CHAPITRE XV LES BONS
La bonté est un épanouissement moral qui fleurit sur les terrains généreux et sains. Le soleil qui lui est nécessaire est fait de radjonction d'un double élément : un équilibre physique sufjlsant et une grande richesse de sensibilité. Il faut une enveloppe matérielle qui ne soit pas trop fragile et des réserves de tendresse, d'imagination, d'activité. Chez le malade comme auprès du vieillard» ces don» s'écoulent. Il ne reste que le terrain sec des tendances égoïstes que durcit Tinstinct de conservation menacé^ ici par la maladie, là par Tangoisse de la fin prochaine. Faut-il ajouter que de son côté» Tenfant ne saurait être bon? Il n'a point acquis Texpérience de la souffrance humaine et l'intérêt de sa petite personne l'occupe avec trop d'ardeur pour qu^il lui soit possible d'en détourner l'attention et de jeter sur les déshérités un reg^ard ému et compatissant.
Dans le monde, la confusion est souvent opérée
•il LES MALADIES DES CABACTÉEKS
entre la bonté et la molles se. D^une âme inerte et sans fiel, l'opinion proclame : « Quelle bonne personne! jfr Au vrai, Tabsence d'acrimonie dans Thu^ meiir ne vient que de l'impuissance à vider de sa bile une poche qui ne s'est point remplie. Les mous ne Bont pas méchants par incapacité de l'effort ; la bonté leur est interdite pour la même raison. Ce n'est pas Mre bon que de se contenter de plaindre, avec des pleurs dans la voix, le malheureux qui se débat dans la peine.
La bonté est une qualité active. Elle court audevant de la souffrance, connaît les moyens de la soulager. Ses deux auxiliaires, l'imagination et la tendresse, lui permettent de deviner ce qui ne s'avoue pas et de panser d'une main délicate la plaie invisible et qui ronge. De tous les dons dévolus à l'être humain, il n'en est pas de plus élevé et de plus noble. L'ostentation et la vanité sont également odieuses à la richesse du cœur, quij pareille à toutes les manifestations de l'instinct, ignore Fappréciationde sa valeur etrayonne» dans la beauté de ses actes, d'une clarté modeste et d'un éclat toujours voilé.
Les êtres bons que touche la maladie ne souffrent que d'un regret ; l'inutilité passagère de leur bonne volonté. Cette impuissance ne leur arrache ni impatience ni dépit. Ils craindraient par leurs plaintes de désobliger celui qui les soigne et de le
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fatiguer sans raison p C'est à peine s'ils acceptent le nécessaire. Tant que les forces ne les trahiront pa», ils se serviront eux-mêmes, se refusant à paraître importuns et à déranger leur entourage.
Les prescriptions médicamenteuses^ pas de meilleur malade pour s'en accommoder sans résistance* Troubles nerveux fréquents, réactions véhémentes^ sur ce tableau des accidents habituels, s'inscrira une guérison dont se souviendra la reconnaissance de l'être bon» La mémoire affectivej mémoire de la joie ou de la douleur est développée chez lui et la lampe du souvenir ne s'éteint pas dans son cœur. Rien dans ses effusions de gratitude qui sente l'apprêt, rien qui ressemble moins aux manifestations de la reconnaissance acquise; ces dernières sources de sentiment ne jaillissent plus de la spontanéité du sujet, Téducation les développe simplement au nom de principes de convenance et de sociabilité aimable» en formules de protestations guindées» boursouflées et qui sonnent le creux.
Ne fût-ce que pour apprendre que la reconnaissance spontanée n'est pas un vain mot, il est à souhaiter que la bonté continue h fleurir sur le parterre des relations humaines. Son parfum discret et doux est le talisman enchanteur qui, sur les visages flétris par l'expérience de la vie, efl^ace les plis de tristesse et adoucit les traita amers que grave une vision trop pénétrante du pauvre monde.