‹ Les maladies des yeux dans leurs rapports avec la pathologie générale; (volume 2)Chapitre 95 sur 277 · PROPAGATION D'UNE MALADIE DE LA MUQUEUSE DU NEZ · texte numérisé non relu

PROPAGATION D'UNE MALADIE DE LA MUQUEUSE DU NEZ

rare (Stoerk, Horner). 11 est d'observation constante qu'il n'existe qu'exceptionnellement une affection du nez en même temps qu'un catarrhe aigu de la conjonctive.

Nous avons pratiqué la rliinoscopie dans plusieurs cas de conjonctivite aiguë, et nous n'avons jamais trouvé d'inflammation concomitante de la muqueuse nasale. Au contraire, dans le coryza aigu, la conjonctive est toujours atteinte.

Il n'est pas possible d'expliquer ces faits en disant que dans les catarrhes infectieux, surtout dans la blennorrhée, le gonflement de la muqueuse des canaux lacrymaux empêche d'une façon mécanique l'écoulement des larmes dans le nez; ce gonflement, en effet, n'existe pas au début des conjonctivites infectieuses. Mais il est certain que les microbes trouvent, dans la muqueuse nasale, un terrain moins favorable que dans la conjonctive. Indépendamment de l'infection par les larmes, il y a aussi d'autres moyens de propagation — les doigts, les mouchoirs, etc., — qui peuvent porter les germes infectieux de la conjonctive dans les fosses nasales.

D'ailleurs, les diverses muqueuses ne sont pas toutes également prédisposées aux atteintes delà blennorrhagie. Celle du rectum l'est moins que celle de l'urèthre. En tenant compte de la fréquence relative de la pédérastie (Voir les traités de névropathologie et de médecine légale), il y a lieu de signaler la rareté excessive de la blennorrhagie du rectum.

Le trachome peut, on le sait déjà depuis longtemps, exister dans la conjonctive sans se produire dans le nez. Généralement, cette affection ne provoque qu'un catarrhe nasal très léger (Scheff). Dans plusieurs cas de trachome que j'ai observés récemment et qui dataient de plusieurs mois, je n'ai absolument rien trouvé d'anormal dans les fosses nasales. Ziem commet certainement une erreur en admettant que le trachome conjonctival puisse être la conséquence du trachome nasal. Cependant, dans des cas graves qui ont une durée de plusieurs mois, on trouve aussi des altérations dans les fosses nasales. Moauro a constaté deux fois, anatomiquement, la présence du trachome dans les canaux lacrymaux ; les granulations se trouvaient dans le tissu adénoïde de ces canaux.

Ce dernier auteur a rencontré dans le sac lacrymal une valvule, qui n'était qu'une production pathologique, par prolifération du tissu muqueux infecté.

Quant à la diphtérie, je n'ai pu constater, dans aucune des observations publiées, que cette affection se soit propagée de la conjonctive vers le nez, ou vice versa.

Le croup ne se propage pas davantage vers la muqueuse du nez, ou réciproquement.

On sait que Yérysipèle envahit quelquefois les fosses nasales (Schif-

164 partie spéciale.

fers) (1), d'où il peut envahir les cavités voisines du nez (Weichselbaum, Yirchow. Tillmanns). Mais il n'existe pas d'observation prouvant que le processus morbide se propage, par la voie du canal naso-lacrymal, des fosses nasales vers la conjonctive, ou de la conjonctive vers la muqueuse nasale.

Quanta la tuberculose, on n'a pas encore observé, lorsqu'elle s'est montrée sur la conjonctive, qu'elle ait envahi les fosses nasales, par les voies lacrymales. Knapp (2: a décrit un cas de lupus des fosses nasales qui avait entraîné la conjonctivite tuberculeuse. Wagenmann observa un cas de tuberculose des fosses nasales, qui s'était propagé vers le canal naso-lacrymal et avait produit les symptômes cliniques delà dacryocystite blennorrhagique (3).

