LEUCOCYTHÉMIE (LEUCÉMIE
L'examen opbthalmoscopique permet, danscette maladie, de reconnaître aisément l'altération du sang. Les artères rétiniennes renferment un liquide d*un rouge clair. La colonne sanguine est généralement entourée d'une double ligne blanche (périvasculite), juxtaposée aux deux lignes rouges qui indiquent la limite du vaisseau. Les veines, d'un ton rosâtre, sont également moins foncées qu'à l'étal normal ; elles sont, en outre, fort dilatées et sinueuses. On retrouve la même coloration claire jusque dans les vaisseaux de la choroïde. Dans son ensemble, le fond de l'œil offre, dans la leucocylhémie, une coloration orange tirant sur le rouge.
En 1862, Liebreich a observé, pour la première fois, des lésions inflammatoires qu'il a désignées sous le nom de rétinite leucémique} mais ces lésions n'existent pas dans tous les cas de leucocylhémie. Sur o malades, Scbirmcr ne les a rencontrées qu'une fois. De leur côté, Knappet Beckeront vu de nombreux cas de leucocylhémie qui n'étaient pas compliqués de rétinite.
LEUCOCYTHÉMIE.
Dans la rétinite leucémique, la coloration orange rougeàlre du foad de l'œil est masquée par un voile grisâtre, mince et strié, dû à une opacité de la couche superficielle de la rétine. De nombreux foyers hémorrhagiques se voient dans tout le fond de l'œil, mais principalement au pourtour des gros vaisseaux rétiniens. Ou aperçoit, en outre, de nombreuses taches d'un blanc jaunâtre dans la région de la macula, mais elles sont encore plus abondantes à la périphérie de la rétine (Leber '. Ces taches, généralement rondes, offrent un diamètre variable, mais elles n'atteignent jamais la dimension de la papille. Elles sont parfois d'un blanc clair, mais, dans aucun cas, elles ne présentent l'aspect miroitant des excroissances vitreuses de la choroïde. Enfin, elles sont limitées par un petit rebord sanguin.
Fig. 25. — Rétinite leucémique (d'après Hirschberg). Image droite.
Il est prouvé que ces taches, blanchâtres ou jaunâtres, se résorbent de temps à autre sans laisser de traces; mais elles reviennent plus tard. Au point de vue du diagnostic de la maladie générale, l'existence d'une rétinite leucémique n'a habituellement que peu d'importance, car d'autres symptômes permettent auparavant de reconnaître l'affection. Néanmoins, dans un cas de Schweinitz, les altérations du fond de l'œil avaient fait penser tout d'abord à une affection rénale; au bout d'un an, la maladie ayant évolué, on observa les symptômes de la rétinite leucémique, et ce furent les lésions du fond de l'œil qui permirent d'arriver à un diagnostic précis de la maladie générale; l'examen du sang démontra la justesse du diagnostic.
Parfois, dans la leucocythémie, les hémorrhagies rétiniennes sont très nombreuses, el il en existe aussi dans le corps vitré. L'examen anatomo-pathologique montre qu'elles*siègent surtout dans la couche des fibres optiques, où elles forment des proéminences faisant saillie
vers le corps vitré. Les taches blanchâtres et jaunâtres dont nous avons parlé sont dues à la dégénérescence gangli forme (variqueuse) ou graisseuse des fibres nerveuses. On a pu reconnaître, dans quelques cas, que les héiuorrhagies avaient été causées par la thrombose dune veine rétinienne, et on a trouvé en même temps des épanchements sanguins dans l'espace inlervaginal du nerf optique.
A part quelques exceptions, les troubles de la vue sont peu importants dans la leucocythémie. Dans un très petit nombre de cas, on a vu survenir brusquement de l'amauroseàla suite d'hémorrhagies rétiniennes fort étendues.
Le pronostic et le traitement de la rétinite leucémique sont les mêmes que ceux de la maladie générale qui a donné naissance à l'affection oculaire.
Vins et la choroïde peuvent également être affectés dans la leucocythémie. L'iris présente quelquefois des tumeurs circonscrites, d'un volume très variable, qui peuvent se montrer avant qu'on ait constaté la tuméfaction de la rate et des ganglions lymphatiques. L'affection de l'iris est bilatérale. Dans certains cas, elle offre les symptômes cliniques d'un iritis chronique, avec quelques flocons dans le corps vitré; dans d'autres, toute la surface antérieure de l'iris est recouverte de petites tumeurs grisâtres plus ou moins grosses. Sur le pourtour de ces tumeurs, les vaisseaux sanguins sont très dilatés. La pupille est recouverte par une mince membrane de nouvelle formation. Ce n'est que lorsque le gonflement delà rate et des ganglions lymphatiques est très prononcé que les tumeurs de l'iris existent en grand nombre.
Comme beaucoup d'autres parties du corps, le tissu rétro-bulbaire peut être envahi par des tumeurs leucocythémiques. Gayet a insisté sur l'importance qu'il y a à rechercher si l'on ne se trouve pas en présence d'un cas de leucémie ou de pseudo-leucémie lorsque l'on constate l'existence de tumeurs orbitaires se développant symétriquement des deux côtés.
Les glandes lacrymales et les paupières peuvent être le siège de tumeurs leucocythémiques, qui offrent les caractères des tumeurs de même nature occupant d'autres régions du corps.
Ajoutons une dernière remarque : dans la leucocythémie les glandes lymphatiques du cou peuvent, par leur développement, comprimer le grand sympathique cervical et amener la dilatation des pupilles. Elles peuvent aussi comprimer la veine jugulaire et produire dans la tête une slase veineuse, qui s'étend jusqu'aux veines rétiniennes, dont la dilatation peut être constatée au moyen de l'ophthalmoscope.