‹ Les maladies des caractères: étude de physiologie moraleChapitre 31 sur 115 · LA BRUTALITÉ ALLEMANDE · texte numérisé non relu

LA BRUTALITÉ ALLEMANDE

contingences journalières, ce Idéalisme signifie pour eux que les choses existantes ont en elles les raisons qui les expliquent et du même coup les justifient. » Tellement que les notions de droit et de morale se subordonnent aux conditions sociales présentes et ne planent pas au-dessus d'elles. Le droit ne compte pas. La victoire seule mérite considération, a La victoire est pour le peuple qui la remporte la preuve irrécusable du droit qu'il a de vaincre. » Gomme les encyclopédistes en France ont répandu au xvni'^ siècle les semences desséchantes du rationalisme, ainsi Hegel et ses disciples ont empoisonné la pensée allemande avec cette sophistication de l'idéalisme. Les Français ont atrophié la psychologie par Tomission des sentiments affectifs ; les Allemands ayant mélangé les aspirations de Thomme vers Tlnfini avec des passions de rapines et de lucre ont fait de la mixture un breuvage national où s'enivre leur démence. « Dieu ne parle plus aux princes, écrit l'historien Treitschke, par des prophètes et par des songes ; mais il y a vocation divine partout où se présente une occasion favorable d'attaquer un voisin et d'étendre ses propres frontières. »

Ce n'est point que ces formules de massacre dogmatiquement enseigné aient du premier jour été acceptées à titre de vérités irréfragables. Il a fallu du temps. L'influence du cartésianisme rece-

7i LES MALADIES DES CARACTÈRES

vanl dans son creuset les conceptions de Rousseau a peu à peu, comme le montre M* Delbos, opéré cet amalgame de la pensée allemande avec les besoins de SCS apptHiU et enjolivé les blocs frusles de ceuxci avec les pailletles en faux de celle-là, Les accusalions de Tacite et de Yelleius Paterculus^ les déprédations des reîtres au ivi" siècle ont attendu des siècles avant de trouver une philosophie qui puisât dans la vilenie d'âme et les horreurs dont elles témoignaient, matière a glorification et à exaltation sublime. Le cerveau a justifié le sympathique et toute une littérature s'est jetée fiévreusement dans l'accomplissement de la besogne d'harmonisation oii les tendances brutales de l'esprit s'accordaient avec les frénésies du ventre.

L'Allemagne, disait Fichte, est la Race ; non une race quelconque, mais la race type. De là viendrait son nom : AUman, toute humanité. En citant cette afGrmation, M. Delbos place dans la bouche de son philosophe l'expression de la vérité même. L'Allemagne est unique en effet. Nul autre pays du monde n'a pratiqué cette habileté de cél^^ brer le culte de ses instincts de proie avec la religion d'une philosophie expressément édifiée à cet usage. En France, les idées ont germé et fructifié en dehors et comme au xviii* siècle en étouffant les principes d'ordre où se réfugie l'intérêt de conservation sociale. D'autres pays, comme la Pologne,

LA BRUTAUTÉ ALLEMANDE Tî

dont M. Strowski ^ a parlé avec Târae tendre et la délicatesse d'un artiste^ ont payé de leur vie des essors imprudents vers un idéalisme qui perdait trop vite pied avec les contacts du réel. Cependant que TAUemagne, elle, transformait son idéalisme en doctrine de rapport, une sorte de maison de commerce^ de caisse sociale, où les pliilosophes commanditaires versaient en manière de bénéfices Tezaltation frénétique de la force qu'ils célébraient^ au détriment du droit.

La décadence qui a atteint la Pologne éprise

d une magnanime générosité de cœur, frappera-

Uelle rAlleniagne enfoncée dans la sordidité de ses

calculs, et la rapacité de ses instincts ? La vie d'une

fiatîon ne s'accommode d'une certaine hauteur non

plus que d'une semblable bassesse. Les climats

où elle prospère appartiennent au genre tempéré :

ni Tarde ur des accents désintéressés, ni la glace

des combinaisons avilissantes ; une moyenne de

qualités est la condition de la durée dVn pays,

comme la composition d'un régime alimentaire

aussi éloigné du raffiné que delà grossièreté assure

avec le plus de chances la longévité d'une vie

humaine.

* F. Strowki : La reconsiUuHon de la Pologne. Paris, Planai 91 S,

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