Le coryza syphilitique, au contraire, ne se propage jamais vers la conjonctive.

Quant aux affections de la muqueuse nasale et de la conjonctive, qui sont inséparables de quelques maladies infectieuses, elles sont probablement dues à des processus qui se développent indépendamment l'un de l'autre ; l'infection ne se propage pas d'une des deux muqueuses vers l'autre.

De toutes ces considérations, il résulte que la conjonctive est plus souvent menacée d'une infection venant des fosses nasales que la réciproque ri est vraie. La propagation d'un processus infectieux par le canal naso-lacrymal a une grande importance au point de vue clinique. Cette voie de communication peut, en effet, être si sérieusement atteinte qu'elle présente des symptômes beaucoup plus graves que l'affection des muqueuses qu'elle réunit. Dans de tels cas un examen rhinoscopique est d'une très grande importance. L'examen endosco- Vique des canaux lacrymaux, pratiqué pour la première fois par Rothziegel (4) (de Vienne), n'a aucune valeur pratique; les canaux ne sont presque jamais le point de départ d'une maladie des voies lacrymales.

Au point de vue rhinoscopique, il faut surtout examiner le cornet inférieur. J'ai fait construire un petit instrument qui peut faciliter cet examen. C'est un petit miroir métallique (5)(fig. 4) qu'on introduit iIimis les fosses nasales, après avoir écarté les narines à l'aide du spéculum de Duplay. Ce miroir, d'un diamètre de \ millimètres, est fixé à une tige qui fait avec lui un angle de 15 degrés.

En enfonçant l'instrument à des profondeurs variables dans les

(1) Schiffer s, quatrième congrès international d'Otologic Bruxelles, 1888.

(2) Knapp, New-York Akademie of Medicin, 1800, 20 janvier.

(3) Voir également une observation publiée par Arnozan, Arch. d'Ophtal., 1801, n° 6.

(4) Rothziegel, L". Endoscopie der Thraenenrœhrchen, etc. Wiener med. Hlactter, 1885, n° 37.

(5) Ce miroir se vend chez Luër-Wulfriog, à Pari*.

fosses nasales et en lui donnant toutes sortes de directions, on peut observer certaines parties des cornets inférieurs, qui ne seraient pas accessibles à la vue par un examen rbinoscopique ordinaire. On comprend que, par cette méthode, on ne puisse jamais observer l'extrémité inférieure du canal naso-lacrymal ; mais, en plusieurs cas, on peut voir ainsi une partie de la muqueuse nasale, plus voisine du canal naso-lacrymal que celle que l'on aperçoit par la simple rhinoscopie antérieure.

Cependant, dans des cas d'absence du cornet inférieur par vice de

Fiff. 13.

conformation (Hyrtl) (1) ou par nécrose syphilitique des os du nez, on peut espérer voir, par la rhinoscopie, l'extrémité inférieure du canal naso-lacrymal, ce qui permettra peut-être de résoudre maintes questions intéressant la physiologie des voies lacrymales.

Examinons maintenant les troubles oculaires résultant d'affections diverses ayant leur point de départ dans le nez, mais se propageant par une autre voie que celle du canal naso-lacrymal.

C. — TROUBLES OCULAIRES RÉFLEXES D'ORIGINE NASALE. — TROU- BLES OCULAIRES RÉSULTANT DE LA PROPAGATION D'UN PROCESSUS DES FOSSES NASALES VERS LES SINUS.

a. Coryza aigu. — Dans le coryza aigu, on observe des troubles oculaires réflexes, tels que du larmoiement, de la photophobie. Par

(1) Hyrtl, Angeborener Mangel (1er unteren Nasenuiuscheln. Sitzungberichte der Wiener. Acad. der Wissensch, 1859.

la propagation du processus morbide vers les sinus, il peut se produire des céphalalgies, de la douleur orbi taire.

