‹ Les maladies de la voixChapitre 13 sur 34 · FEMME · texte numérisé non relu

FEMME

Grande circonférence.. .

O ra ,II2

Diamètre vertical. . .. ...

Diamètre transversal..

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Diamètre antéro-postérieur.

Longueur des cordes vocales. . . . .......

0 ra ,022

o ra ,oi7

Ainsi, le larynx de la femme se distingue de celui de l’homme surtout par ses dimensions moindres et sa situation plus rapprochée de l’os hyoïde. La femme chante sur une octave supérieure à celle qui est habituelle à l’homme, et quand une femme, même contralto, répète en même temps qu’un homme le la du diapason, si vous lui demandez de l’émettre à une octave au-dessous, l’unisson est parfait. C’est la femme, d’ailleurs, qui naturellement donne la note exacte du diapason.

Quand l’homme est mutilé avant la puberté, son

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larynx ne subit pas l’évolution de la mue et sa voix garde le caractère infantile, eunuchoïde des castrats.

La mue dure en moyenne de un à deux ans. Elle peut être précédée de mues prémonitoires (Fauvel) annonçant la mue totale, comme elle peut être suivie de mues multiples rendant la voix de plus en plus grave.

Voici le résultat de mes recherches personnelles sur la mue. Je l’ai suivie en détail sur six enfants des maîtrises de Paris.

D’abord l’époque de la mue offre de grands écarts. On la voit se produire de io à 18 ans.

Elle est précédée, de plus ou moins près, par un abaissement de la voix. L’enfant, qui chantait les parties de soprano, est employé comme alto, etcependant l’alto véritable est très rare. A la maîtrise de la Madeleine on confie cette partie à des soprani vieillis, à la veille de muer.

Arrive enfin la mue ; l’enfant peut encore chanter sur son médium et son grave, mais non sur son aigu. Quand il l’essaie, il éprouve une douleur au larynx. 11 a perdu la sûreté de sa voix. Des couacs involontaires se produisent quand il chante et même quand il parle sur un ton élevé. C’est comme une poi’te qui grince, avec des échappées vers l’aigu. Ce seront encore des sautes de voix à travers toute l’échelle diatonique, parfois même une aphonie complète. L’étendue de la voix se transforme la première, et c’est ultérieurement qu’apparaît le timbre qui sera l’un des éléments de classement de la voix.

J’ai trouvé, chez ces jeunes garçons, le larynx uniformément congestionné, les cordes notablement plus allongées que chez l’enfant et deux fois mouche-

i34 MALADIES DE LA VOIX

tées de taches rougeâtres. Deux fois aussi l’épaississement de la région interaryténoïdienne empêchait l’accolement exact des cordes. La muqueuse des fosses nasales et celle du pharynx se montraient un peu congestionnées.

En même temps on pouvait constater le développement actif de la sexualité.

Il y a, dans les maîtrises, les soprani et les alti.

La

Soprano.

Fig. 36

Le soprano prend la voix de tête au petit fa indiqué. Quelques enfants ne présentent jamais le phénomène de la mue.

J’ai déjà dit que beaucoup d’enfants, qui avaient la voix grave avant la mue, devenaient ténors ensuite et que des soprani se transformaient ultérieurement en basses. Je ne connais pas d’explication sûre à ce fait d’observation.

Il arrive qu’à la suite de la mue, la voix reste, pour de longues années, infantile, eunuchoïde. J’ai observé un de ces cas de mue prolongée chez un jeune homme dont le larynx paraissait sain, mais les cordes vocales restaient un peu écartées dans l’intonation.

Voici un exemple qui montre bien que la mue doit être respectée.

Un étudiant en médecine, très intelligent, vint me

Sol

Alto.

PHYSIOLOGIE DE LA VOIX

consulter pour de l’infantilisme de sa voix. Il me dit avoir eu la scarlatine à l’âge de n ans, mais sans suites fâcheuses pour son larynx. A i 3 ans la voix mua fortement, mais, comme dans son entourage on le réprimandait sur sa voix bizarre, il s’efforça, pendant un an, de conserver sa voix d’enfant. Ce fut, selon son expression, une mue contrariée. De i 5 à 16 ans survinrent des aphonies complètes. Au moment où je l’examinai, sa voix était faible et voilée, s’enrouait et provoquait de la douleur au larynx s’il la forçait. Le grave était indemne, ses cordes étaient molles et grises.

