LES HOMMES POLITIQUES S
public oublieux des services rendus et toujours malveillant. Il n'est point d'affection chronique quê la médecine traite avec un tel succès et une certitude aussi assise des résultats lointains, A la fin^ et si les forces fléchissent, la volonté de l'homme politique demeure ferme. Personnage de tribune, de réunion, d'agitation populaire, il a l'horreur profonde de son lit. Sa maladie s'aggrave dans les dernières périodes souvent par refus de se soumettre à l'ordonnance. Tant qu'il ne s'agissait que de suivre des prescriptions médicamenteuses ou des régimes, l'obéissance était consentante. Elle se rebiffe du jour où l'évidence de Teffondrement ne pouvant plus être niée, l'asservissement à la honte d'un repos prolongé ne sera même plus compensé par la certitude de la guérison ultérieure. Aujourd'hui, on se risque à boire le calice^ demain ce sera à recommencer. Mieux vaut la mort immédiate que l'agonie graduelle. Les paroles du médecin se heurtent à une obstination de mauvais vouloir contre lequel il ne peut que déplorer son impuissance.
L'un des malades désire mourir au milieu d'une foule émue à laquelle, ramassant son énergie dis*ponible dans un dernier sursaut de volonté, il adresse les paroles enflammées d'espérance et de réconfort dont, au cours de sa longue carrière, il s'est nourri avec la conviction d'un apôtre et la
lit LES MALADIES DES CAEÀCTÉBES
foi d'un héros. Un autre, à toute extrémité, pendant la conBultatîon de ses médecins réunis dans une pîfece voiame, appelle d'une voix éteinte son valet de chambre et lui déclare qu'il veut aller mourir dans sa bibliothèque* Dans Tencadrement de la porte qui s'ouvre, les médecins voient avancer ce fantôme qui leur fait signe et s'écroule anhélant dans un fauteuil. Puis enveloppant d*un dernier regard les livres qui lui étaient chers, il tente un sourire, veut balbutier un motj n*y parvient pas, laisse retomber sa tête. Il était mort.
Au contraire des médecins qui terminent leur vie au milieu des populations qu'ils ont chéries et soignées, les hommes politiques^ exception faite pour les rares qui furent désintéressés et nobles, fuient Tatmosphëre de leurs électeurs. Si la maladie est sérieuse^ au moins que les ennuis du métier grossis de toutes les visites d électeurs influents n'en viennent pas aggraver la marche !
Ils s'enfuient par amour du repos et aussi peut^ être parce qu'ils éprouvent instinctivement le besoin de quitter un pays où leur action s'est souvent exercée en représailles puériles et néfastes. Le rôle social du médecin toujours utile le rattache au sol où il a exercé ; celui du politicien Ten éloigne. Tout au plus se rapprochent-ils Tun de l'autre par le spectacle commun qui leur est fourni,