Les affections des cavités voisines du nez qui se développent après un simple coryza peuvent, dans quelques cas, entraîner des altérations graves, surtout dans l'organe de la vue, si la propagation du processus est facilitée par l'existence de solutions de continuité dans les os. Schœfer et Hartmann ont décrit des cas où, après un coryza, il s'était développé un abcès orbitaire. L'autopsie, dans un de ces cas, et l'examen clinique, dans l'autre, ont prouvé qu'une inflammation suppurative des cellules ethmoïdales avait été la voie de communication entre le coryza et l'abcès orbitaire.

Il faut se demander si, dans nombre de cas d'abcès orbitaires dont l'origine est douteuse, il ne s'agit pas d'un processus analogue. Ponfick (1) a constaté, dans un cas de méningite consécutive à une maladie des fosses nasales, l'existence de solutions de continuité dans les parois osseuses situées entre le sinus sphénoïdal et la cavité crânienne. Nous verrons que la production d'une névrite rétrobulbaire aiguë par refroidissement peut être expliquée d'une façon analogue.

Jacobson a observé un cas de coryza aigu suivi d'une ténonite aiguë. Les paupières étaient gonflées : il y avait une injection pâteuse des vaisseaux sous-conjonctivaux, du chémosis, une sécrétion abondante de larmes ; les mouvements latéraux de l'œil étaient douloureux et un peu gênés ; une simple pression sur le globe oculaire provoquait de la douleur. La ténonite guérit en quelques semaines au moyen de cataplasmes tièdes aromatiques. Il est possible que la ténonite et le coryza aient eu la même cause : le refroidissement.

b. Rhinite chronique hypertrophique. — C'est dans cette affection, et surtout dans l'hypertrophie chronique des cornets inférieur et moyen, que l'on observe la gamme des troubles oculaires réflexes. On sait que Hack a constaté un certain nombre de troubles réflexes d'origine nasale : la céphalalgie, l'asthme, la migraine, la névralgie sus- et sous-orbitaire. On observe aussi des troubles réflexes oculaires d'origine nasale dans d'autres affections; ce sont :

4° Des douleurs dans les paupières et dans le globe de l'œil, la sensation d'un corps étranger dans le sac conjonctival ; quelquefois les malades se plaignent de démangeaisons et de sensation de brûlure dans les paupières sans qu'on y trouve rien d'anormal. Dans d'autres cas, la conjonctive est injectée, les paupières sont légèrement gonflées. D'après Beltmann, ce gonflement des paupières peut se présenter sous la forme d'un pseudo-érysipèle. Il explique ce phénomène par le fait du refoulement du sang veineux, dont la circulation serait

(1) Ponfick, Centralhl.f. die med. WUsensch., 1882, n° 3.

entravée par le gonflement des corps caverneux des cornets. A mon avis, ee gonflement des paupières dérive en partie de la blépharite consécutive au larmoiement, et en partie du blépharospasme qui accompagne les troubles réflexes.

2° Delà photophobie. — Ce symptôme, déjà mentionné par Hack, se rencontre très fréquemment comme phénomène réflexe.

3° Du larmoiement. — Le larmoiement est si fréquent comme symptôme réflexe dans les afl'ections du nez que Gruening a bien raison de dire qu'il faut chaque fois examiner les fosses nasales. L'hypertrophie du cornet inférieur produit aussi le larmoiement par cause mécanique.

Pour se rendre compte de la facilité avec laquelle peut se produire le larmoiement d'origine réflexe, il suffit d'arracher un poil des narines ; il en résulte une hypersécrétion lacrymale du même côté.

4° Du rétrécissement de la fente palpébrale. — Il est la conséquence du blépharospasme produit par irritation de la membrane muqueuse du nez. Le blépharospasme se manifeste du côté de la maladie des fosses nasales ; il disparait après la guérison de celle-ci. Pour montrer la relation qui existe entre le blépharospasme et la maladie du nez, je citerai un cas, que j'ai observé, dans lequel chaque aggravation de l'affection nasale entraînait de nouveau l'apparition du blépharospasme.

