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LA. VOIX DES A.NIMA.TJX

Un rapide coup d’œil sur la voix chez les mammifères et les oiseaux nous montrera quelques détails intéressants pour l’étude de la phonologie.

Chez les singes anthropoïdes et notamment chez l’orang-outang (1), il existe, de chaque côté du larynx, de vastes sacs laryngiens qui sont les ventricules de Mo.rgagni très amplifiés, au point de s’accoler en avant. Chez l’orang, ils peuvent envoyer des prolongements jusque dans la nuque et l’aisselle.

Le cheval a des ventricules très amples et on trouve de plus un sinus sous-épiglottique limité en bas par un repli muqueux transversal qui vibre comme les autres cordes. Seul, le cheval entier hennit ; la jument et le cheval hongre ont une voix

(1) D rs Dekiker et Boulart. Les sacs laryngiens chez l'orang-outang. La Voix, 1894, p. 3a2.

plus aiguë et sans éclat. Ils hennissent exceptionnellement.

Le braiement de l’âne s’exécute par une série d’inspirations et d’expirations précipitées, comme convulsives.

La voix du porc est remarquable parle contraste de sons graves et aigus. Sa glotte est fort étroite, et ■Colin suppose que les sons graves du grognement sont dus aux vibrations de l’air dans les ventricules.

Le larynx du bœuf est imparfait. Les cordes font à peine saillie sur les parois latérales du larynx ; il n’y n guère de ventricules. Un tel organe ne peut engendrer qu’un mugissement sourd.

Chez le chien, comme chez les carnassiers, l’organe -est perfectionné, l’épiglotte longue, les ventricules nmples.

En général, la forme de l’épiglotte paraît sans influence sur la nature delà voix.

Les oiseaux ont un appareil vocal tout différemment organisé. Ils ont deux larynx, l’un à l’extrémité •supérieure de la trachée et l’autre à son extrémité inférieure.

Le larynx supérieur est une simple fente allongée •entourée de pièces résistantes mais sans replis ni muscles.

L o, larynx inférieur est le centre réel de la phona r tion, comme en témoignent ses muscles et replis intérieurs. Immédiatement au-dessus de lui, les anneaux ■trachéaux se soudent et se renflent pour former le ■tambour. Entre l’extrémité supérieure des deux bronches est disposée la membrane tympaniforme de Cuvier qui monte pour s’attacher à une petite saillie •osseuse, Y éperon. Chez les oiseaux chanteurs un petit

PHYSIOLOGIE DE LA VOIX

repli est disposé au-dessus de l’éperon osseux ; c’est la. membrane semi-lunaire de Savart. On la trouve chez le rossignol, l’alouette, la fauvette. Enfin sur le troisième anneau de chaque bronche existe un dernier repli membraneux susceptible de vibrer. Ce larynx inférieur présente chez les oiseaux chanteurs cinq paires de muscles allant de la trachée aux bronches et servant à tendre les diverses membranes tympaniformes et semi-lunaires. Les oiseaux ont d’ailleurs la trachée très longue, susceptible d’allongements et de raccourcissements, sous l’action de muscles démontrés par Cuvier, les sterno-trachéens et cléidotrachéens.

C’est sûrement le larynx inférieur qui engendre la voix, et non le supérieur, car Cuvier a pu sectionner la trachée chez un merle et une pie sans compromettre la phonation.

Par les modifications imprimées à ses deux larynx et à sa trachée, l’oiseau chanteur arrive à cette perfection et cette variété de mélodies exquises. C’est en raccourcissant ou allongeant sa trachée qu’il obtient l’étendue de son clavier vocal.

Cuvier a fait remarquer que certains oiseaux ont un appareil très perfectionné sans jolie voix, et viceversa, d’où il concluait à l’importance de l’ouïe et de l’instinct. Que de fois cette impression vient au laryngologiste qui voit un appareil vocal, vulgaire de formes, correspondre à une voix remarquable. Le talent de l’oiseau se perfectionne par l’ouïe. Un rossignol isolé de ses semblables perd beaucoup de ses moyens ; inversement un merle peut, par imitation, apprendre des airs variés. Ces faits sont connus des éleveurs, qui ne manquent pas de mettre un bon Castes. io

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chanteur dans chaque volière pour améliorer les voix. Les progrès acquis peuvent se transmettre à la progéniture.

Beethoven a écrit la notation musicale du chant des rossignols, des cailles et du coucou, dans sa symphonie pastorale. On a de même écrit musicalement le hennissement du cheval. On trouvera ces notations dans le bel ouvrage de G. Colin (Physiologie comparée des animaux, T. I., pages 491 et 5 oi).

Si vous avez eu la curiosité de comparer le chant des oiseaux à celui de l’homme, vous aurez remarqué que leurs moyens sont très variés, mais fort différents de ceux de la voix humaine. Ils sifflent beaucoup, font admirablement le portamento, ont de grands écarts de la voix. Leurs registres de poitrine et de tête sont beaux, surtout le premier. Ils ont le trémolo, les notes piquées, le trille qu’ils exécutent même sur la tierce.

Chateaubriand (Génie du christianisme, T. I., page 72) écrit : « Le loriot siffle, l’hirondelle gazouille, le ramier gémit..., mais le rossignol dédaigne de perdre sa voix au milieu de cette symphonie ; il attend l’heure du recueillement et du repos, et se charge de cette partie de la fête qui se doit célébrer dans les ombres. »

Chose singulière, le perroquet n’a rien de spécial dans son larynx ; il a même moins de muscles que les oiseaux chanteurs. Son langage lui vient d’un instinct d’imitation particulièrement développé. Comme lui, la pie parvient à articuler un peu. Dans son Histoire des Animaux , Pline parle des corbeaux éclos sur le temple de Castor et Pollux qui saluaient de leur nom Tibère et les jeunes Césars ; il parle aussi

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de rossignols qui articulaient le grec et le latin. Plus encore ! Leibnitz (i) dit avoir entendu un chien prononcer une trentaine de mots. La rigueur scientifique de telles observations est bien contestable. La faculté d’imitation est poussée à l’extrême chez certaines espèces d’Amérique, chez la grive persifleuse du Mexique, chez l’oiseau-moqueur des États- Unis qui arrivent à imiter tous les oiseaux du voisinage.

(i) Leibnitz. Mémoire de l’Académie royale des sciences, 1715.

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