écarts, car ils se rattachent par quelque côté à mon sujet et l’éclairent davantage. Le nombre des questions qui touchent aux maladies de la voix est très considérable, beaucoup plus même que je ne pensais avant de me mettre à cet ouvrage. Pour ne pas l’allonger outre mesure et pour ne rien négliger cependant de ce qui s’y rattache, j’ai eu soin de mentionner au chapitre « Ouvrages à consulter » les documents que j’étais contraint de ne pas analyser.
Si les lignes qui vont suivre sont utiles à tous ceux qui font profession de la parole ou du chant; si elles contribuent à leur donner la santé de cette merveilleuse fonction, j’aurai réalisé le but dès longtemps caressé.