‹ Les maladies des yeux dans leurs rapports avec la pathologie générale; (volume 2)Chapitre 271 sur 277 · ANOMALIES DE LA RÉFRACTION · texte numérisé non relu

ANOMALIES DE LA RÉFRACTION

On a dit que certaines anomalies de la réfraction peuvent exercer une influence fâcheuse sur le développement de l'enfant, par suite d'une fatigue exagérée du muscle de l'accommodation et des conséquences qu'elle produit. Il est facile de s'en rendre compte surtout pour l'hypermétropie et l'astigmatisme.

On distingue, nous le savons, deux formes principales d'astigmatisme : la forme irrégulière et la forme régulière. Dans l'astigmatisme irrégulier, la réfraction de l'œil diffère dans les diverses parties du même méridien. Dans l'astigmatisme régulier, chaque méridien a la même réfraction (courbure) dans ses diverses parties ; mais la courbure varie pour chacun des méridiens. Ces deux formes d'astigmatisme résultent, dans la plupart des cas, d'anomalies dans la courbure de la cornée; mais elles peuvent provenir aussi d'irrégularités dans la courbure du cristallin. L'astigmatisme régulier du cristallin est la conséquence d'une contraction partielle et irrégulière du muscle de l'accommodation, qui se trouve être maxima dans un certain méridien de l'œil, tandis qu'elle manque ou qu'elle est moindre dans un autre méridien, situé dans une direction perpendiculaire au premier. Quant à l'astigmatisme irrégulier du cristallin, il est très rare. J'ai été le premier (1), je crois, à l'observer, à la suite d'une traction cicatricielle, provenant de synéchies postérieures de l'iris et provoquant une déformation de la surface antérieure du cristallin.

La cornée, dans ce cas, ne présentait pas d'astigmatisme irrégulier; je l'ai constaté àl'ophthalmoscope et par l'examen des troubles visuels.

L'astigmatisme régulier de la cornée peut être compensé, diminué ou augmenté, suivant la direction et le degré de l'astigmatisme qui existe simultanément sur le cristallin.

Les troubles oculaires qui résultent de l'astigmatisme régulier peuvent être corrigés par l'emploi de verres cylindriques ou par l'existence d'une fente sténopéique, à travers laquelle regarde le malade. Bien que ce dernier phénomène soit connu depuis longtemps, j'ai été le premier à démontrer, en 1881 (2), et Wolfskehl l'a prouvé aussi en dehors de moi, que la pupille en forme de fente, que l'on observe chez quelques animaux, est destinée à corriger leur astigmatisme cornéen et à rendre leur vision normale, surtout pour le méridien hypermétrope, qui permet ainsi à l'œil de voir les objets éloignés.

(1) Berger, Klin. Monalsbl. f. Augenheilk., 1885, août.

(2)Dans uu travail envoyé en 1881 et publié en 1882 dans le Morp/iolor/isches Jarbach de Gegenbaw.

Pour se rendre compte de l'existence de l'astigmatisme, on se sert en premier lieu de l'ophthalmoscope. Lorsqu'il existe un astigmatisme irrégulier, la papille est déformée et cette déformation varie si l'on change la direction dans laquelle on fait l'examen ophthalmoscopique. Dans le cas d'astigmatisme régulier, à l'examen ophthalmoscopique on trouve, sur l'image droite, la papille ovalaire et le plus grand diamètre de cet ovale correspond à celui dans lequel l'agrandissement ophthalmoscopique est le plus fort, c'est-à-dire celui du méridien le plus réfringent. Sur l'image renversée, au contraire, la direction du maximum de courbure répond au diamètre minimum de la papille optique. L'ophthalmoscope ne nous renseigne que sur la valeur de l'astigmatisme de l'œil; ce n'est qu'après avoir examiné l'astigmatisme de la cornée que nous pouvons déterminer le rôle que joue le cristallin dans la production de l'astigmatisme total.

L'examen de la cornée par l'ophthalmomètre, qui a pris une forme pratique pour les recherches cliniques depuis les travaux de Javal et Schjotz, donne des renseignements très précis sur l'astigmatisme cornéen. On peut aussi se rendre compte très simplement de l'astigmatisme cornéen à l'aide du kératoscope. En 1882, avant la communication sur l'astigmatomètre faite par de Wecker et de Masselon, j'ai modifié de la façon suivante le kératoscope de Placido (fig. 43) qui se compose d'un disque blanc et de cercles noirs concentriques. Sur la face antérieure du disque de Placido (voir fig. 43, r), je place un deuxième disque à lignes radiaires noires (s). Une de ces lignes a une coloration rouge et sa direction est indiquée par une pointe sur la face postérieure du nouveau disque. Le diamètre de celui-ci dépasse un peu celui du disque de Placido. On examine l'image cornéenne, produite par le disque à lignes radiaires, en regardant à travers un tube central, dans lequel est placée une loupe, destinée à faire mieux voir cette image.

On tourne ensuite le disque jusqu'à ce que l'image cornéenne corresponde à la plus grande et ensuite à la plus petite des lignes. Le premier examen nous indique le minimum, le deuxième le maximum de courbure de la cornée. La direction de ces deux méridiens principaux d'astigmatisme cornéen est fournie par une échelle, imprimée sur la surface postérieure du disque de Placido.

On a donné des explications très différentes sur la cause de l'astigmatisme cornéen. Les recherches de Meyer et Leroy tendent à prouver que l'astigmatisme cornéen est produit par l'action des muscles droits de l'œil. La cornée, en effet, a son maximum de courbure dans le diamètre horizontal et c'est dans ce méridien que l'action musculaire est la plus forte, puisque les muscles droits interne et externe sont plus développés que les deux autres muscles droits.

L'expérience que j'ai faite sur moi-même et dans laquelle je deviens

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