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LES COQUETTES

Le grand physiologiste La Rochefoucauld — car ce

fut un trait de génie de faire de l'a m ou r- propre, autrement dit de nos sécrétions internc:s combinées avec l*indïviduaîité cérébrale, le ressort profond da caractère et des actes, — La Rochefoucauld a écrit cette pensée éclatante de vérité : « Les femmes ne connaissent pas toute leur coquetterie », Dans leur désir de plaire, il y a de Tinconscience; elles ne savent pas, no se livrent k aucun manège. La nature fait tous les frais; la volonté, au moins et au début chezia petite fille, n'iutervient pas.

Peu à peu, l'ejipérience aidant, les artifices préparent leur jeu. Certaines femmes, dans le plan et Texécution, acquièrent h cet exercice un talent prestigieux ; chez d autres, la nature n'est point recouverte. Femmes, elles reslent ce qu'elles étaient petites filleE. Une puissance de séduction émane d'elles, qu'elles ne font rien pour rendre plus piquante. Elles plaisent comme un pommier porte des pommes, parce que leur fonction organique est déplaire.

Dans la vie, elles reçoivent les hommages des hommes comme un don qui leur revient de droit; pas d'efforts pour le provoquer. Les compliments vont à elles, par une pente fatale comme Teau de la prairie au ruisaelet prochain. Elles se fout une cour de leurs adorateurs

qu'elles assemblent avec agrément chez ellee quand elles allient l'intelligence à la grâce. La coquetterie^ en effet, comme toutes les manifestations de Tinstinct, évolue dans le vide ou avec le secours de Tesprit. La sottise est son attribut aussi bien que l'agilité et la finesse de la pensée. Les coquettes au cerveau lourd retiennent peu les hommes; ils se remplacent, ne se réunissent pas en nombre chez elles. Chez les coquettes délicates, intuitives, dont le tact sait caresser les amours-propres, c'est au contraire un cortège qui ne ralentit pas. Sous le premier Empire^ le salon de M^^Récamieroffraitletype de ces rendez- vousd'hommes fréquentant chez une coquette supérieure :une certaine jalousie flottait certes autour de Chateaubriand h qui ta maîtresse de maison avait décerné, au su de tous, la première place dans son cœur ; ce malaise disparaissait à la sortie. Le sourire d'adieu que l'amie de Renfl réservait à chacun avait quelque chose d'unique ; il semblait impossible qu'un autre pût être caressé par la chaleur d'un rayon aussi pénétrant. Et les habitués se retrouvaient au complet la semaine suivante.

Le charme de séduction de la part d'une femme n'implique nullement le don de sa personne. Bien au contraire. Choyée, fêtée, adulée, encensée, elle se contente de respirer Tivresse de son triomple. Ce n'est qu'assez tard et vers la quarantaine, à l'heure de rautomne approchant, que le danger réel commence. Si peu d'années lui restent, qu'elle fléchit dans ses moyens de défense et se laisse prendre au feu d'un sentiment dont, la veille encore, elle s'amusait sans se brûler. La coquetterie protège contre la faute qui s'offre journellement. Du jour où les tentations se font plus rares, au lieu de s'en garer comme avant, c'est elle qui y court. « Il y a peu d'honnêtes femmes qui ne soient lasses de leur métier, » disait encore La Rochefoucauld. C'est

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euriout aux coquettes des environs de Ja quarantaine que s'applique la dureté de cette maxime.

Au reste, le besoin de plaire ne s'épuise pas avec les années. Les filets du sympathique qui déterminent cette manière d'être conservent leur activité jusqu'à la ûu. Seulement leurs procédés changent d objet i ce u*est plus sur son enveloppe corporelle que la femme attache le désir :ce sont ses qualités morales dont elle répand le charme et le parfum autour d'elle» L'esprit de charité est la coquetterie des femmes âgées. Elles sont fines, inJiilgentes, compatissantes, et ieur grande joie est de répandre un rayon. Elles plaisent toujours, mais par les efîuslûnâ de leur coeur.

Les Âmes les plus élevées vers la fin ont^ main tes fois, eu un passé non pas forcément orageux^ mais éclairé par les passions qu'elles soulevaient sous leurs pas. Elles demeurent gaies et charmantes, gardant dans le sourire le reflet de leurs succès de jeunes femmes, se multipliant en délicatesses et en bonnes grâces, pour eiïacer tout pli d amertume ou de tristesse sur Texpression d'un front aimé. En vérité les vieilles femmes adorables semblent surtout celles dont la coquetterie, dans le jeune âge, avait récolté, comme un tourbillon de papillons autour d'une lampe, les déclarations affolées des hommes.

Et c'est encore parce qu*6lles ont été coquettes jeunes, qu^elles deviennent souvent très âgées, leur sympathique toujours ardent les garantissant, si ce n'est contre les malaises sans importance, assez fréquents à la moindre contrariété, au moins contre les agressions triomphantes des maladies graves.

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