ANOMALIES HE l.A QUANTITÉ DU SANG
a. Hypérémie du cerveau. — L'hypothèse qu'aux troubles delà circulation du cerveau correspondent des troubles analogues de la circulation de l'œil ne se confirme pas toujours. Il semble, en effet, que les vaisseaux du cerveau et ceux de l'œil ne se trouvent pas sous la dépendance des mêmes centres nerveux; de sorte que d'une hypérémie de l'œil on ne peut pas conclure à l'existence d'hypérémie cérébrale.
Cependant, on a constaté fréquemment des cas d'hypérémie du cerveau coïncidant avec l'hypérémie de l'organe de la vision. C'est ainsi qu'on a vu, dans des cas d'hypérémie cérébrale, l'injection des vaisseaux du globe oculaire et une myosis causée par la dilatation des vaisseaux de l'iris. Il existe des faits cliniques, qui peuvent croire à une inégalité dans la quantité du sang reçue par les deux hémisphères cérébraux : en effet, on a constaté la myosis d'un coté (du côte de l'hypérémie cérébrale et une pupille normale de l'autre côté (Jacobson . ^inégalité des pupilles peut être la conséquence de l'inégale distribution du saur/ dans les branches des deux carotides internes. On a vu. chez des enfants, une hypérémie de la conjonctive et une myosis précéder l'apparition des convulsions, qu'on pouvait attribuer à l'hypérémie du cerveau. Niemeyer a cependant fait observer que, dans des cas graves d'hypérémie cérébrale, on n'a pas observé de symptômes d'hypérémie de l'œil.
Il est incontestable que la circulation des vaisseaux du fond de l'œil est souvent troublée clans l'hypérémie cérébrale. Mais il n'est pas possible d'invoquer l'hypérémie des vaisseaux rétiniens comme un argument en faveur d'une hypérémie cérébrale, étant donnée la variabilité du diamètre de ces vaisseaux à l'état normal.
Dans les cas d'hypérémie du cerveau, on constate cependant assez souvent une rougeur appréciable de la papille optique, qui s'arrête à l'anneau sclérotical. Les vaisseaux rétiniens eux-mêmes sont normaux, mais, par suite du contraste des couleurs, leurs parois apparaissent sous forme de lignes transparentes entourant la colonne
sanguine. C'est seulement, en effet, le contenu dans les vaisseaux rétiniens qu'on observe à l'état normal : les parois vaseulaires et le tissu de la rétine étant transparents ne sont pas visibles à l'ophthalmoscope.
Dans Vhypérémie veineuse chronique du cerveau on observe quelquefois une mydriase peu marquée, que Jacobson (1) attribue à la parésie de l'oculo-moteur commun. La coïncidence de la mydriase et d ! l'hypérémie veineuse du cerveau est alors probablement accidentelle.
b. Anémie du cerveau. — Dans l'anémie du cerveau on trouve les pupilles dilatées. Cette mydriase est due à une anémie concomitante des vaisseaux de l'iris, ainsi que l'ont prouvé les recherches de Kussmaul et Tenner sur l'anémie du cerveau. Ces auteurs ont procédé de la façon suivante : ils ont mis à découvert le cerveau d'un animal et l'ont recouvert ensuite d'un morceau de verre, de telle manière qu'ils ont observé directement la circulation sanguine du cerveau. Ils ont ainsi constaté l'apparition de mydriase à la suite d'une perte subite de sang. Dans les pertes sanguines lentes ils ont observé tout d'abord un resserrement de la pupille.
Cette myosis passagère, comme nous le verrons plus tard, peut être attribuée à l'auto-intoxication qui est la conséquence de la résorption des produits toxiques de l'économie restés dans l'organisme. Par suite de la diminution de la quantité du sang, les tissus du corps ne sont plus en état de se débarrasser d'une façon suffisante des produits de l'échange.
On sait en effet que les animaux, après une saignée abondante, meurent avec des symptômes convulsifs, qui sont dus d'après Brown- Séquard à l'intoxication par l'acide carbonique.
L'anémie du cerveau peut être accompagnée de V anémie des vaisseaux du fond de l'œil; mais ce dernier symptôme n'est pas constant. On observe dans ce cas une diminution du calibre des vaisseaux de la papille optique, phénomène qu'on a constate également à la suite de spasmes des vaisseaux cérébraux (hémicrànie, accès épileptiques et pertes sanguines abondantes).
L'anémie des petits vaisseaux du nerf optique se manifeste par la pâleur de la papille, c'est seulement dans les grands vaisseaux qu'on peut observer une diminution très appréciable du calibre.
Quant à la rétine, son anémie ne peut pas être diagnostiquée avec certitude. Cependant on peut l'admettre avec vraisemblance dans les cas où la entonne sanguine des vaisseaux de la rétine est d'une couleur moins foncée qu'à l'état normal, le sang n'étant pas, d'ailleurs altéré dans sa composition.
(1) Jacobson, lac. cit., p. I0C.