‹ Les maladies de la voixChapitre 30 sur 34 · ARTISTES ET DIRECTEURS · texte numérisé non relu

ARTISTES ET DIRECTEURS

En ce qui concerne la médecine légale, 1 e Droit du larynx, bien des cas particuliers pourraient être examinés. N’a-t-on pas vu des artistes plaider et obtenir gain de cause contre des directeurs qui entendaient mettre leurs moyens vocaux à trop rude épreuve ? Le cas s’ést présenté pour toute une troupe lyrique quirefusa d’interpréter une œuvre de Wagner qu’elle jugeait trop périlleuse, trop tendue. J’ai entendu parler d’élèves intentant une action à leur maître sous l'inculpation de leur avoir cassé la voix. Le pôle de l’expert n’est pas alors fort aisé, fût-il laryngologiste et phonologiste consommé.

Il y a des règlements qui fixent les droits et devoirs réciproques entre artistes et directeurs. Ce sont les contrats d’engagements. Je ne parle ici que des principaux théâtres de Paris où les difficultés sont en réalité très rares.

Parfois, l’artiste prévient la veille, ou le jour même de la représèntation, avant midi, qu’il sera dans l’impossibilité de jouer le soir. Il joint à sa lettre un certificat d’un médecin, laryngologiste autant que possible. L’Administration pourvoit au remplacement de l’artiste ou change le programme du jour, en acceptant le certificat produit ; mais elle a toujours le droit de faire visiter le malade, si bon lui semble.

L’article 5 du règlement particulier, pour l’Académie nationale de musique de Paris, stipule :

« Aucune indisposition ou maladie ne dispensera du service qu’autant qu’elle aura été justifiée par un

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certificat d’un des médecins de l’Administration. Ce certificat devra exprimer l’impossibilité absolue de faire le service, à défaut de quoi l’artiste sera considéré comme refusant de jouer et, dès lors, soumis à l’application de l’article 16 (paiement du dédit). .

« L’Administration pourra exiger que ce certificat soit renouvelé tous les cinq jours. »

L’Administration peut se trouver en présence d’un artiste qui, à huit heures, dans sa loge, la fait prévenir qu’il ne croit pas pouvoir chanter. Le médecin de service est appelé. S’il est quelque peu musicien il peut faire chanter l’artiste au piano, lui demander une gamme ou quelques passages du rôle et juger ainsi des conditions actuelles de la voix (étendue,, intensité, timbre).

Le médecin peut encore avoir à dire quels risques court l’organe si, malgré son état maladif, il fait son service. Dans cette conjoncture, sa responsabilité est grave, car il peut compromettre une voix en la faisant chanter « sur un rhume ». L’examen laryngoscopique lui vient alors en aide pour se prononcer ; mais, en cas douteux, il fera sagement d’accorder à l’artiste le chômage qu’il demande, par cette double considération que la voix humaine est fragile et que l’altération de moyens vocaux représente souvent un dommage considérable. Ainsi, du reste, en est-il dans la pratique, où médecins et directeurs s’en remettent beaucoup à la conscience de l’artiste.

Quelquefois, le spécialiste se contentera de demander un délai. En faisant retarder une première représentation de deux ou trois jours, il donnera à son client le temps nécessaire pour compléter sa gué¬

rison.

L’article 7 du règlement déjà cité dit :

« Dans le cas où les facultés vocales d’un artiste viendraient à subir une altération qui ne lui permettrait plus de tenir convenablement l’emploi pour lequel il a été engagé, son engagement pourra être résilié par la direction. L’altération sera constatée par trois experts choisis l’un par la direction, l’autre par l’artiste, le troisième par les deux autres ; ils prononceront à la majorité des voix et sans recours. »

Quelques engagements mentionnent encore ces clauses :

« En cas de maladie, les appointements sont suspendus ; l’artiste s’oblige à renouveler le certificat médical tous les trois jours pendant la durée de sa maladie ».

« Une grossesse donne à la direction le droit de rompre l’engagement de toute dame artiste, même en puissance de mari »,

Je rappelle, pour finir, cette clause de quelques cantatrices, qui se réservent le droit de ne pas chanter pendant les trois ou quatre jours de leur époque menstruelle, leur voix étant alors lourde et sans souplesse.

En somme :

De cet exposé des maladies du chant et de leurs causes principales on peut extraire le résumé suivant qui met en regard les unes avec les autres. Il pourra servir à prendre une piste pour le diagnostic, mais il ne faudrait pas s’y tenir à la lettre, car les cas de phonopathies sont plus souvent complexes que simples.

Les altérations physiques, matérielles du larynx, englobées sous le terme de laryngite, qu’elles procèdent d’une maladie véritable ou de fatigue, atteignent généralement le timbre.

L’abus de la parole, les entraînements ou éducations trop rapides compromettent plutôt la solidité.

Les excès vocaux ou efforts exagérés peuvent diminuer X étendue.

En cas de trouble sur Xagilité on peut soupçonner une tuberculose laryngée latente, si surtout les autres symptômes convergent vers cette idée.

Si le médium est touché, cherchez d’abord du côté de la poitrine (soufflerie pulmonaire).

Les troubles de netteté (chats, graillons, etc.), coïncident ordinairement avec un état catarrhal des premières voies respiratoires.

Les troubles de résonance sont presque toujours d’origine nasale.

Quand l’intensité faiblit, il faut d’abord en chercher

MALADIES DE LA VOIX CHANTANTE Soi

la cause dans un affaiblissement quelconque de l’état général.

Pour les troubles nerveux il va sans dire qu ils relèvent du tempérament névropathique du sujet.

Ce parallèle m’a servi souvent. C’est pourquoi je le reproduis ici, non sans redire qu’une investigation détaillée pour chaque malade en est le complément nécessaire.

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