II. — MALADIES DU MEDTüM DE LA VOIX
Quand les altérations s’accusent sur la partie moyenne de l’échelle vocale, ce qui est fréquent, le malade a une « maladie du médium ».
L’altération existe principalement sur la voix parlante et lorsque l’artiste a parlé longtemps. Dans le chant, ce trouble est particulièrement sensible sur deux ou trois notes du médium toujours les mêmes pour chaque sujet. Elles manquent de sonorité. L’artiste dit qu’elles se sont détimbrées. Elles sont sèches et quelquefois grinçantes. On a nettement l’impression de manquer de souffle, de force ou de tenue dans l’expiration phonatrice, aussi la note ne peut être prolongée comme avant. Elle baisse de tonalité en dépit des efforts, je dirai même en proportion des efforts. Une de mes clientes avait au cours d’un son posé des forte et des piano involontaires et qu’elle ne pouvait éviter. A mesure que la voix s’échauffe par l’exercice, quelques-uns de ces obstacles s’atténuent, mais le lendemain il y a aggravation. Ces modifications vocales peuvent ne se révéler qu’après un quart d’heure ou une demi-heure d’exercice ;
l’artiste s’arrête et huit ou dix jours se passeront avant qu’il ait retrouvé sa puissance laryngée complète. Il chante à nouveau. Nouvel arrêt, et pour huit ou dix jours encore. Ces suspensions de fonction qu’on retrouve dans l’odorat, dans l’ouïe, portent ici le nom de laryngocoposé (épuisement laryngé temporaire).
Or le changement quia paru d’abord sur le médium s’étend peu à peu à l’aigu et au grave. L’artiste a perdu confiance en ses moyens. Onlui retire son rôle.
Il faut s’arrêter, bon gré mal gré. Si, à la suite d’un traitement, la voix se remet, c’est le médium qui se dévoile le dernier après l’aigu ou le grave, de même qu’il avait été le premier à se voiler. C’est donc bien sur le médium que se manifestent surtout les troubles de la voix. Alors aussi le passage redevient facile. Il n’y a plus de solution de continuité entre les deux registres. La voix est ressoudée, comme me disait un artiste.
Causes. — Comme les cas que je décris séparément, pour la méthode, ne sont pas absolument distincts, nous retrouverons ici les principales causes des maladies du timbre : granulations au pharynx, nodules sur les cordes, diathèse tuberculeuse. Quelques malades reconnaissent avoir malmené leur voix, en la laissant monter trop haut en voix de poitrine ou en abusant de la voix sombrée ; mais, en se pénétrant bien de l’enseignement qui découle des observations, on arrive à penser que la cause de ce trouble spécial gît dans la poitrine. En effet il se montre surtout quand l’âge mûr arrive, entraînant un peu d’emphysème aux poumons. Les chanteurs ont le souffle écourté, ils l’éprouvent eux-mêmes ; leur capacité
respiratoire, prise au spiromètre, emmagasine à peine 1 ou 2 titres au lieu de 2 et 3 comme à l’état normal. J’ai souvent constaté que ces malades spéciaux étaient nés de parents asthmatiques. Je conclurai volontiers : dans les troubles sur le médium cherchez à la poitrine, dansla soufflerie de l’appareil vocal. E.Nicaise a bien étudié la dilatation de la trachée et des bronches chez les chanteurs (1). Je dois pourtant avouer que, dans quelques faits, malgré toutes mes investigations, je n’ai pu déceler la cause de ce trouble particulier.
En ce qui concerne plus particulièrement la demiteinte, je l’ai vue compromise surtout quand la lésion était laryngée; alors, au contraire, la pleine voix est possible. Si l’altération est thoracique, la demi-voix est possible, mais impossible la pleine voix.
M lIe X..., soprano, travaille le chant depuis six ans. Elle a eu dans le temps quelques granulations du pharynx que j’ai cautérisées, puis elle a fourni quatre années de carrière sans incidents.
Actuellement elle vient se plaindre d’un voile sur le médium qui s’accentue surtout quand elle dit le poème. Elle s’enroue en chantant au bout d’un quart d’heure et son professeur a remarqué qu’elle perd de l’air entre les notes. Le larynx et les poumons sont indemnes, mais elle est fatiguée et a maigri. On peut incriminer la faiblesse générale.
En somme, le diagnostic : maladie sur le médium, pourra être porté toutes les lois que l’artiste se plaindra de divers troubles sur cette partie de son claviervocal, coïncidant avec un manque de souffle. Le cas est assez caractéristique pour n’être pas confondu
(1) E. Âicaise. Revue de chirurgie, août 1891.
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avec d’autres. Une erreur qu’il importe d’éviter est celle qui ferait prendre pour une maladie vocale un défaut naturel. C’est ainsi que j’ai examiné, à ma clinique, un jeune mezzo qui avait un trou sur deux notes, immédiatement au-dessus du passage. L’appareil vocal était indemne. Il ne s’agissait que d’un défaut à corriger par le travail.
Le traitement comporte avant tout un repos prolongé de deux ou trois mois environ. En même temps, on s’adressera à la cause à l’aide des divers moyens indiqués déjà pour les altérations du timbre. En l’espèce, je me suis bien trouvé des diverses pratiques de la « gymnastique respiratoire » qui donnent à la soufflerie pulmonaire la force ou l’ampleur disparues.