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I. — MALADIES DU TIMBRE

Elles sont les plus nombreuses, dans la proportion de 3 g pour ioo (d’après mes fiches). Disons, en chiffres ronds, 4 fois sur io, ou environ dans près de la moitié des cas.

Voici ce que dit un artiste dont le timbre est malade :

« Depuis quelque temps déjà, ma voix est voilée surtout en parlant, ou elle se voile presque immédiatement quand je me mets à chanter. Cette raucité se montre sur toute l’étendue de ma voix (grave, médium, aigu). J’ai perdu deux ou trois de mes notes les plus élevées et je constate des trous dans mon registre aigu » (ce qui signifie que certaines notes ne. sortent pas, ne se font pas entendre dans le déroulement des gammes montantes). « J’ai même conscience que mes sons baissent tandis que je les émets, sans qu'il me soit possible de les maintenir à la hauteur voulue ; ma voix n’a plus son velours. Je ne peux plus chanter en demi-teinte (à demi-voix ou piano) et, si je l’essaie, ma voix grince comme du cuir neuf. » L’artiste peut avoir en chantant cette sensation que ses notes seraient bonnes sans le trouble qui les couvre. « Le dessous de la note est bon, me disait un artiste, mais le dessus est humide. » Impossible de faire les sons filés (notes qu’on commence piano, qu’on enfle ensuite et qu’on termine piano). La voix vacille au commencement et à la fin de ces sons filés, ou elle accroche au milieu, c’est-à-dire qu’au lieu d’être continue elle a des secousses, des interrup-

lions courtes. « Au début, ces raucités n’étaient qu’intermittentes, mais elles ont fini par s’installer de manière continue. Quelques minutes après que j’ai commencé à chanter, j’ai des sensations de douleur, brûlure ou picotements, généralement dans la gorge et le larynx, dont je sens l’existence, mais parfois aussi dans la trachée et le creux de l’estomac, dans les poumons dont je sens la présence » : « ça me fait drôle dans la gorge et le nez », me disait une jeune artiste parisienne. Les douleurs n’accompagnent parfois que le travail sur le médium.

Pour peu que le sujet soit nerveux, ces sensations de fatigue produisent des troubles variés : impossibilité d’avaler, courbature générale, transpirations, etc., etc. Chez les femmes ces troubles vocaux sont plus marqués au commencement de leur époque menstruelle.

A certaines périodes d’une maladie vocale, qui est en marche vers la guérison ou l’aggravation, on peut faire chanter sur les voyelles, principalement sur les voyelles fermées E, I, et quelquefois sur la voyelle ouverte A, mais on ne peut le faire sur les consonnes et à plus forte raison sur les syllabes. Je viens de donner des soins à un mezzo qui au début de l’amélioration a pu chanter sans enrouement sur A, mais pas sur les autres voyelles qui se sont dévoilées consécutivement.

Il est bien entendu que le tableau ci-dessus est composé. Tous les malades du timbre, qui se plaindront d’un voile sur la voix, ne le reproduiront pas *en entier, mais afin d’éviter des omissions, j’y ai mis la plupart des troubles qu’ils accuseront, entièrement ou non.

Le médecin qui place son laryngoscope audessus de ces larynx n’y trouve pas des altérations bien accusées. Tantôt un peu de congestion, plus accentuée sur les cordes vocales inférieures ou sur la muqueuse des cartilages aryténoïdes. Chez les barytons et les basses il existe une congestion professionnelle, qu’il est plus rare de constater dans les larynx des ténors ou des femmes (Botey.) Tantôt les cordes seront un peu émoussées sur leur bord libre, un peu infiltrées, ce qui leur donnera l’aspect gélatineux, ou simplement relâchées. Sur d’autres sujets la lésion consistera surtout en un épaississement circonscrit, conique, du bord libre des deux cordes et s’y faisant vis-à-vis (nodules vocaux). Encore ce nodule peut-il être à peine visible, et n’étaient les mucosités qu’il arrête à sa surface, il passerait inaperçu. La muqueuse peut être flaccide sur les cordes, ou épaissie et comme frippée à la partie postérieure du larynx entre les aryténoïdes. Elle peut être atrophiée et sèche, couverte de petites croûtelles par places. Dans quelques cas très rares un petit polype se montrera sur l’une des cordes; chez un de ces malades j’ai constaté un chapelet de tout petits polypes muqueux sur le bord d’une corde dans sa moitié antérieure. Leur ablation améliora beaucoup la voix. Mais bien souvent aussi l’examen le plus méticuleux ne pourra que constater l’état normal. De toutes les parties du larynx, le bord libre des cordes est la plus utile à l’intégrité de la voix. J’ai vu des aphonies complètes chez des tuberculeux qui n’avaient d’autres lésions qu’une altération s’étendant à tout ce bord libre.

Pour mieux voir ces lésions qui pourraient

échapper à un examen unique, il est bon de faire fonctionner le larynx pendant dix minutes ou un quart d’heure ; quand l’enrouement arrive, c’est le moment de revoir les cordes où se révéleront des caractères anormaux restés latents d’abord. Souvent alors une pression exercée avec le pouce sur l’espace qui sépare l’os thyroïde du cartilage thyroïde provoquera l’apparition d’une douleur sourde.

