ÉRYSIPÈLE
L'érysipèle de la face ne commence que très rarement aux paupières. Le plus souvent Y ér y si pèle des paupières est la suite du processus commencé à la peau de la figure. Les paupières se montrent alors tuméfiées, tendues et atteintes de vésicules sur la surface, l'écartement des paupières ne se fait plus spontanément. Après le dégonflement des paupières il se produit une desquamation de l'épiderme, quelquefois les cils tombent. Quand l'érysipèle amène la gangrène des paupières, il s'ensuit des pertes de substance considérables qui occasionnent l'eclropion avec toutes ses conséquences, la cornée finit même quelquefois par se troubler et suppurer.
La nécrose de la cornée peut cependant dans l'érysipèle aussi arriver sans perte de substance des paupières. E.-F. Neve a observé un cas, où un érysipèie de la face récidivant trois fois occasionnait l'infiltration et puis la perforation de la cornée, qui finissait par guérir avec la formation d'un leucome adhérent.
L'inflammation du tissu sous-cutané peut se propager en arrière dans le tissu orbitaire et occasionner le phlegmon orbitaire. Ces cas sont très dangereux pour la vie des malades, parce que l'inflammation peut se propager sur les méninges et les sinus de la dure-mère en amenant La méningite ou la thrombose des sinus.
Le phlegmon orbitaire, sans se continuer sur les méninges, peut devenir funeste pour la vue parla propagation du processus au nerf optique. Magawley a observé trois casd'érysipèle où il se formait l'inflam-
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nation du tissu rétrobulaire avec formation d'abcès ; ce processus causa le développement do névrite optique qui se terminait par l'atrophie du nerf optique. La névrite optique qu'on observe dans ces cas est tics peu prononcée, quelquefois on n'observe qu'un œdème de la papille et un rétrécissement léger des vaisseaux centraux de la rétine. Dans un cas de Jacobson l'acuité visuelle avait baissé à 1/100 à la suite d'une telle affection du nerf optique, mais elle s'améliora sous l'emploi de Ileurteloups et d'onguent napolitain. Dans quelques cas l'emploi de l'iodure de potassium ou des injections hypodermiques de pilocarpine a amené une amélioration et même quelquefois la guérison. AYeland a observé un cas de guérison par la pilocarpine d'une amaurose occasionnée par 1 ervsipèle de la face. Dans ce cas l'érysipèle avait envahi la moitié gauche de la figure, l'œil droit restait sain, la pupille de l'œil gauche conservait sa réaction à la lumière en dépit de l'amaurose. Il est probable que l'inflammation des tissus orbitaires avait attaqué dans de tels cas les gaines du nerf optique et que l'amaurose était occasionnée par la compression des fibres nerveuses par des gaines gonflées du nerf optique dans son canal. Les injections de pilocarpine diminuent le gonflement inflammatoire des gaines du nerf optique et amènent par conséquent l'amélioration de la vue. L'inflammation infectieuse des gaines du nerf optique, qui est aussi admise par Michel dans l'érysipèle, ne peut causer l'amaurose que si elle a atteint la partie desdites gaines située dans le trou optique. L'inflammation de la partie intra-orbitaire des gaines optiques au contraire n'attaque que les fibres nerveuses périphériques du nerf en occasionnant un rétrécissement plus ou moins fort du champ visuel.
Dans une série de cas d'érysipèle, on a observé des troubles de la vue sans qu'il existât une inflammation du tissu orbitaire. Dans un cas de Pagenstecher, l'amaurose est arrivée quinze jours après le commencement de l'érysipèle; dans un autre cas l'amaurose unilatérale s'est montrée déjà très peu de jours après le début de la maladie. €etle amaurose peut rester stationnaire; on observe dans de tels cas, à l'ophthalmoscope, l'atrophie du nerf optique avec rétrécissement très considérable des vaisseaux centraux de la rétine (une observation analogue est aussi communiquée dans l'atlas de Jaeger). Le processus frappant les deux nerfs optiques peut amener une cécité totale, comme l'a observé Oeller. Gubler aussi a décrit une série de cas d'amaurose persistante à la suite de l'érysipèle. Dans d'autres cas l'amaurose a été passagère, et la vue est redevenue normale (de Graefe).
