IV. : - MALADIES DE l’iNTEHSITÉ
Une catégorie de malades se plaint surtout que leur voix manque de force, de puissance, qu’elle s’entend 'peu , paraît grêle et faible. Elle a perdu son métal, disait Cari Michel. Eux-mêmes sentent bien qu’ils manquent de souffle, les autres qualités de la voix étant indemnes.
Je fais allusion à des sujets jeunes chez lesquels
l’âge n’explique pas cet affaiblissement vocal. N’arrivera-t-on pas quelque jour à chiffrer cet affaiblissement? Peut-être, si l’on parvenait à fixer une unité de voix.
Enfin j’ai vu cet amoindrissement chez des artistes, du sexe féminin principalement, dont tout l’appareil vocal se montrait de faibles proportions ; petit le pharynx, petit le larynx et ses cordes, petite la cage . thoracique. Ces sujets ne peuvent pas espérer beaucoup de puissance, malgré un travail assidu.
J’ai constaté cette particularité chez des lymphatiques ou des tuberculeux, au début de leur maladie, alors que le larynx ne présentait aucune lésion; chez des artistes qui avaient de grosses amygdales, des adénoïdes. W. Meyer a parlé de la « voix morte » des adénoïdiens ; chez d’autres, qui relevaient d’influenza, unique ou à retours, chez des jeunes filles anémiques. J’ai notamment le souvenir d’un soprano dont la voixperdait desa puissance et de son étendue sans s’enrouer jamais. Le larynx était normal, mais le sujet anémique. Les choses s’arrangèrent par un traitement général fortifiant. Chez les sujets qui engraissent par trop, l’obésité entrave notablement la poussée thoracique.
Le P r Krause insiste sur la fâcheuse influence du corset pour la voix des femmes, parce qu’il empêche l’entier fonctionnement du thorax. Il voudrait le voir remplacé par une brassière qui ne comprimerait pas la poitrine.
Dans ces cas de « faiblesse vocale », quelle que soit la cause, il y a difficulté de monter et de soutenir les notes aiguës, tandis que le médium devient mat, sec, détimbré.
La voix a peu d’intensité chez les chanteurs dont les fosses nasales manquent de capacité pour une cause ou l’autre. Divers auteurs ont appelé l’attention sur cette particularité: Joal (du Mont-Dore) ( 1 ), Trasher (de Cincinnati) ( 2 ) et autres. Non seulement ces voix manquent de puissance, mais leur timbre s’al- . itère, notamment sur le médium et l’aigu. Par des cautérisations de la muqueuse au galvano-cautère, ou, si le cas est plus important, par des interventions chirurgicales sur les cornets ou les éperons de la cloison, on réussit à donner à ces voix les qualités qui leur font défaut. Botey (de Barcelone) a constaté, avec le contrôle du spiromètre, qu’après ces opérations, la capacité pulmonaire peut monter de 3 ooo à 4 ooo centimètres cubes. Je rappellerai pourtant qu’un léger degré de coryza favorise l’émission vocale, mais non cependant l’émission de la voix ouverte.
L’affaiblissement des moyens vocaux coïncide souvent avec le début d’un affaiblissement général (neurasthénie, etc.). Chez ces sujets on trouve simplement la muqueuse laryngée anémiée. La voix devient faible, détimbrée, un peu nasale, sourde en un mot, chez les personnes atteintes d’une affection chronique de l’oreille (scléroses tympaniques surtout), soit parce qu’elles perdent conscience du degré de force qu’il faudrait donner, soit parce que l’induration, les épaississements des régions otiques assourdissent d’autant l’appareil de résonance. La fréquentation des sourds montre que le proverbe « crier comme un sourd » est sujet à caution.
(1) Joal. Revue hébdom. de laryngol., avril et mai 1890.
(2) A.-B. Trasher. Lancet Clinic, 8 octobre 1892.
Au fur et à mesure que les années viennent, il faut économiser sa voix. Mais malheureusement c’est souvent alors que, son talent ayant grandi, l’artiste se dépense davantage, bien que ses notes restent les mêmes ou s’amoindrissent. C’est au manque d’intensité qu’on sent venir la sénilité de la voix. L’agilité existe.bien encore, mais l’organe est sans résonance, détimbré.
Il est à remarquer que l’immobilisation d’une corde vocale en adduction n’empêche pas la sonorité de la voix. On peut voir des tabétiques chanter, malgré une paralysie des deux cordes (Krause).
X..., ténor,, remarque que, depuis quelques mois, sa voix perd sa puissance, surtout vers le mi et le fa de son. médium. Détail particulier : s’il vient à forcer sa voix, on entend deux notes séparées d’une quinte. L’examen général révèle qu’il s’agit d’un arthritique. Le pharynx est variqueux, la luette allongée. Le larynx congestionné porte sur le bord libre de la corde gauche un petit paquet variqueux qui oscille avec les mouvements respiratoires.
X..., basse, a perdu l’intensité habituelle de sa voix. Rien d’autre qu’une gastrite chronique avec dilatation de l’estomac.
Traitement.r— A moins que la tuberculose oul’hypertrophie amygdalienne n’indiquent un traitement spécial, c’est par le fer, les douches, l’air de la campagne, etc., qu’on guérit ces malades. Pour les chloroanémiques seules, le repos vocal n’est pas utile, elles peuvent continuer à chanter; l’aération de leurs poumons est une condition de leur guérison. Il est inutile aussi chez les obèses qui n’ont qu’à se mettre au régime de l’amaigrissement.