J'ai déjà fait remarquer, dans une publication antérieure, qu'en chatouillant avec un tuyau de plume certaines parties de la membrane muqueuse du nez, on produit l'occlusion spasmodique de la fente palpébrale du même côté. Si l'irritation était très grande, elle pourrait entraîner, du même côté, des contractions spasmodiques de tous les muscles de la face innervés par le nerf facial. Il s'agit, en effet, d'un réflexe physiologique des organes terminaux du trijumeau, par l'intermédiaire du nerf facial. Le centre nerveux du réflexe est le plancher du quatrième ventricule.

11 serait intéressant de rechercher quelles sont les altérations de la fosse losangique dans lesquelles ce réflexe manque et celles dans lesquelles il se produit.

Je considère comme très probable que les affections de la membrane pituilaire sont, dans certains cas, la cause du tic convulsif. Les expériences de Langendorff (1) ont prouvé que des contractions peuvent se produire dans les muscles de la face par suite d'excitation des organes terminaux du trijumeau qui se trouvent dans la peau du visage.

5° De l'injection ciliaire et de V injection de la conjonctive. — L'injection ciliaire est un symptôme fréquent. Cette injection des vais-

(1) Analysées dans le Centralblatt fur Aitrje?iheilkicnde, 1887, p. 79.

seaux par voie réflexe (vasodilatation) est probablement la cause qui rend quelques formes de conjonctivites et de kératites si difficiles à guérir ou même iucurables lorsqu'elles existent en même temps qu'une affection du nez. Ce fait a conduit plusieurs auteurs à admettre un certain rapport entre ces affections oculaires et les maladies des fosses nasales. Ainsi, la conjonctivite et la kératite pblycténulaire, l'ophtalmie scrofuleuse surtout, ne guérissent quelquefois qu'après la disparition de l'affection nasale. Mais, pour prouver qu'il s'agit bien de troubles vasculaires réflexes produits par l'irritation du trijumeau, je mentionnerai quelques autres exemples.

Les maladies des dents, par exemple, peuvent empêcher la guérison des affections oculaires. De même, l'irritation des organes terminaux du trijumeau dans les cas d'eczéma de la peau peut mettre obstacle à la guérison de la kératite pblycténulaire; ainsi, on cite des cas de cette forme de kératite qui n'ont guéri qu'après la disparition d'un eczéma survenu chez des malades qui, atteints de poux de tête, s'étaient grattés avec les ongles. Cependant, dans quelques maladies générales, les affectioris oculaires se développent indépendamment de celles du nez, et c'est à tort, par exemple, que quelques auteurs cherchent à établir une relation entre les maladies oculaires et nasales, dans la scrofule.

Quant à l'injection de la conjonctive qui survient à la suite d'une irritation de la muqueuse nasale, c'est, je crois, la cause qui peut expliquer la récidive du catarrhe printanier, à chaque aggravation de l'affection du nez. Bettmann en relate un cas dans lequel la guérison du catarrhe ne se produisit qu'après celle de la maladie nasale.

On pourrait expliquer de même la névrose sympathique dont parle Ziem, qui ne disparut qu'après la guérison d'une affection nasale.

Indépendamment de l'hypérémie réflexe que produit dans la conjonctive l'irritation des organes terminaux du trijumeau dans le nez, on pourrait invoquer aussi l'épisclérite et mentionner également comme cause d'affection oculaire la gêne apportée à la circulation sanguine par la congestion qui se produit dans les fosses nasales, où une partie du sang veineux de l'orbite se déverse normalement (veines ethmoïdales).

6° De l'asthénopie. — On observe quelquefois de L'asthénopie accommodative plus ou moins marquée dans les affections des fosses nasales.