Dans quelques cas, entre autres celui de Pagenstecher, l'atrophie du nerf optique survenant à la suite de l'érysipèle était seulement partielle. Le cas de Pagenstecher est particulièrement intéressant à cause de la diminution considérable de l'acuité visuelle causée par un sco-
tome cen Irai persistant. Michel explique ce cas par une périvasculile partielle infectieuse des vaisseaux centraux de la région dans leur parcours dans le nerf optique.
L'analogie de ces derniers cas avec les amblyopies dues aux intoxications est pourtant évidente et il nous parait probable qu'il s'agit ici d'une influence de toxines sur les libres optiques.
La cécité à la suite de l'érysipèle peut encore être occasionnée par la thrombose des vaisseaux rétiniens.
On a déjà observé plusieurs cas pareils. La thrombose de la veine rétinienne était toujours précédée d'un phlegmon orbitaire. La thrombose delà veine rétinienne peut commencer dans les veines orbitaires. Les altérations du fond de l'œil sont les mêmes dans ces cas que celles que nous avons déjà décrites à l'occasion des troubles oculaires dus à la dégénérescence athéromateuse des vaisseaux rétiniens. Knapp a donné la description d'un cas classique, où le phlegmon orbitaire s'est développé au cinquième jour de l'érysipèle et la cécité occasionnée par la thrombose de la veine rétinienne est arrivée deux jours après.
On trouve dans ces cas de thrombose les veines de la rétine dilatées, très sinueuses et d'une coloration rouge foncé. 11 y a des hémorrhagies nombreuses autour des veines, les artères sont rétrécies. Plus lard les vaisseaux se transforment en cordes fibreuses blanches. Les bords de la papille optique, au début de l'affection un peu effacés, deviennent dans une période ultérieure distincts, et le nerf optique a l'aspect de l'atrophie. L'inflammation septique des parois des veines, constatée à l'examen anatomo-pathologique, peut être la suite de la formation de la thrombose, ou celle-ci commence dans les veines orbitaires pour se continuer ensuite dans les veines rétiniennes. Cette dernière supposition est la plus probable. L'inflammation se propage des veines rétiniennes dans le tisssu rétinien et de là dans les artères. ce qui expliquerait les casde développement de thromboses artérielles de la rétine dans quelques cas d'érysipèle.
Le glaucome peut se développer à la suite de l'érysipèle (Fœrsler. /. c, p, 153) ou même pendant la marche de cette affection. Il peul être produit par des troubles de la circulation dans l'intérieur de l'œil, dus à l'augmentation de l'action du cœur parla fièvre, ou bien il s'explique par la difficulté avec laquelle l'écoulement du sang veineux de l'œil se fait en présence d'un phlegmon orbitaire. C'est ainsi qu'on a observé des cas de glaucome aigu au cours d'un érysipèle. Magawlej a observé un cas de ce genre, où l'iridectomie était impossible à cause du gonflement des paupières et delà conjonctive. La guérison a été obtenue avec de l'antipyrine et des instillations d'ésérine dans l'œil.
C'est une observation des plus intéressantes que l'influence salutaire de l'érysipèle de la face sur certaines affections oculaires. Cocciu- a
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observé des améliorations de trachome à la suite d'un érysipèle. Nieden raconte la guérison de choroïdite disséminée et d'iritis séreuse due à la même cause. Dans un des cas do Nieden, l'affection disparaissait pendant la durée de l'érysipèle, mais elle revenait, quoique moins intense, après la guérison de celle-ci. Skorkowski a observé l'amélioration considérable d'une alfection diphthérique après l'inoculation de l'érysipèle. Cette influence salutaire de l'érysipèle sur des affections oculaires s'explique probablement par la formation de toxines de la part des microcoques de l'érysipèle, qui exercent une influence nuisible sur d'autres microorganismes.