A titre de particularité singulière, je citerai ce fait dont parle Botey (i) d’un ténor qui présentait une petite hémorragie sous-muqueuse. Dans les notes aiguës, ce petit hématome se déplaçait en avant. « comme la bulle d’air dans le niveau d’eau».

Les cause.s que j’ai pu relever dans mes observations sont très variées.

L’altération du timbre peut tenir :

i° A ces laryngites légères, mais plus ou moins durables, qu’engendrent l’influenza, les fièvres éruptives (rougeole, scarlatine), la fièvre typhoïde, la syphilis à sa période secondaire.

2 0 A des propagations congestives, inflammatoires ou trophiques, venant des autres parties de l’appareil vocal (pharyngites granuleuses, hypertrophies amygdaliennes ou tumeurs adénoïdes avec leurs poussées inflammatoires). L’hypertrophie des amygdales peut n’occuper que leur moitié inférieure et se dissimuler derrière la base de la langue. La sortie de la voix exige alors plus d’efforts et ces efforts réitérés peuvent amener des nodules. J’en ai fait disparaître par la simple ablation de cette partie en contre-

(1 ) R. Botey. Les maladies de la voix chez les chanteurs (1899)-

bas des amygdales hypertrophiées. A signaler encore : les rhinites hypertrophiques qui obligent à pousser, les rhinites atrophiques (ozènes), les catarrhes chroniques de l’arrière-nez. Les personnes atteintes de pharyngo-laryngite atrophique perdent jeunes leur voix.

3 ° Un séjour à la mer est souvent nuisible, sans doute à cause des congestions qu’entraînent les variations de température ou l’air irritant des plages. Les artistes sont souvent originaires du Midi; ils viennent se former à Paris, puis parfois suivent leur carrière dans les climats variables du Nord. Cette condition suffit pour en enrouer quelques-uns de façon durable.

4 ° Très souvent il y a simplement fatigue laryngée. L’organe et la phonation arrivent à se fatiguer de mille manières différentes, qu’il y ait surmenage ou plus souvent malmenage laryngé. On a très sagement organisé à Paris une commission de surveillance de renseignement de la musique vocale dans les Écoles communales de la ville. Nombre de professeurs au Conservatoire en font partie. Voilà certes une mesure des plus utiles pour la sauvegarde des voix naissantes. Au début des leçons de chant il se produit, par la fatigue, un enrouement qui se dissipe à la 3 e ou 4 e leçon. Mais si cet enrouement durait et s’aggravait au fur et à mesure, il devrait faire craindre une tuberculose latente. On surmène encore sa voix par la mauvaise habitude de chantonner constamment, ce qui se fait du reste habituellement avec une émission défectueuse.

Le mauvais fonctionnement du larynx peut être attribuable à l’élève qui a mal compris l’enseigne-

MALADIES DE LA VOIX CHANTANTE ment du maître, ou aux systèmes fantaisistes de ce dernier. Rien n’est plus utile à l’élève et plus difficile pour le professeur que de bien classer la voix. Si le soprano chante le répertoire du mezzo, la fatigue viendra, à plus forte raison s’il travaille les contralti. Cette erreur est assez souvent commise parce que des professeurs sans expérience, s’en laissant imposer par le timbre seul d’une voix, méconnaissent sa place naturelle sur l’échelle des sons. Les voix du Midi et les voix d’Amérique, m’a dit M. Giraudet, offrent une difficulté particulière pour le classement, parce que leur sonorité naturelle masque leur étendue réelle.

L’enseignement du chant a ses empiriques comme l’art de guérir. J’ai dans mes notes un imprimé qui me fut mis un jour dans la main, au coin d’une rue où on le distribuait. J’y lis : « Les élèves chanteurs ou orateurs qui suivront ma méthode n’auront plus besoin de ces longues vocalises ou d’autres épreuves très fatigantes pour la santé. En un temps variant de i 5 à 5 o secondes au plus, ils obtiendront une voix plus vibrante et plus timbrée. »

Quand un professeur se trompe sur le classement d’une voix, non seulement il fait travailler outre mesure le grave ou l’aigu, selon le sens de son erreur, mais il empêche le travail sur le médium qui est la vraie base d’opération. Une voix ainsi déclassée ne revient à la santé que lorsqu’elle rencontre un professeur avisé.

J’ai examiné une jeune fille de 17 ans qui, contralto par le timbre, était soprano par l’étendue de sa voix, {de Y ut* à I’ïa/ 5 ),

L T n médecin avait craint un début de tuberculose

2h2 MALADIES DE LA VOIX

laryngée à cause de cette raucité, mais l’organe était absolument sain. Cette jeune fille était accompagnée dé sa sœur; je les faisais parler ensemble, le timbre grave de la plus jeune se montrait ainsi d’une manière saisissante.

