AFFECTIONS DU SINUS SPHÉNOÏDAL
constaté que l'affection a son siège dans le canal optique et qu'elle est causée par un refroidissement. On obtient de bons résultats thérapeutiques en provoquant, chez le malade, la sécrétion de la sueur. La guérison peut être complète; néanmoins le pronostic est sérieux.
Mon observation a porté sur trois cas, dont deux se sont terminés par une amaurose unilatérale :
1° Une femme de vingt-sept ans remarqua, à la suite d'un refroidissement et d'un rhume, qu'elle ne voyait plus du tout de l'œil gauche. Elle consulta son médecin, qui ne trouva pas d'altération du fond de l'œil et la tranquillisa, en lui donnant l'assurance que ces troubles oculaires seraient passagers. J'ai eu l'occasion d'examiuer la malade dix ans après : la pupille gauche était dilatée et ne réagissait pas à la lumière; la papille optique était atrophiée, et il n'y avait pas de trace de sensations lumineuses.
2° Un médecin, le docteur C. de Klagenfourt, s'aperçut par hasard que, lorsqu'il fermait un œil, il ne voyait pas de l'autre. 11 consulta aussitôt un professeur d'ophthalmologie, qui constata l'amaurose et, quelque temps après, l'atrophie du nerf optique. Cette amaurose persista. Le malade avait conservé pendant très longtemps un rhume compliqué de céphalalgie.
3° Dans un troisième cas, l'amaurose disparut complètement. Le docteur P..., âgé de soixante-huit ans, bien connu comme médecin et comme savant, m'a raconté qu'à Carlsbad, au moment où une mouche volait vers son œil droit, il ferma les paupières et remarqua qu'il ne voyait pas de l'autre œil. Un professeur d'ophthalmologie, de passage à Carlsbad, constata effectivement que l'œil était bien amaurotique, mais que le fond en était normal ; la pupille ne réagissait pas à la lumière. On attribua à un refroidissement la cause de ces troubles oculaires et l'on essaya un traitement sudorifique par le saiicylate de soude. L'acuité visuelle se rétablit complètement.
La carie et la nécrose du corps du sphénoïde peuvent également produire ou ne pas produire de troubles oculaires. Lorsqu'ils se manifestent, la propagation du processus se fait vers le nerf optique, l'orbite, etc. On a constaté, par exemple, dans cette affection :
1° La cécité subite unilatérale, avec phlegmon orbitaire. Plusieurs autopsies ont prouvé que cette cécité était produite par une périnévrite du nerf optique, dans le canal optique ;
2° Quelques parties de l'os peuvent se détacher lentement sans déterminer aucun trouble oculaire ; puis, il survient une méningite ;
3° Une partie de l'os se détache subitement et est expulsée par le nez ;
4° Il se produit une perforation de la paroi qui sépare le sinus sphénoïdal du sinus caverneux, et il en résulte une hémorrhagie mortelle ;
5° Un abcès rétro-pharyngien se développe ;
6° Il s'établit une thrombose du sinus caverneux et de la veine ophthalmique, consécutivement à celle du sinus veineux circulaire de la selle turcique;
7° Il y a perforation de la paroi inférieure du sinus sphénoïdal, sans aucun autre symptôme.
Pour le diagnostic des tumeurs du sinus sphénoïdal, la constatation
des troubles oculaires peut avoir une grande importance. Pendant le développement de ces tumeurs, on peut distinguer quatre périodes :
1° La tumeur reste enfermée entre les parois du sinus : il n'existe aucun symptôme, ou de la céphalalgie seulement;
2° La tumeur, en augmentant de volume, élargit les parois du sinus sphénoïdal, amène leur atrophie et détermine la compression des organes voisins. Cette compression peut ne s'exercer que sur l'un des nerfs optiques ou les affecter tous les deux, et entraîner ainsi l'amaurose unilatérale ou totale;
Fig. 18. — Déformation de la face par une tumeur (sarcome) occupant les celkilesethmoïdales et le sinus sphénoïdal (d'après Loewy).
3° Dans la troisième période, la tumeur se propage en dehors des parois du sinus. Elle arrive dans la cavité naso-pharyngienne, dans les cellules ethmoïdales, dans l'orbite et enfin dans la cavité crânienne. La perforation du crâne peut ne se manifester par aucun symptôme ou par des céphalalgies très violentes;
-4° La quatrième période est caractérisée par des métastases dans divers organes (tumeurs malignes).
Pendant le cours du développement de ces tumeurs, il se produit souvent des accès épileptiformes.
Si la tumeur augmente rapidement de volume, il se déclare de la méningite ou un abcès cérébral, peu de temps après la perforation de la base du crâne.
Les tumeurs et les autres altérations morbides qui se développent dans le sinus sphénoïdal et compriment le nerf optique dans son canal compriment en même temps l'artère ophthalmique qui accom-