‹ Les maladies de la voixChapitre 29 sur 34 · IX. - TROUBLES NERVEUX DIVERS · texte numérisé non relu

IX. - TROUBLES NERVEUX DIVERS

Je consigne d’abord ici un trouble très spécial que je n’ai rencontré jusqu’ici qu’une fois et qui me paraît d’ordre nerveux. Voici en quoi il consiste. L’artiste — c'était une femme — avait une voix très régulière, mais lorsque, montant la gamme, elle arrivait au ré de son médium (re 4 , faux passage), tous les muscles de son cou se convulsaient et la note se dérobait vers le bas, baissait involontairement. Dans les notes au-dessus tout était normal et le phéno-

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mène ne se reproduisait pas quand la gamme redescendait. Aucune affection dans le larynx ou ailleurs : c’était une variété de tic vocal. En rencontrant ultérieurement des cas analogues, sinon semblables, j’espère pouvoir classer ces troubles mieux que je ne fais ici.

Chez d’autres il s’agit de troubles par suggestion.

Voici ce que j’ai rencontré de plus bizarre en fait de trouble vocal. La première fois qu’il me fut donné d’observer le cas, je n’y prêtai pas l’attention voulue parce que je doutais de sa réalité. Ayant vu le fait deux autres fois, je ne pus m’abstenir de les rapprocher entre eux.

Deux dames, la mère et sa fille, viennent me consulter pour des troubles vocaux de celle-ci. C’étaient ceux qui se trouvent exposés dans les pages précédentes. Comme j’étudiais le cas, la mère me dit : « son enrouement est tellement pénible à entendre quand elle chante, que j’en suis moi-même toute fatiguée, j’éprouve comme elle une sensation pénible dans la gorge et finalement je m’enroue comme elle. » Je ne vis dans ces mots qu’une exagération de l’intérêt d’une mère pour son enfant et ne cherchai pas à approfondir.

A quelques mois de là, une femme très intelligente venait à ma consultation, accompagnée de son médecin, pour avoir mon opinion sur divers troubles qu’expliquait bien du reste une laryngite chronique simple. L’exercice de la parole ou du chant exagérait beaucoup la raucité de sa voix. Elle ajouta : « Si mentalement je suis le chant de ma fille, je m’enroue. » Je me souvins alors du cas précédent. Néanmoins j’objectai à cette dame qu’elle devait fredonner tout

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bas, sans s’en apercevoir, en écoutant sa fille et que sa fatigue laryngée s’expliquait ainsi de reste. Voici quelle fut la réponse : « Non, je suis bien certaine dé ne pas fredonner. Si je vais à l’Opéra, j’en sors fatiguée, enrouée d’avoir entendu chanter les artistes. » Ma cliente, d’ailleurs, pouvait bien être classée dans la catégorie des nerveuses.

Une troisième fois, même observation, bien plus persuasive encore. Une dame d’un certain âge que j’avais soignée uniquement pour une affection aiguë, des oreilles vient, une dernière fois, à ma consultation pour me faire juger l’état de son ouïe. Cette dame n’avait aucun attribut du tempérament nerveux, ce qui est très important en l’espèce. « Par la même occasion, docteur, me dit-elle, je voudrais vous parler d’un trouble singulier que j’ai au larynx. Non seulement il se fatigue assez vite quand je parle un peu longuement, mais entendre parler les autres me fatigue la voix; c’est ce qui arrive quand je suis avec mes enfants. » Je hasardai l’explication que, sans s’en apercevoir, elle fatiguait sa voix à réprimander sa petite famille. Dénégation formelle, suivie de cette phrase topique : « Je m’abstiens de me fatiguer avec mes enfants, mais ils ont’bien remarqué eux-mêines que leurs excès de voix fatiguent la mienne, puisqu’ils se disent : Ne crions pas si fort, nous allons enrouer maman! » Je le répète, il ne s’agissait pas d’une nerveuse, préoccupée outre mesure de sa voix puisqu’elle ne m’en parlait qu’incidemment. Par deux fois cette dame m’a bien dit que les choses se passaient comme je viens de les exposer.

J’ai soigné un pianiste de grand talent qui, pendant plusieurs années, avait des enrouements spon-

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tanés quand il exécutait un morceau important. Cet artiste n’avait aucun antécédent nerveux, héréditaire ou personnel. Sa nature était des mieux équilibrées et il affirmait n’avoir pas l’habitude de fredonner en touchant du piano. Ces enrouements étaient transitoires, ne duraient guère plus de cinq minutes. Ils se montraient particulièrement après F exécution d’une œuvre de Beethoven ou de Chopin, quand l’exécutant y mettait beaucoup d’activité cérébrale, « quand il était bien empoigné » et « jouait avec ses nerfs », lorsqu’en somme il avait particulièrement bien joué.

N’est.-ce pas un nouvel exemple d’inhibition laryngée ?

Le larynx était indemne. Ce trouble spécial a notablement diminué depuis l’amélioration d’un catarrhe naso-pharyngien, dont souffrait cet artiste.

Où classer ce trouble suggestif?

J’en causais un jour avec un neurologiste des plus distingués, professeur agrégé à la Faculté de Paris. II n’eut pas de sourire sceptique pour ma communication. 11 appela môme mon attention sur la fatigue que l’on éprouve parfois soi-même après avoirjoenseà des notes suraiguës et sur celle que procure l’audition d’une voix fatiguée. Dans cet ordre de faits, j’ai vu des sujets qui ne pouvaient pas voir badigeonner la gorge d’un autre sans être pris d’envies de vomir ou qui se mettaient à tousser rien qu’à penser à un accès de toux.

Jusqu’à preuve du contraire, je crois que ces faits rentrent dans le chapitre de la suggestion. Ils sont un exemple de l’influence exercée par l’oreille sur le larynx, par l’ouïe sur la voix, influence que j’ai signalée déjà dans ce livre.

L’amusie (i) est un trouble nerveux qui trouve naturellement ici sa place. Avec la plupart des neurologistes et psychologues, Charcot en tête, on peut décomposer la note musicale en divers éléments. En effet elle peut être entendue, lue, chantée, écrite. Il y a même des représentations mentales correspondant au jeu des divers instruments ; ce qui revient à dire qu’il y a pour la musique des images auditives, visuelles, motrices, graphiques, instrumentales. Chaque espèce d’image peut disparaître par perturbation nerveuse et on constatera alors autant de formes simples d’amusie. Ou, si ces diverses images sont supprimées toutes ensemble, il y a amusie totale ou complexe.

C’est ainsi qu’on a pu observer :

i° L’amusie auditive ( 2 ) ou perte de la faculté d’apprécier les sons musicaux;

2 0 L’alexie musicale ou perte de la faculté de lire la musique ;

3° L’amusie motrice ou impossibilité de chanter ;

4° L’agraphie musicale ou impossibilité d’écrire les notes de musique ;

5° L’amimie musicale ou l’impossibilité de jouer d’un instrument.

Des troubles correspondants s’observent dans la faculté du langage. Ils sont catalogués sous le titre : aphasie.

(1) D r Paul Blocq. Revue de clinique et de thérap., io mars i 8 g 3 .

(2) Voir Bronislawski. L’amusie. Thèse de la Faculté de Bordeaux,

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