LES MÉFIANTS
nemi et de le provoquer dans un débat franc, Inu^ tile d'ajouter que le méfiant ne s'en retirera pas toujours avec avantage. La crainte inquiète ciui Fobsède l'ayant poussé maintes fois à des provocations inutiles, il s'en prendra à des gens qui ne lui veulent aucun mal. D'où ripostes et batailles parfaitement gratuites qui n'auront d'autre résultat que d'isoler le méfiant au milieu d^un monde où il n'a pas d'amis. Aussi son humeur est-elle chagrine et s'estime-t>il très malheureux.
Sa conduite ne fera pas que de lui créer des inimitiés, elle servira fort mal ses intérêts. La réussite dans la vie n'a que faire de ces plans tortueux aigris dans la réflexion soupçonneuse. Elle exige, la réussite, de Faudace, mais une audace qui s'affirme en plein jour dans la netteté de l'attitude, la souplesse du talent, la fidélité scrupuleuse non pas seulement à une signature, mais à la parole une fois donnée. Pour endormir ses appréhensions^ il faut au méfiant des actes parachevés en due forme, des écrits paraphés par-devant notaire, du papier timbré, l'attirail compliqué de la procédure. Dans le train ordinaire de la vie, ces précautions entravent, retardent, sèment la route d'obstacles multiples. Le méfiant n'avancera guère par peur d'être dupe.
L^inquiétude d'une pareille marche ne pouvant
être resBenlie que par un esprit à la sensibilité vive, cette confitataljon, quand le malheureux tombera malade j réglera la conduite du médecin. Doaea médicamenteuses faibles, comme chez tous les sensitiffl, mais en plusj surveillance dans les moindres propos. Le méQant prftnd ombrage d'un mot, d'un geste, d'un sourire, d'un mouvement des lèvres. Il faut tout expliquer et ne pas craindre de revenir à la charge. Le malade a besoin d'éclaircissements, d'affirmations, de paroles décisives dont il suit la vérité dans l'expression de votre regard. Il surveille, scrute, épie, à Taffût d'une contradiction, d'un conseil nuageux où il aurait chance d'attacher son doute. A la sortie, que le médecin se garde de s'entretenir avec l'entourage. Pareille imprudence soulîîverait une vague de colère. Pourquoi converser derrière la porte î Quel est ce mystère ? La vérité n'avait donc pas été dite? Quelle audace de rassurer un pauvre diable dont la fin prochaine est annoncée quand il n'entend pas ? A sa visite prochaine que le médecin ne s'étonne pas si ces reproches véhéments l'assaillent dès son entrée. Laissant passer Toragej il prendra la main du malheureux, protestera de la vérité de ses affirmations, mais tout de môme» à part soij se promettra à son départ et dans une pièce voisine de ne plus se laisser attarder par les mille questions do la famille.