Si, par un travail mal compris, on cherche à développer sa voix dans un sens erroné, c’est surtout la tessiture qui s’altère. J’ai donné des soins à une artiste qui avait été classée chanteuse légère par les meilleurs professeurs, mais l’âge venant elle avait, de son propre gré, chanté les mezzi, et même les contralti en imitant le genre de Thérésa. Il en était résulté un épaississement de ses deux cordes vocales qui conservaient néanmoins les proportions des cordes de soprano. Elle n’avàit éprouvé de fatigue qu’en chantant les contralti et cependant sa voix n’était voilée que sur l’aigu, comme si un déplacement artificiel de la voix n’altérait que le registre naturel de l’organe.

Il faut dire encore qu’avec les années la hauteur d’une voix et sa tessiture peuvent changer. Le soprano peut devenir mezzo ; le baryton, ténor, etc.

L’artiste doit se soumettre à cette évolution naturelle sous peine de fatiguer beaucoup son larynx. Chez une dame de province que j’ai soignée, je n’ai pu m’expliquer la fatigue vocale, caractérisée par un voile sur la voix, qu’en apprenant qu’elle avait pris, dans le temps, des leçons à Paris et n’avait rien changé depuis à ses exercices ni à son répertoire habituel, bien qu’elle eût senti que sa voix baissait notablement. Que l’artiste se méfie encore de laisser prendre à sa voix parlée un caractère aigu : sa voix chantée en souffrirait à la longue.

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On le voit, le diagnostic d’une voix est des plus délicats. Le maître doit voir et prévoir. Sinon son élève est menacé de ces fâcheux résultats que la laryngologiste constate.

Les professeurs peuvent être longtemps hésitants' devant une voix qui ne se décide pas à se fixer.

Il n’y a pas deux voix exactement semblables, dit très bien le P r Krause, et le devoir du professeur est d’adapter son enseignement aux dispositions et aux nécessités de chacun. Quelques notions anatomiques et physiologiques sur l’appareil vocal leur seraient très utiles. Déjà quelques-uns savent manier très convenablement le laryngoscope pour le plus grand bien des larynx qui se confient à leur direction.

Un classement de voix se fait surtout d’après sa tessiture et son timbre ; l’étendue seule serait un mauvais critérium.

J’ai vu des malades qui avaient chanté sans même savoir quelle était leur voix. Ils étaient embarrassés pour me répondre quand je le leur demandais ; c’est dire qu’ils avaient chanté inconsidérément sur tel ou tel autre registre, au plus grand détriment de leur larynx.

D’autres, privés de tout enseignement, s'étaient procuré des airs de grand opéra qu’ils chantaient sans entraînement méthodique préalable.

Leur histoire est pourtant moins comique que celle de ces amateurs se présentant chez un professeur et lui disant : « J’hésite encore sur la catégorie de voix que je vous prierai de me donner. »

D’autres chantaient de la gorge, selon l’expression vulgaire, c’est-à-dire qu’ils contractaient fortement tous les muscles du pharynx, contraignant ainsi le larynx à des efforts nuisibles.

Les artistes disent très justement qu’ils peuvent forcer leur voix sans s’enrouer à la condition de ne pas serrer. Forcer, c’est contracter énergiquement les muscles de la poitrine. Serrer, c’est contracter violemment son larynx, car peu importe l’effort thoracique pourvu que le larynx se réserve et ne violente pas ses cordes. Encore faut-il que la pression sousglottique soit modérée. Cavaillé-Coll a fait la remarque qu’en exagérant la pression dans un tuyau d’orgue on l’enroue ou on le fait octavier. Un beau son de voix, a constaté Piltan, est en raison inverse de la vitesse de l’air au manomètre. Et, du reste, pourquoi crier ? Comme l’a dit un maître éminent: « Les forte, on les entend ; les piano, on les écoute. »

J’ai vu deux garçons marchands de vin qui, doués d’un peu de voix, chantaient le soir pour divertir le client. C’était par excellence la voix dite de gorge et les romances qu’on chante avec le cou roidè et gonflé, avec la face congestionnée, puis, de temps en temps, avec ces cris, ces engueulées , disait Berlioz, que les Italiens reprochaient de son temps à quelquesuns de nos artistes, critiquant l’urlo francese. Il y avait malmenage par ignorance ; le larynx s’était un peu congestionné et la voix couverte. On m’objectera le milieu d’alcool et de tabac où fonctionnaient ces larynx. Soit, et je l’admets pour ma part, mais croyez bien que si dans ce même milieu eût chanté un de ces artistes habiles, consommés dans leur art, son larynx ne se fût pas, à beaucoup près, enroué à ce degré.

Comme exemple de ce que peut une bonne éinission sur la santé d’un larynx, je rapporterai le fait suivant que je tiens d’un des professeurs les plus autorisés de Paris.

Une de ses élèves, morte depuis quelques années, arrivait du Midi et avait toujours la voix enrouée. Elle ne parvenait pas à ouvrir le son, faisant entendre cr mon pire » quand elle voulait chanter « mon père ». Pour corriger ce défaut, le maître lui conseilla de dire «mon pare», d’ouvrir à l’excès par conséquent. Six semaines après, le défaut était corrigé et la raucité vocale avait disparu.

Une cause fréquente d’irritation pour l’appareil vocal est la mauvaise habitude de tousser sans besoin, de faire « hem » par exemple, avant de prendre la parole ou de chanter. Si on n’y prend garde, le toussotement passe à l’état de tic et va à l’encontre du but.