Les malades peuvent être très incommodés. Ils se plaignent de fatigue dès qu'ils lisent; les lignes ne sont plus distinctes, les lettres s'entremêlent. Ces malades éprouvent un certain malaise, des douleurs ou des tiraillements dans les yeux, une sensation désagréable au front ou sur le dos du nez (Bronner). 11 y a des cas où il se manifeste des

symptOmes analogues par suite d'insuffisance des muscles droits internes. Je me rappelle une communication personnelle de mon confrère Kessel, qui m'a dit avoir même observé des cas de diplopie passagère dans le cours des affections des fosses nasale-

7° Du nHr crissement du champ visuel. — En 1887, j'ai observé le premier un rétrécissement du cbamp visuel, consécutivement à une affection des fosses nasales. Peu de temps après ma communication, des observations analogues furent publiées par Ziem, Killian, Hamilton et d'autres.

Mmo A. V..., bourgeoise, âgée de vingt-huit ans, avait été traitée en novembre 1885, par un médecin d'un petit village de Styrie, pour une affection chroniquedes fosses nasales. Ce médecin tenta de provoquer l'oblitération du tissu caverneux des Cosses nasales par l'application du galvano-cautère (méthode de Hack). La malade, sentant son état s'aggraver considérablement, s'adressa à M. le Dr Herzog, spécialiste de Gratz, très distingué pour les maladies du nez. Celui-ci, apprenant que des troubles oculaires s'étaient développés pendant le traitement par le galvanocautère, invita la malade à venir me consulter. Autant que me permettent de ie supposer les notes remises à la malade par M. Herzog, il est probable qu'une application inhabile du galvano-cautère avait entraîné une nécrose de l'os nasal droit et de quelques parties du toit du nez; de petits séquestres s'étaient détachés.

En même temps, la malade s'aperçut que sa vue était plus faible de l'œil droit que de l'œil gauche. Cet affaiblissement de la vision existait aussi bien lorsque la malade regardait au loin que lorsqu'elle regardait de très près. Elle éprouvait la sensation d'un brouillard devant l'œil droit.

En juillet 1887, l'acuité visuelle de l'œil droit s'était améliorée considérablement.

L'examen des parties externes du nez me montra un gonflement de la peau qui recouvre l'os nasal droit; dans un point des téguments, je pus reconnaître une petite fistule. La fente palpébrale droite était un peu rétrécie ; je constatai aussi du larmoiement du côté droit et de la photophobie.

L'examen du fond de l'œil ne révéla pas la moindre altération; l'acuité visuelle était normale des deux côtés. Le champ visuel de l'œil gauche était normal. Celui de l'œil droit était rétréci concentriquement de 10 à 15 degrés; dans la région temporale, ce rétrécissement avait environ cinq degrés de plus.

8° De Vambhjopie. — L'amblyopie réflexe a été observée dans plusieurs cas d'affections des fosses nasales. Indépendamment de mon observation personnelle, il faut mentionner celle de Mooren (de Dùsseldorf). Le cas dont il parle était compliqué d'injection péri-cornéenne, de démangeaison et de douleurs dans les paupières, surtout pendant les matinées.

Dans aucun auteur sérieux, je n'ai vu mentionner l'amaurose comme symptôme réflexe d'affections des fosses nasales.

9° Le glaucome a été observé à plusieurs reprises consécutivement à des affections des fosses nasales. Chez les gens prédisposés au glaucome, le développement de cette maladie peut être provoqué par l'irritation des fibres du trijumeau résultant d'une affection du nez. Des cas de ce genre sont cités par Cheatam et Lennox-Brown. Ce dernier auteur constata, chez une femme que l'iridectomie ne réussit pas à guérir, un accès de glaucome; des accès d'asthme apparurent

bientôt. En examinant le nez, on découvrit des polypes dont l'extirpation fit disparaître les accès d'asthme et produisit une amélioration dans l'acuité visuelle.

Le développement du goitre exophlhqlmique, à la suite d'une atïection nasale, a été observé, pour la première fois, par Hack. L'affection nasale consistait en une hyperplasie des cornets inférieur et moyen. Son traitement par le galvano-cautère entraîna la guérison complète du goitre exophthalmique. Depuis cette observation de Hack, quelques cas analogues, par exemple celui de Stocker, ont été publiés.

