Gh. Richet, art. cité, p
l’anéantissement de la volonté 149
sement de la volonté. Les cas d’exceptions sont rares, obscurs ; ils apportent toutefois leur part d’enseignement. Ils montrent une fois de plus que la volition n’est pas une quantité invariable, mais qu’elle décroît au point qu'on peut également soutenir qu’elle est et qu’elle n’est pas.
Je mentionnerai en passant un fait qui rentre à peine dans la pathologie de la volonté, mais qui fournit matière à réflexion. On peut donner à certains sujets hypnotisés l’ordre d’exécuter une action, plus tard, à un moment déterminé de la journée ou même à une date plus éloignée (dans huit, dix jours). Revenus à eux, ils exécutent cet ordre à l’heure prescrite, au jour prescrit, en déclarant d’ordinaire « qu’ils ne savent pas pourquoi ». Dans quelques cas plus curieux, ces personnes donnent des raisons spécieuses pour expliquer leur conduite^ pour justifier cet acte qui ne vient pas de leur spontanéité, mais leur est imposé, sans qu’elles le sachent.
« Notre illusion du libre arbitre, dit Spinoza, n’est que l’ignorance des motifs qui nous font agir. » Ce fait et ses analogues ne viennent-ils pas à l’appui? '
L’état de la volonté chez les hypnotisés a donné lieu dans ces derniers temps à des discussions très vives et d’une grande importance pratique. Nous venons de voir qu’il est facile, pcn-
dant l’hypnose, de commander à certains sujets des actes qu’ils devront accomplir à une date fixe. Oubli complet de l’injonction, au réveil et (à ce qu’il semble) jusqu’au moment de l’échéance. L’bypnotisé ne peut-il pas devenir ainsi un instrument passif aux mains de l’opérateur, par annihilation de la volonté?
Deux opinions contraires ont été soutenues.
Pour l’École de Nancy (Liébault, Beaunis, Bernheim, Liégeois) la confiscation de la volonté est complète et toute résistance aux injonctions est vaincue à la longue, chez la personne franchement suggestible qui devient ainsi « perinde ac cadaver w.
L’École de Paris (Charcot, Brouardel, etc.) rejette celte thèse absolue a qui ne.s’appuie que sur des crimes de laboratoire » (cest-à-dire factices, simulés, exécutés par condescendance). Elle soutient que la résistance est possible, très faible quand l’acte commandé est une futilité, elle augmenterait en proportion de la gravité de l’acte suggéré. Cette résistance se manifesterait de plusieurs manières : refus de s’éveiller, si l’ordre n’est pas révoqué, sommeil ou crise au moment de l’exécution, etc. « L’hypnotisé n’exccute que ce qu’il veut bien exécuter. » Pour cette discussion, consulter : Beaunis, Le Somnambulisme provoqué, Bernheim, De La suggestion, etc.. Liégeois, De la suggestion et du somnambulisme, Pitres, Des suggestions hypnotiques, Gilles de la Tourette, Vliypnotisme et les états analogues, etc.