« La toux sèche, qui n’a pas pour effet d’expulser des mucosités, est une toux inutile, écrit le D r Lalesque (i). Plus on tousse de la sorte et plus on a envie de tousser. »

Si le chatouillement laryngé vient à se produire, on doit fermer la bouche doucement et aspirer Pair lentement par le nez. Ce moyen arrive souvent à supprimer le besoin de tousser à sec.

On se fatigue en respirant mal, par saccades, en chantant dès qu’on sort de table, en fredonnant dans la rue, en chantant en plein air, etc. Que dire de ceux qui en sont réduits à travailler pour phonographes !

Je n’ai jamais observé la rupture d’une corde vocale que quelques auteurs ont signalée dans les

(i) D r Lalesque (d’Arcachon). Journal de médecine de Bordeaux , io mars 1901.

violents efforts de chant, mais j’ai vu, chez un chanteur des rues, âgé de 3 a ans, et devenu subitement aphone, une infiltration sanguine de la corde vocale gauche.

Une autre cause d’altération du timbre réside dans les hémorragies des cordes sur lesquelles M. Poyet appelait l’attention à la Société française de larvngologie en 189A On les observe surtout chez les cantatrices à la période de leurs règles. Pendant un effort vocal, elles éprouvent une sensation de craquement dans leur larynx suivie d’enrouement marqué et persistant. Au laryngoscope l’une des cordes inférieures se montre d’un rouge ecchymotique avec tuméfaction ; parfois un vaisseau variqueux se voit sur la corde, mais l’hémorragie peut être rigoureusement sous-muqueuse. Les récidives sont fréquentes. Avec du repos et quelques attouchements à la glycérine contenant de l’acide tannique, le trouble cesse après huit ou quinze jours. Le cas a été signalé également chez des hémophyles, accompagné de quelques crachements de sang.

Fatiguent aussi beaucoup la voix certains mécanismes d’un emploi assez rare. Je fais allusion principalement à la tyrolienne qui secoue le larynx entre les voix de poitrine et de tète. On en peut dire autant de tout procédé vocal inusité.

Le laryngoscope peut montrer de visa si le larynx fonctionne ou non selon les règles, notamment par l’observation du coup de glotte.

La fatigue, les excès sont malheureusement obligatoires dans certaines spécialités. Une jeune artiste me disait s’être beaucoup fatiguée en disant le poème de l’opérette. Il y faut faire des écarts de

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voix éreintants, rire aux éclats, imiter des Normands, des Marseillais, pousser des cris d’animaux.

Naturellement on se fatigue aussi beaucoup à vouloir chanter de grands airs d’opéra [airs de facture) lorsqu’on n’est doué que d’une voix restreinte.

Un professeur est soumis à cette dure nécèssité : chanter sur tous les registres, soit pour montrer à l’élève, soit pour lui donner la réplique, ce qui est particulièrement fatigant si la nature a placé sa voix à l’une des extrémités du clavier vocal (contralto ou basse, soprano ou ténor). Je ne parle pas de l’obligation de parler beaucoup dans le courant de la leçon.

L’abus de la voixsombrée, quand on la prend trop bas sur la gamme, fatigue beaucoup la voix des hommes, si d’ailleurs ils l’appuient tout en la sombrant. Il semble au contraire que la voix des femmes soit fatiguée par l’abus du timbre clair. Les premiers arrivent par là à chanter bas et les autres à chanter trop haut.

A mesure que le répertoire wagnerien remplace le répertoire italien, les artistes vont ouvrant de plus en plus leur note et délaissent la méthode de Desprez qui sombrait beaucoup.

La fatigue, surtout quand elle est le résultat d’une mauvaise méthode qui entraîne des contractions laryngées excessives, finit par déterminer sur le bord libre des cordes ces nodules dont j’ai déjà parlé. L’exact accolement des cordes n’est plus alors possible, et, tandis que le son se produit, une partie de l’air contenu dans la poitrine s’échappe à travers la glotte, en produisant un petit sifflement qui accompagne la note. Ce-trouble estdésigné sous le nom de coulage.

Quand un artiste, dit Botey, est obligé de fermer les notes avant le passage de la voix ou de sombrer les voyelles, on peut supposer qu’il s’agit de nodules.

Les nodules compromettent surtout la partie moyenne du médium. Le coulage qu’ils entraînent n’est quelquefois perceptible que pour l’artiste ; le public ne l’entend pas.

Comme les durillons, ces nodules sont hygrométriques et la voix devient plus mauvaise lorsque le temps tourne à l’humidité.

La conduite à tenir vis-à-vis des nodules est très discutable. Faut-il les toucher au galvano-cautère ? les enlever à la pince coupante ? Jusqu’ici, je n’ai été que peu satisfait de mes interventions directes sur ces parasites, parce que souvent le larynx n’en reste pas moins un organe usé.

Un baryton vient me consulter pour une gêne vocale qui remonte à plusieurs années. Les notes du passage sont surtout voilées ; le grave est un peu mieux et l’aigu bon ; la demi-teinte n’est pas mauvaise ; mais un tas de troubles apparaissent lorsque le larynx a fonctionné pendant quelque temps. Il y avait deux gros nodules : je les enlevai à la pince. Aphonie pendant plusieurs semaines. La voix a fini par reparaître, mais sans aucune amélioration. Certaines notes du médium se sont dévoilées, mais d’autres restent éteintes. Le larynx paraît normal.