Nous savons que Hack et ses élèves admettent que l'engorgement du tissu caverneux des cornets produit une action vaso-dilatatrice réflexe. Pour expliquer, par exemple, la production du goitre exoplithalmique consécutivement à l'hypertrophie des cornets inférieur et moyen, Hack suppose que l'irritation des organes périphériques du sympathique, produite parle gonflement du tissu caverneux, détermine une vaso-dilatation. Pour lui l'engorgement du tissu caverneux des cornets est la condition sine que non des symptômes réflexes dits secondaires. Moldenhauer (1) soutient les mêmes idées. Il pense que de nombreux cas de mouches volantes, d'amblyopie transitoire et d'amaurose sont dus à une imbibition séreuse de la gaine du nerf optique, d'ordre réflexe et ayant comme point de départ la muqueuse nasale. Cet auteur explique la céphalalgie, concomitante des affections nasales, par une simple propagation aux sinus frontaux du gonflement inflammatoire qui intéresse parfois la gaine du nerf sus-orbitaire voisin du sinus (p. 196).

Ziein, qui a observé le développement de l'hypérémie de la papille optique et le pouls veineux d'intensité anormale dans la papille, après l'application du galvano-cautère au cornet inférieur, admet, d'une façon analogue, qu'il se produit une congestion des vaisseaux de l'œil, surtout de ceux du corps ciliaire; cette congestion peut même être assez grave pour déterminer de l'hypérémie ou du glaucome. Cette manière de voir ne rencontre pas d'objections, au point de vue anatomique, car il existe des anastomoses multiples entre les vaisseaux des fosses nasales et ceux de l'orbite, surtout par les vaisseaux ethmoïdaux.

Mais c'est avec raison que Schmaltz et Héryng ont prétendu que la turgescence du tissu caverneux n'est pas nécessaire pour qu'il se produise des troubles réflexes d'origine nasale. B. Fraenkel et Goltstein

(1) Moldenhauer, Maladies des fosses nasales (traduction par Potiquet), Pari?,

ont même nié d'une façon absolue que cette turgescence jouât le moindre rôle dans la production des troubles réllexes.

Le tissu caverneux ne joue certainement pas ce rôle exclusif, puisque les affections des cavités voisines du nez, où il n'y a pas de tissu caverneux, produisent les mêmes troubles oculaires réflexes que les maladies des fosses nasales. Ces troubles réflexes sont moins connus, parce qu'il est plus difficile de faire le diagnostic des affections des cavités voisines du nez, qui sont elles-mêmes moins connues et moins étudiées.

Ce ne sont pas seulement des céphalalgies et des névralgies, qui ont quelquefois permis de diagnostiquer une affection du sinus maxillaire ou frontal; on a observé aussi des troubles asthénopiques (Hamiltoni, du blépharospasme et même le rétrécissement du champ visuel. Ce dernier symptôme, d'ailleurs d'origine réflexe, n'a été rencontré jusqu'ici que dans les maladies des sinus maxillaire (Ziem) et frontal (E. Berger .

J'ai montré, en 1887, que le rétrécissement du champ visuel et l'amblyopie, que j'avais observés dans le cas cité ci-dessus, étaient la conséquence d'une irritation des organes terminaux du trijumeau. J'ai également, en 1890, attribué la même cause à tous les troubles oculaires d'origine réflexe.

Déjà, en effet, en 1870, Kratschmer (1) (de Vienne) — le premier qui ait produit expérimentalement sur les animaux des troubles de la respiration et de la circulation en irritant certaines parties des fosses nasales — avait prouvé que les fibres du trijumeau sont la voie par laquelle ces symptômes réflexes sont déterminés.

