CHAPITRE XI LES AGITÉS
La suractivité des sécrétions internes, c'est bien elle qui semble produire l'agitation. Normale au cours de l'enfance et de la jeunesse, celle-ci s'apaise d'ordinaire avec les années, soit que la volonté jTiLer vienne pour la réprimer, soit que l'agitation s'éloigne d'elle-même, faute de feu intérieur pour Tenlretenir.
Chez nombre de sujets, cependant, en dépit de Tctge, le foyer continue de flamber avec la même ardeur, le besoin incessant de mouvement se poursuit sans atténuation ni arrêt, et sans que l'intelligence du sujet intervienne dans cette folie. Des esprits supérieurs en partagent la tare avec les médiocres et l'homme de génie voisine avec le cerveau le plus dénué.
De cette parenté résultent pour le premier une série de mortifications qui l'atteignent régulièrement au cours de sa carrière. Apercevant l'agîtaUoa, le public hausse les épaules et passe. La
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supérk^té mentale lui échappe; il n'est frappé que par les signes extérieurs et apparents; co qa*il voit dans un esprit supérieur^ c'est ce qu'il appelle « la bougeotte ». Les femmes surtout l'impatientent contre un pareil travers ; elles prennent en horreur le mari qui est piqué par cette tarentule perpétuelle, la manie de changer de place.
C'est pourquoi il n'est pas bon que les hommes de génie abandonnant leurs occupations habituelleâ^ entreprennent un voyage avec leur compagne.
N'ayant rien à faire^ si le mauvais temps les con< damne à la chambre, ils erreront comme des âmeâ en peine, du fauteuil à la fenêtre, et de la porte au jardin, d'où ils rentreront après avoir vérifié l'état du ciel. « Vous êtes insupportable » clamera la femme exaspérée de ce manège. Le pauvre homme en effet est insupportable. Résigné, il reprend sa place, jurant d'être sage. Un quart d'heure aprës, le voilà de nouveau debout et arpentant la pièce avec fièvre.
Fermée aux hautes qualités de son mari, la femme médiocre est excédée par la présence de cet être remuant à côté d'elle. Quant au mari, rien d'agaçant comme les admonestations incessantes de sa compagne qui le condamne, avec l'immobilité, à une attitude contre laquelle s'insurge la complexion de sa nature. Difficultés conjugales qm^ s'apaisant avec les années, témoignent parfois
qu'il faut attendre la cinquantaine pour découper, dans un agité, Tétoffe d'un bon mari.
Un des défauts les plus communs à ces sortes d'hommes, est une distraction permanente. Leur cerveau mobile ne s'obstine pas et regarde ailleurs. D'oiile dicton populaire qui fait de la distraction un synonyme de la supériorité mentale. Pour les agités intelligents, rien de plus vrai. Seulement n'oublions pas les autres, les médiocres d'esprit tout' aussi agités que les grands hommes et dont la distraction est monnaie courante. Que maintenant ils arguent de ce défaut pour se frapper le front et dire : « Moi aussi j'ai quelque chose là », laissonsleur cette illusion. Elle n'a jamais fait de mal à personne.
La subordination de Tagité à la richesse des Béci étions internesle campe enbonne posture devant la maladie. Atteint de malaises fréquents, les maladies graves l'épargneront jusqu'à la fin. Rappelons-nous Voltaire valétudinaire toute sa vie et mourant à quatre-vingt-quatre ans. Quel type d'agité pourtant que celui-là!