Chez les femmes le phénomène de la mue est moins sensible. Je l’ai étudié sur un jeune contralto qui arrivait à la puberté. Ses cordes étaient congestionnées et sa voix se couvrait d’un voile « d’un brouillard » disait-elle, dans le passage de la voix de poitrine à la voix de tête.

Ch. Labus (de Milan) estime que l’homme n’est en possession complète de toutes ses facultés vocales que vers 3 o ans environ, et la femme vers 28 ans.

Vers l’âge de 4 o ans chez l’homme et seulement à 70 ans chez les femmes, commence l’ossification des cartilages du larynx qui marque le début de sa déchéance.

Entre cinquante et soixante ans, les articulations s’enroidissent, les muscles s’affaiblissent et la voix devient cassée, chevrotante. Les voix graves se conservent plus longtemps que les voix aiguës.

Radiographie du larynx. — Les renseignements que les rayons X de Rœntgen peuvent donner sur le larynx ont été cherchés par divers auteurs, spéciale-

ment par Max Scheier (de Berlin) (i), F. Mackintyre(a), Bürger ( 3 ), Mignon (de Nice).

Max Scheier a étudié par ce moyen les progrès de l’ossification dans l’organe de la voix. Il l’a cherchée sur des cadavres d’homme et d’animaux, car le défaut d’immobilité rend moins démonstratives les épreuves obtenues sur le vivant. D’après Biehat et Sappev, c’est de 3 o à 5 o ans que cette altération apparaît dans les cartilages laryngiens. M. Scheier a vu qu’elle pouvait se montrer plustôt, même avant 19 ans. Chez la femme, elle est très tardive; on ne peut la constater qu’entre 70 et 80 ans.

Sur les épreuves, les parties restées cartilagineuses donnent une ombre presque transparente, tandis que les parties ossifiées se détachent en noir. Chez l’homme, l’ossification se montre d’abord à la corne inférieure du cartilage thyroïde, puis elle monte le long de son bord postérieur d’une part, et de l’autre elle s’avance dans le bord inférieur, marchant également à droite et à gauche. Plus tard, elle dessine une travée dirigée obliquement en haut et en avant. Chez la femme, l’envahissement se produit, d’arrière en avant, sur toute la plaque latérale du cartilage. A la longue il peut se former ainsi un véritable osthyroïde.

Sur le cartilage cricoïde, les premiers dépôts calcaires se montrent autour de l’articulation qui l’unit

(1) M. Scheier . Rapport à la Société de médecine de Berlin, n mars

(2) J. Mackintyre. Association larvngologique américaine. New-York, 16, 17, 18 mai 1898.

(3) H. Bcrger. Société néerlandaise de laryngol. La Haye, 22 mai 1898.

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au thyroïde, puis ils s’étendent, en commençant par sa partie postérieure.

A l’aryténoïde, l’ossification commence par la base; à l’épiglotte, elle se constate rarement ; jamais au cartilage de Santorini.

Cette transformation osseuse n’a aucun rapport avec la tuberculose ou quelque autre maladie du larynx ; on n’en peut donc rien conclure pour le diagnostic.

Segond a admis que chez les chanteurs Uossification se montre d’abord au niveau des insertions musculaires à cause de l’irritation produite par les tiraillements ; Max Scheier a examiné trente artistes, hommes et femmes, sans rien constater de ce genre. 11 serait intéressant de voir comment se comporte le larynx des castrats à ce point de vue.

Chez les animaux, l’ossification des cartilages se produit à peu près comme chez l’homme, avec cette différence pourtant qu’elle est plus accusée chez la jument que chez le cheval.

RELATIONS ENTRE LA VOIX ET l’oIJÏE

Hensen et Kliinder, Beaunis, ont étudié ce qui a rapport à la justesse de la voix humaine.

Une voix est juste quand les sons du larynx ont exactement le nombre des vibrations correspondantà leur place dans l’échelle diatonique. Le défaut de chanter au-dessus du ton est plus ordinaire que celui de chanter au-dessous. Il se rencontre surtout dana le ton mineur. La justesse de la voix exige donc la précision de la contraction musculaire qui elle-même dépend du sens musculaire. Chaque degré de tension.

des cordes doit correspondre, grâce à l’habitude, à

une impression auditive déterminée.

