‹ Les maladies des caractères: étude de physiologie moraleChapitre 71 sur 115 · LES MÉFIANTS 4T · texte numérisé non relu

LES MÉFIANTS 4T

A côté du méfiant emporté, il y aura place maintenant pour le méfiant gémissant, pleurant, geignant, prenant le ciel à témoin que jamais infortune égale à la sienne ne s'est traînée dans les détresses du pauvre monde. Ces différents mouvements d'âme ne laissent pas, une fois que l'instinct de conservation entre en jeu, de se fixer en une attitude nouvelle où s'effacent les plis du caractère, La crainte de mourir remplace la crainte d'être trompé ; la méfiance recule devant la volonté de guérir. Ces sortes de malades, désagréables, irritables, grognons, rancuniers, désirent voir le médecin pour lui dire des sottises, mais ils réclament sa visite et une grande déception les attriste si le médecin ne revient pas.

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L'indécis n'est point celui qui hésite avant d'avoir pris une résolution — la réflexion avec les mouvfi^ ments d'âme opposés où elle s'attarde est seule cause de cette attente. L'indécis est celui qui ayant dit : « Je ferai cela », élude sa promesse, provoque les avis, écoute le dernier, se heurte à une objection qu'il ne prévoyait pas, se ta te avec inquiétude, est le plus malheureux des hommes.

Très différent de Taboulique qui sait ce qu'il veut, mais est pris d'angoisse à Tidée de Tacte à accomplir, Tindécis ne sait pas ce qu'il veut D flotte^ attendant l'inspiration lumineuse qui est éteinte par celle qui la remplace. Le but, l'aboulique le voit et ne peut l'atteindre ; pour rindécis le but est perdu dans la brume, très loin, trës vague, changeant de contours au milieu des nuéeSp

Une âme faible et craintive est à la racine de ce tremblement devant l'action. Des natures marquées

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de cette tare qtiand elles embrassent une carrière strictement hiérarchisée voient, du fait de Tatmosphfere d'autorité qu'elles respirent, s'accroître et s'aggraver en elles rinGrmité de naissance. Les occupations professionnelles des fonctionnaires les rangent dans un pareil groupe. Les règlements de l'administration k laquelle ils sont attachés les délivrent de rangoisse de ae conduire par euxmêmes. Tellement que l'indécision renforcée par robéissance à une volonté indiscutée continue, en dehors des heures de bureau, de s'ébattre à l'aise et de s'épanouir à l'abri du refuge professionnel providentiellement choisi.

Dans leur domicile, les indécis, alors que la pression des circonstances les a contraints au mariage, arrivent à imprimer, de par leurs hésitation s mêmes, un caractère très particulier à leur femme. Ou celleci porte culotte ou elle n'est jamais là. Impérieuse ou absente, il n'y a guère de milieu. Les tons de commandement roulent comme un tonnerre bref, ou la femme invoque des courses au dehors. Le mari s'étonne bien quelquefois, il estime que Tabsence se prolonge, et que des empêchements sans nombre ont dû se mettre en travers du retour ; mais, prudent, il n'ose rien dire et enferme au plus profond de son coeur l'inquiétude qui le tourmente. S'il exprimait ses appréhensions, gare à la tempête, et

si 8a femme se fâche, à qui alors demander conseil t

Malade, Tindécis ne s'en référera jamais à Tavîs d'un seul. Il multiplie les consultations médicales, démple les contradictions, s'y attache, a recours pour leâ dénouer à d'autres médecins qui se réunissent et discutent à leur tour. De la juxtaposition des avis multiples sort une incertitude plus grande, le désaccord jaillit, comme pressé par le nombre des conseillers. La direction de la route s'embrouille avec la confusion des guides. En sorte que le pauvre diable ne sachant qui entendre, se soumet inerte h la volonté du destin. Ou bien de guerre lasse, après avoir provoqué en vain les conciliabules des gens doctes, tout à coup sa confiance ira à un empirique qui le convaincra par ce magni« S que ton d'autorité où s'affirme l'aplomb de l'ignorance. Le charlatan remplacera la Faculté et précipitera le malheureux dans l'accomplissement d'une sottise.

Une fois les conséquences apparues, les regrets jie tarderont pas. « Si j'avais su, cher docteur, comment ne vous ai-je pas écouté. » Les lamentations se poursuivent, gémissantes et sans fin. Le propre de l'indécis est en effet de parler longuement. 11 s'enchevêtre dans des explications qui n'apprennent rien, mais dont le désordre agrée en

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temps ordinaire à son désir de ne paa concluKi. 11 sera client fidèle, car sa sensibilité se souvient Mais nous rappelant à coup sûr, quand il se sentira mal à Taise, sa nature inquiète, dans les conjonctures graves, aura toujours besoin de superposer un avis au nôtre pour s'abandonner à la volupté torturante d'hésiter entre les deux.

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