D'un autre côté, en 1888, François Franck (2) a établi que dans les phénomènes de vaso-dilatation consécutifs à certaines excitations nasales, les voies centripètes sont constituées par tous les rameaux sensitifs du trijumeau qui se distribuent aux fosses nasales.

Les fosses nasales, aussi bien que les cavités voisines du nez sont, effectivement, très riches en fibres nerveuses émanant du trijumeau; ce fait est facile à comprendre au point de vue physiologique, puisque le nez est le gardien des voies respiratoires (Voir les travaux si importants de Bloch) (3).

Il n'est pas seulement l'organe du sens olfactif; il est encore destiné à la sensation des irritations tactiles et chimiques, en vue desquelles il est doué d'une finesse extraordinaire.

Mais il n'est pas possible d'expliquer tous les troubles réflexes d'origine nasale par une dilatation réflexe des vaisseaux.

(1) Kratschmer, Sitzungber. d. Académie d. Wissenschaft, Wien, 1870, Math. nat. CL LXIl,2,p. 147.

[1] François Franck, Soc. de biologie, 1887, 1er décembre. (3) Bloch, Untersuchungen zur Physiologie der Nasenathmung, 1888.

Dans le blépharospasme, par exemple, il s'agit probablement d'un réflexe du trijumeau, transmis du plancher du quatrième ventricule au facial.

De même, le spasme de l'accommodation pourrait être communiqué par la même voie à l'oculo-moteur commun.

En comparant les troubles oculaires d'origine nasale à ceux qui se produisent dans la névralgie du trijumeau, nous constatons une analogie absolue. Dans la névralgie du trijumeau, nous trouvons l'injection de la conjonctive, l'injection ciliaire, des sensations douloureuses dans l'œil, la photophobie, le larmoiement, l'amblyopie, le rétrécissement du champ visuel (Leber), le blépharospasme, qui peut aller jusqu'au tic convulsif '(Leber). Disons aussi que la névralgie du trijumeau, comme les affections nasales, peut être la cause du glaucome. De même, les troubles oculaires d'origine dentaire sont en partie des troubles réflexes produits par l'irritation des fibres du trijumeau, et c'est ce qui arrive pour les troubles de l'accommodation, l'astliénopie musculaire, l'amblyopie, l'amaurose, le glaucome (Craniceanu). J'explique par l'irritation des organes terminaux du trijumeau quelques troubles oculaires qu'on a observés dans les affections du pharynx et des amygdales (Hoffmann, Ziem), tels que le larmoiement, le blépharospasme, la faiblesse du muscle de l'accommodation.

L'identité de ces troubles réflexes est évidente, que la névralgie du trijumeau soit d'origine dentaire, nasale ou pharyngienne.

Je résume ainsi : les troubles oculaires réflexes d'origine nasale sont la conséquence de l'état d'irritation des organes terminaux du trijumeau.

Ils se distinguent de ceux qui proviennent de la névralgie du trijumeau en ce que ceux d'origine nasale sont plus fréquents ou mieux étudiés.

c. Polypes du nez. — Les polypes du nez peuvent produire les mêmes troubles oculaires réflexes que le catarrhe hypertropbique du nez, par exemple le larmoiement, l'injection de la conjonctive, l'asthénopie, etc. Ces troubles proviennent soit d'une altération des fibres ou des organes terminaux du trijumeau par suite de la compression que les polypes exercent dans le nez, soit d'un processus infectieux de la muqueuse nasale produit par l'obstacle que ces polypes peuvent opposer à l'écoulement de la sécrétion du nez.

Remarquons seulement que Bettmann (de Cbicago) a vu, dans 6 cas, les troubles oculaires disparaître après l'extirpation des polypes du nez. Nous avons déjà cité une observation analogue de Lennox-Brown, concernant le glaucome. Il est vrai de dire aussi que la lésion des nerfs, dans l'arrachement des polypes du nez, peut provoquer également des troubles oculaires réflexes. Nuel (1), par exemple, observa

(1) De Wecker et Landolt, Traité d Ophtalmologie, p. 708.

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