Il existe plusieurs procédés physiques d’apprécier la justesse de la voix. Je me bornerai à mentionner celui d’Hensen. On dispose un diapason de 200 vibrations, par exemple, pour qu’il vibre dans un plan horizontal; à l'extrémité d’une de ses branches a été fixé un petit miroir. Devant ce miroir on place un brûleur de Kœnig avec une flamme de gaz et une capsule. Cette capsule communique d’un côté avec une conduite de gaz et de l’autre avec un tube de caoutchouc dans lequel on chante. Dans le même temps on fait vibrer le diapason et chanter l’artiste, à l’unisson d’abord puis à l’octave, à la quinte, etc. Si la note est juste on voit pour l’unisson une seule flamme manométrique, deux pour l’octave, trois pour la quinte, etc., et ces flammes sont immobiles. Si la note est fausse, les flammes se déplacent, se portent en avant quand le ton est trop bas, ou en arrière quand il est trop haut.

L’oreille peut être sourde seulement pour quelques tons. C’est comme un trou dans l’audition. On dit des yeux, quand ils ne voient qu’une couleur, qu’ils sont atteints de daltonisme parce que Dalton, célèbre physicien anglais, était atteint de cette infirmité. L’état que nous venons de signaler pour l’ouïe est comme un daltonisme de l’oreille.

Les frères Weber ont démontré que si on bouche ses oreilles avec ses mains, on entend mieux sa propre voix. Quelques artistes utilisent ce moyen pour mieux juger de la pureté de leur voix.

La tympanophonie ou autophonie est un trouble plutôt par la voix que de la voix , mais il est utile de

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le consigner ici parce qu’il marque les relations de la voix avec l’ouïe. Il consiste en un retentissement exagéré et parfois même douloureux (Rüdinger)'de la voix dans l’oreille. Cette résonance est tellement prononcée chez certains artistes, qu’ils en sont comme étourdis, enivrés, qu’ils en perdent la tête. Cette ivresse de la voix est signalée par le D r Moura. (Voix et registres.) (Académie de médecine, novembre 1888). Une actrice soignée par Hartmann éprouvait brusquement ce trouble lorsqu’elle était en scène et chantait, ce qui ne la gênait pas peu. Cette autophonie ne dura que peu de temps et guérit. Chez d’autres sujets, on la voit s’installer d’une façon permanente, la parole retentissant comme une trompette et les mouvements d’inspiration et d’expiration se traduisant par un bruissement désagréable; le sujet en arrive à ne plus vouloir parler. Les consonnes M et N' surtout sont bruyantes.

La cause de la tyrnpanophonie est la béance anormale de la trompe d’Êustache, qu’elle résulte d’inflammations tubaires, d’un processus atrophiant, ou d’un amaigrissement rapide du sujet, Elle guérit assez généralement à moins qu’il ne s’agisse d’atrophie des tissus.

On la traite en s’adressant aux causes indiquées, ou, s’il est nécessaire, en plaçant dans le pavillon de la trompe de petits appareils occlusifs analogues à la sonde d’Itard. Hartmann dit s’être bien trouvé d’instillations de glycérine dans le conduit auditif externe avec occlusion hermétique à la ouate. Le moyen agit sans doute en alourdissant la membrane tympanique par l’infiltration de glycérine et en étouffant les vibrations entotiques par le ouatage du

conduit. L’autophonie est au reste une affection rare. Hartmann ne l’a observée que trois fois sur un total de ioooo malades.

Personnellement j’ai vu deux cas. D’abord chez une jeune femme qui ressentait exagérément dansl’oreille gauche les vibrations de sa voix. Le trouble était consécutif à une grippe qui avait touché la trompe d’Eustache. La guérison fut assez rapide. Une autre fois, c’était chez un jeune homme dontla voix chantée seule retentissait péniblement dans l’oreille droite,, alors que la parole s’exercait sans cet inconvénient. Il y avait en même temps une dilatation tubaire et un relâchement de la membrane tympanique. C’était d’ancienne date. Obligé de quitter Paris, il ne put suivre de traitement.

Chez d’autres, du fait d’une affection d’oreille, un son unique est perçu à deux hauteurs différentes par l’une et l’autre oreille. L’écart entre les deux notés est ordinairement d’un ton ou demi-ton, mais il peut être d’une octave. C’est la diplacousie, particulièrement gênante pour les chefs de chœurs ou d’orchestres.

La congestion que les efforts du chant déterminent dans la tête peut être spécialement nuisible à l’oreille. J’ai soigné des malades atteints de sclérose tympanique (variété de surdité) chez lesquels le chant augmentait les bourdonnements.