Le P r Krause cite comme curiosité le cas d’un jeune ténor de Kœnigsberg qui présentait à la place des cordes vocales deux tumeurs en bourrelets rouges charnus. Et pourtant, ajoute-t-il, il était impossible d’entendre une voix plus douce et plus insinuante.

C’est qu’avec de l’art et du talent on arrive à surmonter les plus grandes difficultés !

Pour ma part je soigne des larynx nodulés qui' donnent néanmoins des sons parfaits.

Je signalerai aux artistes un danger dont j’ai pu plusieurs fois constater les fâcheux effets.

Quand ils sont chercheurs, ils se livrent à des expériences avec leur larynx, poursuivant des émissions, des résonances inédites. Qu’ils se méfient. Ces exercices n’étant, ni selon la nature, ni selon l’habitude, peuvent fatiguer pour longtemps leur organe.

Des artistes ont eu leur voix compromise parce qu’ils avaient accepté d’être engagés avec d’autres à voix plus intense et qu’ils s’efforcaient d’égaler.

Un entraînement trop rapide peut détériorer gravement la voix. C’est ce qui arrive à ces artistes découverts par quelque dilettante. Obligés de faire leur éducation un peu sur le tard, se surmenant pour rattraper le temps perdu et dans l’espoir des fortes sommes qu’on leur a fait entrevoir. Chez un jeune étranger, qui était dans ces conditions, les exer cices de Y appui, dont il n’avait pas l’habitude, se montraient particulièrement nuisibles au point d’entraîner de petits crachements de sang, bien que le sujet ne fût aucunement tuberculeux.

5 ° Je trouve encore dans mes observations certaines causes dont je ne puis m’expliquer le mécanisme qu’en invoquant l’action réflexe si réelle en pathologie. C’est ainsi, jusqu’à preuve du contraire, que doivent agir, pour voiler une voix, les affections de l’estomac, celles de l’utérus, l’âge critique chez les femmes, la grossesse.

a 5 o maladies de LA VOIX

J’ai soigné des femmes qui avaient conservé longtemps un voile sur la voix pour ne s’être pas abstenues de chanterle premier jour de leurs régies, quand la voix est lourde à faire sortir.

L’opération chirurgicale qui a pour but d’enlever les ovaires (castration des femmes) n’a pas d’influence fâcheuse sur la voix; tout au plus la masculinise-telle un peu dans quelques rares cas.

6° En dernier lieu, les maladies du timbre peuvent tenir à un état constitutionnel. Le cas est même fréquent.

Le plus ordinairement il s’agit de sujets tuberculeux ou candidats à la tuberculose. Si des pleurésies ne se sont pas encore déclarées, si les sommets des poumons restent indemnes, du moins l’extérieur des malades, leur faciès, leur chevelure rousse — ce sont des Vénitiens, a-t-on dit — fait redouter pour eux cette dangereuse affection. A défaut de signes personnels, on trouvera parfois chez les ascendants ou les collatéraux des indices significatifs.

L’emploi des rayons X permet aujourd’hui de constater, en ce cas, l’état indemne ou maladif des poumons.

Que se passe-t-il exactement dans ces larynx, alors que le laryngoscope n’y révèle rien ?

Sont-ce des infiltrations latentes ? ou des troubles réflexes émanés d’un sommet suspect, de ganglions cachés dans le cou ou le thorax? Je crois plutôt à l’insuffisance de l’expiration phonatrice.

Toujours est il que le voile sur la voix peut annoncer longtemps à l’avance le danger qui menace le sujet. Plus je vois de ces cas et plus je me persuade qu’il y a là un indice important. L’examen de la

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poitrine et des autres parties du corps est négatif, le larynx même se montre normal, le sujet ne tousse pas, ne maigrit pas, mais le voile sur la voix donne l’alarme, et c’est ainsi que le laryngologiste peut être le premier à voir venir le danger et à organiser le secours. Quand, au contraire, l’enroûment est produit par des congestions arthritiques du larynx, il se dissipe par l’exercice.

Le trouble vocal peut avoir son origine dans l’état névropathique du malade, mais cette catégorie de dysphonie est rare, comparée aux aphonies nerveuses si fréquentes.

A signaler encore la fréquence des enroûments chez les herpétiques, surtout si leur régime ne tient pas compte de leur constitulion spéciale.

Diagnostic. — Reconnaître cet enroûment n’est pas malaisé dans la majorité des cas. Il suffît d’entendre chanter le sujet.

Encore ne faudrait-il pas penser qu’il y a voile sur la voix lorsqu’il s’agit simplement d’un timbre naturellement grave. Les femmes qui se classent contralti, sitôt après la puberté, pourraient exposer à cette grossière méprise. J’ai mentionné ci-dessus un cas de ce genre.

Ne pas confondre non plus avec la faiblesse de la voix tenant à quelque insuffisance thoracique ou autre.

En outre, il faut parfois déceler cette raucité qui ne se fait pas entendre constamment. Qu’on ait alors recours au procédé des trois registres que j’ai indiqué pour la voix parlée.

