‹ Les maladies des caractères: étude de physiologie moraleChapitre 68 sur 115 · CHAPITRE V LES MÉDISANTS · texte numérisé non relu

CHAPITRE V LES MÉDISANTS

La médisance est une réaction de défense^ si vous préférez : une soupape providentielle- Elle donne issue à la projection d'un venin quis emprisonné et refoulé au-dedans dans les veines» aurait fini par étoulfor le porteur Jui-mêrae. Aussi con* vient- il de serrer la main au bénéficiaire en manière de fcticitation. a Gela fait du bien, n'est-ce pas, Monsieur ou Madame. » A Paris les hommes élaot très occupés, c'est plutôt Madame,

Nombre de femmes néanmoins échappent à la rhgle. Soit éducation^ soit hauteur d'âme, elles S6 gardent de risquer la moindre pointe. Leurs amies ou plutôt les femmes présentes, car une femme qai médit n'est jamais Tamie d'une femme qui ne met dit paSj dans les causeries de salon^ s'en donnent à cœur joie. Les piqûres se succtident et Monsieur et Madame n'ont qu'à se tenir. Leur réputation en aort tuméfiée de boursouflures comme l'épiderme suus un bataillon de moustiques,

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L'acharnemeiit est déterminé par le sentiment

initiaL L'envie apparaît comme Texcitaiit par excellence et son aiguillon est de ceux qui ne se lassent pas. Gare à la femme qui sait plaire ! C'est elle que répine malicieuse égraligne comme un terrain de choix. Tout le venin de la création ^ il n'y en a pas assez pour anéantir une semblable créature. Aussi la médisance à son égard enfle-t-elle la voix et devient-elle aisément de la calomnie. On n'insinue plusj on affirme^ on n'exagère plus, on invente^ on ne sourit plus, on s'indigne. La conversation emprunte le ton tragique. Une femme pareille I Est-il possible 1 C'est un monstre! Quelle horreur! Frémissantes, les amies se séparent, puisant, dans leur excitation partagée j un rajeunissement de aympalhie qui leur fait promettre de se revoir au plus tôt*

Les femmes qui médisent, ayant Thorreur de toute conversation élevée, offrent l'avantage de vous renseigner tout de suite sur la nature des propos qui leur agréent. Les compliments qu'elles réservent si parcimonieusement à autrui, elles les acceptent sans vergogne pour elles-mêmes. Flatter leur vanité est une excellente maniëre d'endormir leur malveillance. En dehors de cette amabilité mondaine où il se tiendra délibérément j le médecin se gardera de toute appréciation trop nette-

ment formulée. Une grande circonspection entourera 863 moindres réponses. La femme qui médit a tendance à se plaindre de son mari. La même pente intérieure qui l'intéresse aux papotages dénigrants, éveille son attention sur les petitesses de son compagnon de vie. Et comme sa qualité d'âme est douteuse^ elle les énumëre avec complaisance. La TiiOLiulre approbation à ses paroles sera accueillie avec avidité pour être incontinent reportée à l'intéressé. Qui ne sera pas satisfait? Le mari, bien entendu.

La médication des médisants n'emprunte une marque spéciale qu'à la prudence avisée dont s'armera le médecin. Les maladies qu'il aura à soigner sont banales encore que leur cause d'origine soit parfois particulière. La solitude sur de semblables natures exerce des effets fâcheux. Elle les renferme en elles-mêmes et, faute de conversations où s'épancher^ comprime le poison à l'intérieur et écrase de ses jets venimeux les branches du sympathique visciîraL D'oii dyspepsie et palpitations. Le médecin, s'il prescrit du bismuth à hautes doses pour calmer l'irritation stomacale, ne sortira guère des limites de cette ordonnance exclusivement médicale. Son rôle n'est point de pousser à des confidences et de dire : « Soulagez-vous, Madame, en obéissant aux lois de votre nature ». La loi de la

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