Un de mes malades, grippé et présentant comme complication du catarrhe de la trompe d’Eustache et dé la caisse du tympan, se plaignait de ne plus entendre ses notes aiguës et de souffrir dans l’oreille lorsqu’il les émettait. Le fait ne se produisait pas pour les notes du médium et du grave qui sortent avec un effort moindre.

PHYSIOLOGIE DE LA VOIX

Même en dehors de toute affection auriculaire, quelques chanteurs, après avoir forcé leur voix ou chanté trop longtemps, sont pris de bourdonnements d’oreilles, que le repos fait disparaître.

On dit « crier comme un sourd ». Le fait est vrai quelquefois, mais plus souvent encore on peut remarquer qu’au fur et à mesure que l’ouïe baisse, la voix de ces sujets devient faible, comme discrète, sourde et détimbrée. Il semble qu’ils ont perdu la notion de l’intensité nécessaire. L’entourage le remarque. Je ne saurais dire pourquoi les uns crient fort et pourquoi les autres éteignent inconsciemment leur voix. Par contre, et, puisqu’il doit s’agir ici surtout de maladie vocale, je signalerai l’épuisement de la voix dont se sont plaintes parfois les personnes qui vivent avec les sourds, en raison de l’obligation ■où elles se trouvent de parler très fort.

A simple titre de curiosité, je mentionnerai l’opinion que le pavillon de l’oreille a quelque chose de caractéristique sur les artistes. Cette théorie est tirée d’une étude publiée par la Deutsche medicinische Wochenscrift. L’auteur de l’article est le D r Gerber, professeur agrégé à l’Université de Kônigsberg. Il prétend qu’il existe des rapports étroits entre le sens musical et les circonvolutions •du pavillon de l’oreille. Il a étudié les oreilles de Mozart d’après un portrait qui se trouve au Musée de Salzbourg et il déduit de ses observations que l’oreille d’un véritable artiste doit être plus longue que large, peu épaisse et de lignes régulières.

L’état des oreilles peut, ce n’est pas douteux, influer sur le fonctionnement vocal. Dans un article

i !\2 maladies de LA VOIX

donné au journal « la Voix », le D r Goureau (i), après avoir fait justement remarquer que certaines maladies de la voix tiennent à un état pathologique non du larynx mais de ses auxiliaires fonctionnels (pharynx, nez, etc.), consigne l’observation d’un artiste qui se plaignait d’avoir involontairement et de temps en temps seulement, quelques notes fausses. L’examen montra que diverses lésions des fosses nasales, rhinite hypertrophique et éperon, entraînaient une perméabilité inégale des deux trompes d’Eustache. C’était comme un strabisme auditif. La mise en état des cavités nasales fit disparaître le trouble fonctionnel.

Est-il possible de développer le sens musical de l’oreille? Ce n’est pas douteux. Souvent,par exemple, l’application et le travail font percevoir à l’artiste certains à peu près qu’il ne saisissait pas d’abord dans quelques-unes de ses notes. Quelques sujets entendent juste mais chantent faux ; le travail encore peut redresser ce défaut. Par une éducation précoce et méthodique, on arrive à corriger chez l’enfant les imperfections de l’ouïe et à développer le sens musical, à moins pourtant que l’organisation cérébrale s’y refuse tout à fait. D’ailleurs l’absence du sens musical peut aller de pair avec de grandes facultés intellectuelles. « Je meurs d’envie, disait la grande Catherine, d’écouter et d’aimer la musique, mais j’ai beau faire, c’est du bruit et puis c’est tout. » Beaumarchais, Napoléon, dit-on, n’étaient guère sensibles à l’harmonie des sons.

(x) Gourea.u. Maladies de la voix, indépendantes de toute affection laryngée. La Voix, 1892, p. 60.

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J’ai pourtant lu que l’empereur était infiniment sensible à la musique vocale. De tous les arts, c’était le seul où il portât un goût personnel. Les autres, il les aurait protégés par politique.

On l’a dit encore de Victor Hugo ; mais n’était-il pas harmoniste à sa manière, lui qui connaissait si bien la musique des mots. « 11 était le maître du verbe ; il savait le pouvoir virtuel de tous les mots de notre langue et quels éclats inattendus,, quels sons inouïs il en pouvait tirer. » (De Herédia. Discours de réception à l’Académie française, 3 o mai

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