‹ Les maladies des caractères: étude de physiologie moraleChapitre 105 sur 115 · CHAPITRE Vm LES ARTISTES · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vm LES ARTISTES

Spontanés, les artistes sont toujours des nerveux. Imitateurs, ils sont encore des nerveux, rak^s faute d'effort suffisant, ou bien ils appartiennent à des natures plus lourdes, épaisses, ouvertes simplement aux techniques du métier, incapables d'en saisir et d'en échauffer Târne, L'originalité ne jaillit que d'un terrain nerveux, fécondé par le travail. Jadis nous avons défini Toriginalitéi ce Une disposition des cellules nerveuses à entraver Facte réflexe de la pensée jj ^ Les territoires psychiques rompent les associations léguées par les instincts et les habitudes et cette besogne n'a chance d'aboutir qu'à la faveur d'un labeur persévérant. « Le génie est une longue patience* n Fausse à l'égard des esprits essoufflés de nature, la formule est vraie pour tous côux qui sont aptes à rascension,

• Cb. FicsEinger, La Thérapeutique des Vieum Maîiru {émUû],

LES ARTISTES iTg

Parvenu ou nan aux sommets, Tartiste sensitif bouleverse de ses réactions tumultueuses Téqui libre de son systëme nerveux. Les répercussions sur le plexus solaire (sympathique viscéral) sont communes avec les fatigues d'estomac dont nous avons parlé. En général la bonne volonté règne, Tartiste ne demande pas mieux que de se soigner. Les premiers jours, c'est l'exécution intégrale de l'ordonnance. Puis la lassitude s'en mêle : une suggestion contraire d'un passant et voilà les bonnes résolutions envolées. L'artiste, en effet, du fait de sa sensibilité trop vive, est sujet à des sursauts violents, des dépressions soudaines qui contrecarrent en lui l'esprit de suite. Il se décourage, déclare qu'il en a assez, essaie d'autre chose.

Les recettes des charlatans sont accueillies par son âme crédule. Se disant : l'art officiel est terne, raide, gourmé, émacié, nourri par un sang anémique, son estime pour la médecine officielle reçoit de cette appréciation un contre-coup assez défavorable. Et il va s'informer à la porte à côté. A. Dumas, jadis, nous le rappelons encore, recommandait avec enthousiasme à ses amis la fameuse ordonnance de Grûby qui l'avait guéri de ses états anxieux : à dix heures du matin, aller manger une pomme verte sous l'Arc de Triomphe. Au chapitre

174 LES MALADJESDI^S CARACTÈRËB

des « Psychaslhénîques »* nous avons exposé !a raison qui justifiait refficacité de la méthode et avant tout l'obéissance consentie par le malade qui rassernssait à une discipline salutaire,

La suggestion à laquelle tout artiste est si aisé^ ment ouvert ne s'exerce pas seulement par le canal des mots. Les lieux, les actes d' autrui lui parlent comme les gens. Une résolution de régime qu'il tiendra chez lui se relâchera dans un autre milieu. Les voisins de table, au restaurant, a'astreignent^ils à un menu spécial ? Môme original pour ses conceptions, l'artiste, dans le train coulumier de la vie, est un imitateur fiévreux. Il fait comme ses voisins, à charge, pour son amour- propre, de faire parfois tout le contraire, ce qui constitue une imitation à rebours, mais encore une imitation.

Les rechutes ne tardent pas à suivre les incartades commises. Quelle désolation au retour chez le médecin, « Comptez sur moi. Je ne m'y laisserai plus reprendre, j» La sagesse est de ne pas compter sur ces protestations, très sincères sans doute, mais dont la sincérité au bout de quelques jours se mettra au service d'une promesse opposée, Accor^ dons toutefois que les artistes, ceux qui occupent les degrés supérieurs de l'échelle, une fois leur parole engagée, suivent strictement les obligations

Page 1