Faites chanter le malade successivement sur le grave, le médium et l’aigu, le voile se montrera bien

vite sur l’un des trois et sur l’un des deux derniers

plus habituellement.

Traitement. — Sur ce chapitre, je ne serai pas long, car il est implicitement exposé dans l’article Causes. Trouver cette cause, c’est guérir le malade (mis à part les cas incurables de leur nature). Une fois fixé sur ce point important, le médecin saura bien choisir tel moyen thérapeutique utile. Je me borne à signaler les procédés indiqués.

i° Contre les laryngites : le repos absolu de la voix, les diverses pulvérisations chaudes intra-laryngées, la révulsion sur le devant du cou. Celle-ci doit être employée avec circonspection, car sur quelques sujets elle est plutôt nuisible.

Les bains de vapeur sont utiles contre les enrôûments par laryngites légères.

2° Contre les propagations morbides venant du voisinage, traiter le point de départ, détruire au galvano-cautère les granulations, diminuer les amygdales par le morcellement, opérer les tumeurs adénoïdes, traiter les rhinites, etc. M. Lermoyez nous a dit avoir vu disparaître des nodules vocaux après l’ablation d’éperons nasaux qui entraînaient des efforts laryngés démesurés (Société parisienne de laryngologie, 12 novembre 1897).

Qu’on ne se fasse pas illusion sur l’efficacité des gargarismes. Il résulte des expériences du D r Sânger que, règle générale, le liquide du gargarisme ne vient toucher ni le pharynx, ni même les amygdales. Au besoin, il faut recourir aux irrigations qui atteignent bien l’arrière-bouche.

3 ° Contre la fatigue laryngée : quelques semaines de repos vocal avant tout; puis, changer de méthode.

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c’est ici qu’un bon professeur sera plus utile encore qu’un médecin. J’ai vu des voix se dévoiler en quelques semaines, après des années d’état maladif,

Fig. 4o. — Bock à injections pour l’arrière-bouche.

lorsqu’un fonctionnement rationnel se substituait à un système défectueux sous la direction d un maître expérimenté. Autant je crois à l’importance de la direction technique, orthodoxe, dirais-je presque, quand les lésions laryngiennes sont minimes, autant le médecin s’impose si les organes sont matériellement altérés. Si l’artiste a des nodules

bien caractérisés, il aura beau mettre sa voix « dans

la tête, dans le masque », sa voix restera enrouée.

Quelques professeurs ont la bonne inspiration de faire examiner médicalement l’appareil vocal de leurs élèves avant de les soumettre à l’entraînement. Des artistes prennent sagement la même précaution avant de signer un engagement à forfait avec un professeur. 11 est très prudent de suspendre les exercices du chant pendant la mue et durant les époques menstruelles.

Je crois très utile de transcrire ici l’observation d’une maladie de voix et de sa cure par la seule technique. Je l’emprunte à M. Algier (i).

Une jeune femme est exercée comme contralto pendant une année environ par un premier professeur.

Voyant sa voix dépérir, elle s’adresse à un autre maître qui la déclare soprano lé-

Fig.

. — Siphon de Weber pour les fosses nasales L’injection doit être pratiquée sous unepressiontrèsfaible, dans une position horizontale et tout en respirant par la bouche.

Fig. 4a- -

Enéma, appareil anglais pour les injections. ger. Ce nouveau

(i) -4 xgier. De l’équilibre de la voix. Journal La Voix, 1897, p. 353.

i. — Pulvérisateur intra-nasal.

puis la voix fut conduite progressivement vers 1 aigu,

Fig- 45. —Inhaleur duD r Moura,

pour le nez et la gorge (Bocal Rliine).

non sans différer quand l’échelon se montrait trop difficile à franchir. Trois mois après on la descend vers le grave (registre de poitrine). En six mois cette voix était entièrement équilibrée et se classait indubitablement soprano demicaractère. La recherche de sa tessiture naturelle l’avait sauvée.

4 ° Les massages locaux, simples ou vibratoires, les électrisations extérieures

Fig. 46. -— Appareils pour pulvérisations dans la gorge.

appareil musculaire du larynx. Qu’on soigne 1 est 0

Castes. 11

mac, l’utérus ou tel autre organe s’il est seul en cause.

5 ° Enfin que l’on s’adresse surtout à l’état général s’il tient sous sa dépendance cette raucité vocale, si la tuberculose menace. Le malade prendra de l’huile de foie de morue, des phosphates, de l'arsenic, du cacodylate, du gaïacol et de la créosote ; il se soumettra au régime voulu (suralimentation, air des champs, pas de saisons de mer), mais surtout il mettra son larynx au repos le plus absolu. Ne pas chanter et parler le moins possible sont une indispensable condition. Au début de ma pratique, j’hésitais en présence de ces larynx guettés par la tuberculose. Les laisser chanter offrait l’inconvénient de fatiguer l’organe, mais comme campensation n’y avait-il pas les avantages de la ventilation pulmonaire si utile à ces malades? Je n’hésite plus aujourd’hui, ayant reconnu l’inconvénient bien plus grand que l’avantage. Je condamne ces larynx au repos complet. Toute infraction à cette règle expose à des rechutes et son observation rigoureuse peut amener la guérison. N’agissonsnous pas ainsi pour toutes les autres tuberculoses locales ? Quand il s’agit de tuberculose à la hanche, au genou, l’immobilisation dans du plâtre n’est-ellc pas la clause primordiale de la cure? Cette conviction de mettre le larynx au repos va jusqu’à m’àbstenir des simples pulvérisations intra laryngées quand les lésions sont à peine indiquées. J’ai eu à me repentir de les avoir employées par routine. Elles faisaient tousser et aggravaient la situation.

