François Franck, loc. cil ., p
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II. En examinant la question par son côté psychologique, la coordination volontaire revêt tant de formes et est susceptible de tant de degrés, qu’il faut se borner à en noter les prin- [ cipales étapes. Il serait naturel de commencer
1 par le plus bas; mais je crois utile, pour des
raisons de clarté, de suivre l’ordre inverse.
La coordination la plus parfaite est celle des i plus hautes volontés, des grands actifs, quel que
soit l’ordre de leur activité ; César, ou Michel- Ange, ou saint Vincent de Paul. Elle se résume en quelques mots ; unité, stabilité, puissance. L’unité extérieure de leur vie est dans l’unité de I leur but, toujours poursuivi, créant au gré des
I circonstances des coordinations et adaptations
j nouvelles. Mais cette unité e'' térieure n’est elle-
{ même que l’expression d’u> .e unité intérieure,
j celle de leur caractère. C’est parce qu’ils restent
I les mêmes que leur but reste le même. Leur fond
; est une passion puissante, inextinguible, qui met
les idées à son service. Cette passion, c’est eux, c’est l’expression psychique de leur constitution telle que la nature l’a faite. Aussi comme tout ce qui sort de cette coordination reste dans l’ombre, inefficace, stérile, oublié, semblable à une végétation parasite ! Us offrent le type d’une vie toujours d’accord avec elle-même, parce que chez eux tout conspire, converge et consent.
Même dans la vie ordinaire, ces caractères se
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rencontrent, sans faire parler d’eux, parce que l’élévation du but, les circonstances et surtout la puissance de la passion leur ont manqué; ils n’en ont gardé que la stabilité. — Sous une autre forme, les grands stoïciens historiques, Epictète, Tbraséas (je ne parle pas de leur Sage, qui n’est qu’un idéal abstrait), ont réalisé ce type supérieur de volonté sous sa forme négative, — l’arrêt, — conformément à la maxime de l’Ecole :
Supporte et abstiens-toi.
Au dessous de cette coordination parfaite, il y a les vies traversées d’intermittence, dont le centre de gravité, ordinairement stable, oscille pourtant de temps en temps. Un groupe de tendances fait une sécession temporaire à action limitée, exprimant, tant qu’elles existent et agissent, un côté du caractère. Ni pour eux ni pour les autres, ces individus n’ont l’unité des grandes volontés, et plus ces infractions à la coordination parfaite sont fréquentes et de nature complexe, plus la puissance volontaire diminue. Dans la réalité, tous ces degrés se rencontrent.
En descendant toujours, nous arrivons à ces vies en partie double, dans lesquelles deux tendances contraires ou simplement différentes l’emportent tour à tour. 11 y a dans l’individu deux centres de gravité alternatifs, deux points de convergence pour des coordinations succès-
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sivement prépondérantes, mais partielles. Atout prendre, c’est là peut-être le type le plus commun, si l’on regarde autour de soi et si l’on consulte les poètes et les moralistes de tous les temps, répétant à l’envi qu’il y a deux hommes en nous. Le nombre de ces coordinations successives peut être encore plus grand; mais il serait oiseux de poursuivre cette analyse.
Encore un pas, et nous entrons dans la pathologie. Rappelons les impulsions brusques, irrésistibles, qui tiennent à chaque instant la volonté en échec; c’est une tendance hypertrophiée qui rompt sans cesse l’équilibre, à qui son intensité ne permet plus de se coordonner avec les autres : elle sort des rangs, elle ordonne au lieu de se subordonner. Puis quand ces impulsions ne sont plus un accident mais une habitude, un côté du caractère mais le caractère, il n’y a plus que des coordinations intermittentes; c’est la volonté qui devient l’exception.
Plus bas encore, elle devient un simple accident. Dans la succession indéfinie des impulsions qui varient d’une minnte à l’autre, une volition précaire trouve à peine de loin en loin ses conditions d’existence. 11 n’y a plus que des caprices. Le caractère hystérique nous a fourni le type de cette incoordination parfaite. Nous voici donc à l’autre bout.
Au-dessous, il n’y a plus de maladies de la vo-
lonté, mais un arrêt de développement qui l’empêche de jamais naître. Tel est l’état des idiots et des faibles d’esprit. Nous en dirons ici quelques mots, pour compléter notre étude pathologique.
« Dans l’idiotie profonde, dit Griesinger, les efforts et les déterminations sont toujours instinctifs; ils sont provoqués surtout par le besoin de nourriture; le plus souvent, ils ont le caractère d’actions réflexes dont l’individu a à peine conscience. Certaines idées simples peuvent encore provoquer des efforts et des mouvements, par exemple, de jouer avec de petits morceaux de papier... Sans parler de ceux qui sont plongés dans l’idiotie la plus profonde, on en est à se demander ; Y a-t-il en eux quelque chose qui représente la volonté? Qu’est-ce qui peut vouloir en eux ?
« Chez beaucoup d’idiots de cette dernière classe, la seule chose qui paraisse mettre un peu leur esprit en mouvement, c’est le désir de manger. Les idiots les plus profonds ne manifestent ce besoin que par de l’agitation et des grognements. Ceux chez qui la dégénérescence est moins profonde remuent un peu les lèvres et les mains, ou bien pleurent: c’est ainsi qu’ils expriment qu’ils veulent manger...
