LE YIN AU POINT DE VUE PSYCHOLOGIQUE
Il y a une yingtaine d'années, un médeciti de Divonne receyait une lettre d*un maître parisien lui annonçant l'arrivée prochaine d'un neurasthénique désespérant. Ce malade n'alla jamais à Divonne. Il s'était, en cours de route^ arrêté chez un sien parent, grand viticulteur de la Bourgogne. — « De l'eau pour te guérir, jamais jo, s'écria l'oncle avec indignation. Soumis au régime du vin par autorité avonculaire, ce malade dut vider sa bouteille quotidienne de Beaune. En un mois, un peu moins de temps que la saison habituelle de Divonne, il était complètement guéri et retourna h ses alFaires.
Le vin avait fouetté les sécrétions internes, rétabli réquilibre nutritif, s'était fait tolérer par restomac que le changement brusque d'habitudes et de milieu avait rendu moins excitable. Cette action du vin sur les échanges profonds, c'est elle qu'il convient, ce semble, de surtout mettre en relief. Les buveurs modéras de vin sont maigres parce qu'ils brûlent leurs déchets. Us n'ont point besoin de graisse pour emprisonner les substances toxiques des nutritions viciées. Aux buveurs de bière,
* Extrait d'une communication à l'Académie de Médecînu, 3 fé- ▼rierl916.
l'épaisseur des chairs et Topacité de l'esprit. Les buyeiirs de vin sont gais, maigres, agiles, primesautiers.
Que le vin stimule les fonctions sexuelles, chacun le sait. Or il semble bien probable que cette excitation s'étende tout aussi bien aux glandes endocrines, et, si elle ne les atteint pas directement, elle les influence par l'intermédiaire des. glandes sexuelles en vertu de la répercussion harmonique qui unit les fonctions de ces organes entre elles. Les glandes thyroïde, parathyroîde et autres étant chargées de détruire les déchets des mutations organiques accompliront plus allègrement leur besogne sous le coup d'éperon de légères quantités de vin. De là, un renforcement dans les défenses de l'organisme, une lutte plus efficace contre les auto-intoxications, dépression nerveuse, obésité et peut-être athérome, une résistance mieux armée contre les infections et surtout les infections bronchitiques, comme le disait dernièrement à cette tribune M. le professeur Armand Gautier.
A mesure que l'homme avance en âge, les sécrétions internes baissant de ton, le vin intervient pour leur rendre les éclats de voix qui font reculer l'heure fatale. La longévité — les statistiques anglaises et belges en font foi * — est mieux assurée chez les buveurs modérés de vin que chez les buveurs d'eau. Si la quantité de i litre de vin convient aux soldats dans les tranchées, une dose quotidienne de 30 à 60 centilitres devin vieux et non acide suffit à cet heureux résultat.
Or, ce sont les sécrétions internes qui dessinent, ce semble, de concert avec l'organisation cérébrale, les traits mentaux et l'individualisme de chacun.
En excitant les sécrétions internes, le vin active les associations d'idées, et s'il est consommé à dose faible, fortifie môme le pouvoir des centres d'arrêt : attention,
* Enquête du British Medic, Assoeiation, 1880, et Journal médic, Bruxelles, n» 5, 1910, D' Mabillon.
réflexion, volonté, que les doses excessives ou les spiri* tueuxtels que Tabsinthe^ anéantissent si complètement. L'esprit plus agile est mené par un guide plus attentif; un travail plus prolongé est possible. Nous avons tous connu des buveurs d'eau in dolents, fatigués, découragés ; un peu de vin, les voilà d'aplomb et se remettant au travail pour des heures. On invoque l'exemple contraire des coureurs de sports. Il n'est nullement convaincant, tout d'abord parce que les amateurs d'habitudes sportives, quand ils parlent de vin, accusent des quantités beaucoup plus abondantes, et ensuite parce que le travail physique épuise beaucoup moins que l'effort intellectuel. La preuve immédiate en est dans la quantité de sommeil plus prolongé, dont ont besoin les hommes qui travaillent de la tête. Un paysan se contente de cinq à six heures de repos nocturne. Il en faut de huit à neuf pour les sujets à système mental plus développé.
Associer des idées, c'est ouvrir, chez des esprits bien doués, des horizons nouveaux. L'inventeur est celui dont l'imagination, reliant des idées en apparence étrangères, découvre le rapport caché qui les unit. Pasteur, entre le microbe et la maladie infectieuse séparés avant lui, établit une union indissoluble. Faut-il rappeler, au surplus, que Pasteur était natif d'Arbois, le grand vignoble du Jura?