Les troubles nerveux (neurasthénie laryngée) sont justiciables des bromures, des douches générales, des massages et de l’électrisation localisés.

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Luciano Barajas (i) s’élève contre la révulsion cutanée au-devant du larynx. licite deux cas, l’un d’une femme de 38 ans, qui, prise d’une laryngite légère, applique elle-même sur le devant de son cou plusieurs couches de teinture d’iode et détermine par répercussion une fluxion telle de la muqueuse laryngée que la trachéotomie seule peut la sauver de la mort. Une autre fois c’est un chanteur de 32 ans qui portait un petit papillome du larynx. Dans le but de dévoiler sa voix il pratique une forte application d’huile de eroton sur les téguments prélaryngés. Rapidement, infiltration de tout le vestibule du larynx avec menace d’asphyxie. Barajas admet que la révulsion cutanée ne congestionne pas seulement les capillaires mais aussi l’artère thyro-hyoïdienne et l’arc anastomotique des deux artères crico-thyroïdiennes qui sont immédiatement sous-cutanées. De la sorte se trouve activée la circulation des artères qui vont au larynx. La muqueuse du lai’ynx étant aisément infîltrable, la cavité se trouve très diminuée et l’asphyxie menace.

J’ai bien souvent ordonné des révulsions sur le devant du larynx, moins énergiques, il est vrai, que celles dont parle Barajas, car je me borne à des applications réitérées d’une flanelle chaude. Habituellement le procédé m’a paru utile; quelquefois cependant j’ai compris que la congestion laryngée en avait été augmentée. Concluons que les révulsions prélaryngées ne doivent être employées qu’avec modération.

L’électrisation est un des moyens les plus puissants

(i) L. Barajas. Archivas intern. de laringologia, novembre 1892, p. 828.

dont nous disposions pour rendre aux muscles de l’appareil vocal l’énergie que la pratique professionnelle ou l’âge leur enlève.

Il y a quatre modes d’électrisation : les étincelles, les effluves de l’électricité statique (franklinisation), les courants continus (galvanisation), les courants interrompus ou induits (faradisation). Ces derniers sont particulièrement efficaces. Les deux électrodes sont appliquées sur la peau du cou pendant des séances d’un quart d’heure, répétées journellement. Ces courants agissent sur les muscles intrinsèques et extrinsèques du larynx, sans qu’il soit nécessaire d’introduire un des pôles dans la cavité de l’organe, ce qui serait désagréable et nuisible. En quelques séances la voix peut retrouver toutes ses qualités. J’ai vu en particulier des professeurs de chant se soumettre deux fois par an à des électrisations et récupérer pour un temps leurs moyens défaillants.

L’électrisation peut modifier heureusement le timbre et la force d’une voix.

Deux observateurs allemands, Toboldt et Gottstein disent avoir obtenu une grande amélioration vocale, quand même les cordes ne retrouvaient pas leur tension normale.

Le P r Frankel (de Berlin) (i) donne la préférence aux courants continus qu’il considère comme seuls capables de provoquer l’occlusion glottique, tandis que les courants induits détermineraient seulement des mouvements d’abduction et d’adduction des

(i) Fraenkel. L’application par la voie cutanée de l’électricité dansles affections laryngiennes. Annales des maladies de l’oreille et du larynx, 1899, p. 3 g 3 .

cordes. Les points sur lesquels il convient le mieux •d’appliquer les électrodes sont les parties latérales du cartilage cricoïde ou le bord externe du muscle sterno-mastoïdien qui répond au nerf récurrent. Frankel emploie dans ce but une électrode double qu’on peut tenir d’une seule main. Il n’y a pas lieu de dépasser six milliampères.

Je dissuade les artistes de s’électriser eux-mêmes ; ils le feraient sans utilité ne connaissant pas assez l’anatomie de la région, mais non sans danger, car ils en abuseraient.

Le D r Moutier et M. J. Granier,accompagnateur au Conservatoire (1), ont noté les bons effets des étincelles électriques (franklinisation). Le sujet, ■assis sur un tabouret isolant, est relié au pôle négatif d’une machine statique à grand débit. On lui fait respirer les effluves que l’on dégage au moyen d’un balai de chiendent. La séance dure de 10 à 3 o minutes et a lieu trois fois par semaine.

Les résultats suivants ont été notés pour l’intensité, la hauteur et le timbre :

i° La voix est plus ample, le son renforcé, les inspirations plus profondes et les expirations plus prolongées. L’appui est plus solide et l’essoufflement diminué ;

2 0 Le registre aigu a ses notes plus faciles et plus puissantes ;

3 ° Le timbre acquiert du mordant, comme au début d’un coryza. Le passage est facilité.