« Dans l’idiotie légère, le fond du caractère est l’inconstance et l’obtusion du sentiment et la
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faiblesse de la volonté. L’humeur de ces individus dépend de leur entourage et des traitements dont ils sont l’objet : dociles et obéissants quand on en prend soin, méchants et malicieux quand on les maltraite *. »
Avant d’en finir avec ce sujet, nous ferons encore remarquer que si la volonté est une coordination, c’est-à-dire une somme de rapports, on peut prédire à priori qu’elle se produira beaucoup plus rarement que les formes plus simples d’activité, parce qu’un état complexe a beaucoup moins de chances de se produite et de durer qu’un état simple. Ainsi vont les choses en réalité. Si l’on compte dans chaque vie humaine CO qui doit être inscrit au compte de l’automatisme, de l’habitude, des passions et surtout de l’imitation, on verra que le nombre des actes purement volontaires, au sens strict du mot, est bien petit. Pour la plupart des hommes, l’imitation suffit; ils se contentent de ce qui a été de la volonté chez d’autres, et, comme ils pensent avec les idées de tout le monde, ils agissent avec la volonté de tout le monde. Prise entre les habitudes qui la rendent inutiles et les maladies qui la mutilent ou la détruisent, la volonté est, ainsi que nous l’avons dit plus haut, un accident heureux.
Est-il enfin nécessaire de faire remarquer combien cette coordination à complexité croissante des tendances, qui forme les étages de la volonté, est semblable à la coordination à complexité croissante des perceptions et des images, qui constitue les divers degrés de l’intelligence, l’une ayant pour base et condition fondamentale le caractère, l’autre pour base et condition fondamentale les « formes de la pensée » ; toutes deux étant une adaptation plus ou moins complète de l’être à son milieu, dans l’ordre de l’action ou dans l’ordre de la connaissance?
Nous sommes maintenant préparés à la conclusion générale de ce travail, indiquée déjà plusieurs fois en passant. Elle éclairera, je l’espère, d’un jour rétrospectif, le chemin parcouru. La voici :
La volition est un état de conscience final qui résulte de la coordination plus ou moins complexe d’un groupe d’états, conscients , subconscients ou inconscients (purement physio-
vrage récent du P. Sollier : Psychologie de Vidiot et de VimhécUe. On verra que chez eux, la volonté ne peut se constituer, parce que ses conditions d’existence manquent. L’atrophie des facultés intellectuelles et affectives rend impossible l’apparition de l’activité volontaire : ce qui prouve encore une fois, qu’elle n’est pas une « faculté » primordiale, mais un état acquis, complexe, résultant d’une évolution. Ces faibles d’esprit ne peuvent dépasser la période des réflexes aliecLifs et intellectuels : le monde de la volonté est une terre promise où ils n’entreront jamais.
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logiques), qui tous réunis se traduisent par une action ou un arrêt. La coordination a pour facteur principal le caractère qui n’est que l’expression psychique d’un organisme individuel. C’est le caractère qui donne à la coordination son unité, — non l’unité abstraite d’un point mathématique, mais l’unité concrète d’un consensus. L’acte par lequel cette coordination se fait et s’affirme est le choix, fondé sur une affinité de nature.
La volition que les psychologues intérieurs ont si souvent observée, analysée, commentée, n’est donc pour nous qu’un simple état de conscience. Elle n’est qu’un effet de ce travail psychophysiologique, tant de fois décrit, dont une partie seulement entre dans la conscience sous la forme d’une délibération. De plus, elle n'est la cause de rien. Les actes et mouvements qui la suivent résultent directement des tendances, sentiments, images et idées qui ont abouti à se coordonner sous la forme d’un choix. C’est de ce groupe que vient toute l’efficacité. En d’autres termes, — et pour ne laisser aucune équivoque, — le travail psychophysiologique de la délibération aboutit d’une part à un état de conscience, la volition, d’autre part à un ensemble de mouvements ou d’arrêts. Le «je veux »
constate une situation, mais ne la constitue pas. Je le comparerais au verdict d’un jury qui peut être le résultat d’une instruction criminelle
très longue, de débats très passionnés, qui sera suivi de conséquences graves s’étendant sur un long avenir, mais qioi est un effet sans être une cause, n’étant en droit qu’une simple constatation.
Si l’on s’obstine à faire de la volonté une faculté, une entité, tout devient obscurité, embarras, contradiction. On est pris au piège d’une question mal posée. Si l’on accepte au contraire les faits comme ils sont, on se débarrasse au moins des difficultés factices. On n’a pas à se demander, après Hume et tant d’autres, comment un « je veux » peut faire mouvoir mes membres. C’est un mystère qu’il n’y a pas lieu d’éclaircir, puisqu’il n’existe pas, puisque la volition n’est cause à aucun degré. C’est dans la tendance naturelle des sentiments et des images à se traduire en mouvements que le secret des actes produits doit être cherché. Nous n’avons ici qu’un cas extrêmement compliqué de la loi des réflexes, dans lequel entre la période dite d’excitation et la période motrice apparaît un fait psychique capital — la volition — montrant que la première période finit et que la seconde commence.
Qu’on remarque aussi comment cette maladie bizarre qu’on nomme l’aboulie s’explique ma,intenant sans difficulté, et avec elle les formes analogues étudiées plus haut >, et même cette sim-