Sans doute, des buveurs d'eau se sont montrés inventeurs. Actives par hérédité, les sécrétions internes ont chez eux, en dépit des habitudes d'hygiène, éveillé les associations d'idées indispensables^.
Après les modifications intellectuelles, notons maintenant les variations dans le rythme affectif. Nous ne savons si, comme le prétend le proverbe, les méchants
* M. Maurice de Fleury a invoqué Texemple de Balzac, le grand romancier, qui ne buvait que de Teau. Or, Balzac était obèse, épuisé au moindre écart, et il mourut & cinquante et un ans {Ac. Méd., 8 février). Ajoutons qu'il remplaçait le vin par le café*
»S0 LES MALADIES DEB CARiCTËRES
eoDt buveurs d'eau ; mais c'est uae certitude que Tinîériorité mentale de la mdchaûceté. Elle s'enfonce dans la permanence d'une attitude hoitile, h la faveur d'une certaine indolence des sécrétions internes qui n'éveillant pas d'images émotives nouvelles, laissent le cerveau assoupi Ëoue la plaque des clichéi émotifs antérieurs ^ Les buveurs de vin valent-ils mieux? Les petites faiblesses ou pousse le jeu des intérêts particuliers, les médisances où se satisfait i'amour-propre de Tonvieux, composent une gamme de vilenies où la dextérité des buveurs de vin s'exerce avec un talent parfois égal à celui des buveurs d'eau. Seulement il en va autrement de la bonté vraie, celle qui s'élance, pénètre et comprend. Une telle qualité, la plus noble de celles qui ornent le coeur humain, suppose une vivacité de dons intellectuels, une richesse de sécrétions internes que les buveurs d*eau ont peine à réaliser avec la même fortune.
Si nous ajoutons que les attributs de l'individu fixés par leur passage à travers les générations finissent par constituer les caractères de la race, nous comprendrons la large place que Tusage alimentaire du vin détient dans le génie de Tâme française. C'est lui qui nous vaut cette combinaison unique de dons intellectuels et affectifs, où Timagi nation brillante, tempérée par le sentiment du réel, s'envole vers des borisous d'hypothèses que la découverte du fait pressenti transforme ensuite en terres fécondes, où les élans du cœur s'échauffent en flammes généreuses, où la vaillance ae dore aux rayons d'un idéalisme désintéressé ^
■ TAfiDiBu, La méchanceté {La Retue^ 15 juUlet 1914}.
* M. Liiios&ier a rappelé l'iEinncnce sur la race des côDdîtions d'éducation, de moeurs, d habitudes, de oHmat- Entendu, mais ce comblent \h, causes èeceades. Le caractère primordial d une race paraît dépéri dr^ de son régime allmeD taire et de «es tmêwom {Ac. Méd., S février).
Au premier moyen âge, à une époque où les échanges entre provinces étaient rares, quelles sont les; régions de France où Tart a jailli dans sa fleur d'origînaïitéf La Champagne, la Bourgogne, Tlsle de France, pays de vin.
M. E. Mâle, le professeur d'histoire d'art à la Sorbonne. nous apprend que les pays — Normandie et Bretagne — où les populations ne consomment guère de via, renferment des monuments merveilleux, c'est vrai, mais dont le prototype a été conçu ailleurs. Si nous quittons la France pour aborder le monde antique, quel est le pays d'art incomparable? La Grèce où les écrivains, les artistes, où le père de la Médecine, Hippocrate, qui vécut jusqu'à cent ans, buvaient journellement du vin.
Nous parlons de la brutalité allemande. Aurait elle jamais songé à édifier une philosophie qui par avance en légitimât les crimes, si la bière, boisson nationale, n'avait depuis des siècles écrasé sous son poids la d^^Iicatesse et la conscience de la race ? OublieroDâ-nous les femmes? En regard de Jeanne d'Arc, des salons du XVII' et du XVIII' siècle, en France, que peuvent noua opposer les buveurs de bière allemands?
11 y aurait maints développements à ajouter, il faudrait exposer les exemples confirmatifs, entrer dans les détails, insister sur la valeur des états émotifs, montrer l'influence des autres excitants, tels que le café dont l'action sur les glandes endocrines semble moindre, s'appuyer sur des documents qui ne manquent pas, conclure d'après des chiffres et des statistiques qui telks qu'elles sont exposées ailleurs, confirment ces données premières. Esquisser le problème à traits largos snffîra sans doute pour retenir l'attention^