Le massage vibratoire est assez semblable à l’élec-

(1) Moutier et Granier. Bulletin de la Société franc, d’électrothérapie , *897.

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Irisation. Il consiste en secousses données sur le devant du cou avec un appareil spécial mû par un moteur électrique.

Le massage avec les mains sur la région du larynx donne aussi de très bons résultats appliqué par un spécialiste expert.

Le D 1 ' Rosenblilh (de Royat), qui pratique avec distinction le massage thérapeutique, a bien voulu me remettre sur les effets du massage dans l’aphonie les notes suivantes que je transcris ici :

« C’est dans le courant de l’année 1893 que j’ai lu quelque part (Semaine Médicale ou Wiener méd. Wochenschrift) un article d’un médecin viennois dont le nom m’échappe, sur le traitement de l’aphonie par le massage. Les bons effets obtenus dans ces cas, l’auteur les attribue à la suggestion. »

« Au mois de décembre de la même année, une de mes clientes après avoir passé par un rhumatisme polyarticulaire généralisé, avec des complications cardiaques, pleurétiques, néphrétiques, etc., a eu une - extinction de la voix vers le milieu de la convalescence. Comme la voix ne revenait pas, j’ai essayé le massage de la région laryngée. Au bout de quelques jours une amélioration sensible s’est produite; en même temps les règles, qui étaient en retard, semblaient revenir. La malade se contentant de l’amélioration obtenue et, attribuant le retour de la voix au retour des règles, le massage fut cessé. Avec la cessation du massage l’amélioration persista. Quant aux règles elles ne vinrent réellement que quinze jours plus tard. »

« Au mois de janvier 1898, au cours d’une cure de massage pour une affection du genou, M rae X...,

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âgée de 48 ans, est prise d’une extinction complète de la voix. Après la séance de massage que je faisais au genou malade, je propose à la malade de masser son larynx. Trois minutes après, la voix était presque normale, à la stupéfaction du mari et des employés, qui avaient de la peine à l’entendre quelque temps avant. »

« L’amélioration ne s’est pas maintenue complète le jour suivant, mais chaque massage remettait les choses en l’état et 4 ou 5 jours après la voix est redevenue définitivement normale. »

« Au mois d’août dernier à Royat, un malade goutteux que je massais, était pris d’une congestion du pharynx et du larynx avec enroûment, à la suite de quelques gargarismes à l’eau Eugénie ou peut-être ayant pris froid. Son désespoir était d’autant plus grand qu’il devait chanter cinq jours après, à une grand’messe à l’église. En 5 jours je lui fais six massages, combinés aux mouvements décongestionnants de la partie supérieure du corps. L’amélioration a été ressentie presque après la première séance, et 3 jours après le malade possédait pleinement sa belle voix de baryton. »

« La suggestiom par lequel le médecin viennois explique l’effet du massage est trop commode. »

« A mon avis l’explication de l’effet réel du massage sur certaines aphonies est plus simple. 11 ne s’agit que de se rappeler que la voix est produite par la vibration des cordes vocales, muscles ayant leurs points d’attaches sur des cartilages qui à leur tour sont unis entre eux au moyen d’articulations. 11 suffirait alors qu’une partie quelconque de cet appareil vocal — muscles, articulations ou muqueuse — soit atteint, par

exemple parce qu’on appelle le rhumatisme, pour que les vibrations sonores sortent entravées. Le massage dans ce cas n’agirait pas autrement que par exemple dans le torticolis, en décongestionnant la muqueuse et assouplissant les muscles, en mobilisant les articulations, bien qu’on agisse sur ces organes de façon médiate. »

« Mo dus faciendi : Effleurage et friction de la partie antérieure du cou ; friction isolée, avec le bout des doigts des cartilages, vibrations de l’ensemble du larynx et des parties isolément. »

Mais rien, pour ma part, ne me paraît préférable aux courants induits (faradisation).

Combien ces moyens mécaniques et physiques sont préférables à tous ces spécifiques phonophiles variés que la réclame lance de temps à autre.

C’est une variété de massage vibratoire qu’emploie Malioutine (i) quand pour guérir l’aphonie il applique contre la poitrine du sujet un fort diapason dont la tonalité reproduit à peu près celle de la voix naturelle du malade. Il en résulte des vibrations dans les cordes vocales.

Des professeurs de chant disent avoir guéri certains enrouements par l’entraînement du larynx. Il s’agit alors, suivant la remarque d’Holbrook Curtis, de congestions laryngées sur lesquelles l’exercice fonctionnel opère une sorte de massage.

Botey recommande contre les lésions purement catarrhales le colophonage des cordes au moyen d’inhalations avec la pulvérisation suivante formulée par le D r Sandras :

(i) Malioutine. Médicinskoïe Obosrénié, avril 1897.

Colophane de violon.i5fe' r

Teinture de benjoin. 20

Goudron de Norwège .... 5

Essence de térébenthine. ... 60

Alcool à 4o°.ioo

Une heure avant d’entrer en scène, le malade peut prendre 5 granules, d’un milligrammes chaque, de sulfate de strychnine.

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