VARIOLE
et cet heureux résultat doit être attribué en partie à la vaccination, en partir aux progrès de la science médicale.
Comme le reste de la face surtout, les paupières sont un des endroits où l'exanthème se développe le plus. Lorsque les pustules y sont très nombreuses, les paupières deviennent le siège d'un gonflement œdémateux qui empêche, pendant un certain nombre de jours, de les écarter. Très souvent, il existe en môme temps de la conjonctivite purulente, des affections du cul-de-sac, de petits foyers diphthériliques sur la conjonctive ou le bord ciliaire, ce qui entraine la madarose, le trichiasis ou le distichiasis partiels, l'oblitération des glandes de Meibomius et le développement de chalazion.
11 est rare que la conjonctive soit atteinte dans la période prodromique; aussi l'existence, à ce moment, d'une conjonctivite intense doit-elle l'aire penser plutôt à la rougeole qu'à la variole. Pendant la période éruptive, on observe de l'hypérémie de la conjonctive palpébrale, sans augmentation de la sécrétion, la conjonctive oculaire restant indemne. Cette hypérémie est surtout fréquente dans les cas où les paupières sont atteintes par l'exanthème. Lorsque des pustules se développent sur la conjonctive bulbaire ou dans le cul-de-sac, la membrane est fortement gonflée (chémosis), et la sécrétion est si abondante qu'elle rappelle, jusqu'à un certain point, celle que produit la conjonctivite blennorrhagique. Toutefois, la conjonctivite varioleuse se distingue de celle-ci par un moindre gonllement de la conjonctive bulbaire, par sa durée plus courte, par un plus petit nombre de granulalalions et par la rareté des lésions de la cornée qui ont toujours un caractère moins grave. En général, on rencontre de petites hémorrhagies conjoncLivales, qui peuvent pourtant s'étendre beaucoup dans la variole hémorrhagique. Des ecchymoses déterminent parfois un tel gonflement de la conjonctive qu'elle arrive à recouvrir le limbe cornéen et même une partie de la pupille (Foerster).
Les pustules varioleuses de la conjonctive sont beaucoup plus petites que celles de la peau ; dans la plupart des cas, elles n'ont que la grosseur d'une tête d'épingle. Peu de temps après leur formation, les vésicules se rompent et laissent de petites taches jaunâtres semblables aux plilyctènes de la conjonctive. Le nombre des pustules de la conjonctive ne dépasse pas habituellement deux ou trois. Elles se montrent sur la conjonctive bulbaire et plus rarement dans le cul-de-sac, sur la conjonctive palpébrale, le pli semi-lunaire et la caroncule. Le rebord cornéen est un des points sur lesquels on les rencontre le plus fréquemment.
La muqueuse du canal naso-lacrymal peut être également le siège d'une éruption varioleuse. Dans ce cas, le larmoiement augmente vers la fin du processus au point de rassembler a la dacryocystite blennorrhagique. Parfois la dacryocystite varioleuse passe à l'état chro-
nique ou bien la cicatrisation des pustules produit un rétrécissement du canal naso-lacrymal, qui occasionne un larmoiement persistant.
L'irritation ciliaire est fort commune dans la variole. Elle débute quelquefois de très bonne heure, dès le cinquième jour, et se manifeste par de l'injection péricornécnne, du larmoiement, delà photophobie et de la sensibilité du globe oculaire au toucher. Lorsqu'il ne survient pas d'autres complications, l'irritation ciliaire doit, selon toute apparence, être (regardée comme un symptôme réflexe produit par l'irritation des filets terminaux du trijumeau soif du nez, soit de la cavité naso-pharyngicnne, dont, la muqueuse est le siège de pustules varioleuses.
Chez les gens prédisposés au glaucome, on peut en voir survenir des accès dès la période éruptive, quoique le fait soit rare.
Dans la période de dessiccation, il survient des complications très graves du côté de l'organe de la vue. Ce n'est qu'au début de cette période qu'on observe des affections "purulentes de la cornée, qui n'apparaissent jamais avant le douzième jour de la maladie IL Adler). Ce fait seul suffit à prouver qu'il n'y a pas identité entre les abcès cornéens et les pustules varioleuses de la peau ou des muqueuses. L'affection de la cornée n'est pas produite par l'affection générale ; elle constitue un processus local, indépendant. Les lésions de cette tunique peuvent se présenter sous diverses formes, qui sont : la kératite superficielle circonscrite, l'infiltration et la suppuration de la cornée (avec bypopyon), suivie de perforation, de prolapsus de l'iris, de synéchies antérieures persistantes, ou bien d'atrophie du globe oculaire. Il est probable (|ue les infiltrations de la cornée sont Je résultat d'une auto-infection produite soit directement par les pustules de la conjonctive, soit par l'intermédiaire des doigts du malade. Nous montrerons plus loin que. dans une affection analogue occasionnée par la vaccine, il faut invoquer soit l'auto-infection, soit l'infection par d'autres personnes, et on peut admettre une cause semblable pour expliquer les lésions varioleuses de la cornée.
La kératoma'.acie, au contraire, qui survient dans des eus graves, mortels, est due probablement à la septicémie qui complique la variole (voir p. 301).
Après la période de dessiccation, on voit encore apparaître un certain nombre d'affections oculaires; on rencontre, par exemple, des abcès et des furoncles des paupières, complications aussi fréquentes, d'ailleurs, sur d'autres parties de la peau.
A la suite de l;i variole, on a aussi observé le développement de kératite interstitielle (l'cerslcr 1 1 j. Bock),
Selon quelques auteurs, ï'uitis cl la ckoroidilc pourraient apparaître
(1) Fœrster, loc. cit., p. 10G.