LES POLTRONS
Le poltron reprend son assurance quand le risque est absent. Gomme il s'irrite de sa lâcheté, il se venge de ramertume qu'il en ressent par des actes héroïques qui s'exercent dans des conjonctures de tout repos. S'attaquer aux êtres inoffensifs et faibles, voilà son affaire* Aussitôt que s'offre semblable bonne fortune, il accourt et crie : présent! Tel qui, en temps de paix, faisait une guerre acharnée aux curés, a courageusement tourné le dos aux Allemands dès qu'il s'est agi de les combattre, La tendance magnanime où il se complaît ne retrouve sa liberté et tout son jeu que vis-à-vis d'ennemis qui n'opposent ni canons^ ni mitrailleuseSf ni bauonnettes. L'amour- propre se réveille et bondit où s'évanouit le danger. Il faut voir le poltron et sa fougue et sa flamme quand il fonce sur un adversaire désarmé.
A côté de ce représentant odieux et que chacun connaît, il faut réserver une place à un autre type;
celui du poltron, doux, sympathique, effacé^ sans fiel, mais inquiet de ses propos et craignant toujours d'en avoir trop dit.
Le poltron sympathique se rencontre fréquemment dans la catégorie des fonctionnaires. Le poltron odieux réserve sa place dans le monde des politiciens. Tous deux redoutent un maître : ici le chef hiérarchique, là le comité électoral. A Tabsence de caractère, s'adjoint la pauvreté d'esprit. Peu d'idées personnelles, nulle imagination. Chez le politicien, de Tentregent, de la souplesse, de l'agilité) de l'art à flairer le vent, comme chez le lièvre qui s'arrête dans Téclair d'une hésitation avant de repartir à toutes jambes.
Les maladies des poltrons sont entrecoupées de gémissements sur les rigueurs de leur destin. Chacun admettra que leurs plaintes manquent parfaitement d'objet. A l'état de santé que n'ont-ils montré quelque énergie? Hélas, il n'y avait rien à faire ; à la moindre tentation, la faute était commise. Incapables de résister, les voilà maintenant malades, implorants, anéantis. Au médecin de parler ferme et de faire peur. Les longs discours, explications, commentaires sont de trop. Il faut suivre le régime, sinon tout est perdu. Sans doute des formules de bonté s'insinueront sous la brusquerie des conseils.
LES POLTRONS Ïl9
Un mot compatissant au coure de la visite, une poignée de main encourageante au départ. Mais pas de procédés liésitanls, pas d'indécision dans la rédaction de Tordonnance. Habitué à plier la tête en temps ordinaire, ce serait une imprudence, de la part du médecin, de permettre au poltron qu'il la relève quand sa faiblesse innée est encore accrue par les atteintes du mal.
Heureusement, les réactions du système nerveux organique sont mieux entendues dans un sens défensif que les attitudes vis-à-vis le monde extérieur. Contre la maladie, le poltron s'insurge avec feu. La même sensibilité qui terrasse ses velléités d*énergie allume en lui des foyers de résistance. La poltronnerie ne s'épanouit qu'à l'ombre de la volonté. Elle fait défaut aux révoltes du sympathique. Tout en continuant de geindre, le malheu* reux remporte la victoire à son insu et quand il pleure sur la défaite prochaîne. Guéri, il retournera bien vite à ses habitudes. Fussent-elles déplorables, il n'échappera pas à leur chaîne.
Il faut du courage pour rompre avec une habitude et le poltron n'en a pas.
Ou du moins, il n'en a que dans des occasions exceptionnelles quand une tendance mentale plus forte que la poltronnerie pénètre dans le champ mental ; flamme d'ambition, pasaion du lustre et du panache. Inutile d'ajouter que l'ambition dans
lia
de pareilles âmes ne s^élève pas trfea haut et que leurs convoitises ne dépassent gufcre la possession d'avantages qui ne grandissent guère leur homme : argent, décorations, distinctions honori' Qques^ etc.