AFFECTIONS DES CAVITÉS VOISINES DU NEZ
crohes se greffent aussi sur les muqueuses des sinus, qui sont atteintes dans la fièvre typhoïde.
Certains troubles oculaires du début de l'influenza sont absolument analogues à ceux que nous avons étudiés, comme symptômes réflexes, dans les affections du nez et des sinus; tels sont: la photophobie, l'Iiypérémic conjonctivale, l'injection péri-cornéenne. La douleurdans les muscles de l'œil pendant leurs mouvements, la fatigue de ces muscles pendant le travail rappellent les symptômes réflexes ayant leur origine dans le trijumeau. On observe très souvent de l'astbénopie musculaire, au début de l'influenza. Eversbusch a essayé d'expliquer les sensations douloureuses dans les muscles de l'œil par l'action des ptomaïnes; mais on sait actuellement que les ptomaïnes ne produisent la paralysie des muscles qu'à la fin de la maladie. Il se produit généralement aussi, dans l'influenza, des douleurs orbitaires analogues à celles que l'on observe dans les affections des cavités voisines du nez.
Quelques variétés d'affections du nerf optique consécutives à l'influenza ne peuvent être expliquées que par une altération siégeant en dedans du canal optique (Bergmeister), et ce sont particulièrement ces variétés qui répondent tout à fait à ce que nous savons de la névrite optique rélro-bulbaire canaliculaire ; elles guérissent aussi très bien parles injections hypodermiques de pilocarpine (Landsberg). D'autres affections du nerf optique que l'on rencontre dans l'influenza, le scotome central, par exemple, sont d'origine toxique (ptomaïnes); je le montrerai, d'ailleurs, dans une autre partie de cet ouvrage.
Quant à la névrite optique rétro-bulbaire canaliculaire, il est probable qu'elle provient de la propagation, à la gaîne du nerf optique, de l'inflammation de la muqueuse du sinus sphénoïdal. (Voir Chirurgie du Sinus sphénoïdal, du Dr E. Berger, p. 31.)
11 est vraisemblable que certaines névralgies du trijumeau, qui se développent pendant ou à la suite de l'influenza (Mispelbaum) (1) sont le résultat de l'état d'irritation des filets terminaux du trijumeau, situés dans les cavités voisines du nez. On a vu de ces névralgies (sus-orbitaires et sous-orbitaires), se montrer réfractaires au traitement électrique.
J'ai observé, dans l'épidémie d'influenza de 1889-90, un cas de névralgie sus-orbitaire droite très violente, accompagnée de photophobie, de blépharospasme et d'injection péri-cornéenne (affection probable du sinus frontal), dont la guérison survint en quelques jours, après un écoulement de sécrétion purulente par la narine droite. Il me semble également probable que les abcès très profonds des
(l) Mispelbaum, Ueber, Psychosen nach Influenza. Zeitsck. f. Psychiatrie, 1890, fasc. I.
paupières supérieures, que l'on a constatés à la suite de l'influenza (Landolt et autres auteurs) sont la conséquence d'affections du sinus frontal. Je crois de même qu'un cas décrit par Lyder Borlhen comme abcès métastatique de l'orbite, et qui s'est ouvert dans l'angle interne de l'œil, est dû à la propagation d'une inflammation des sinus vers le tissu orbitaire. (Klin. MonatsbL, 1891.)
Dans un cas de Weichselbaum (1) concernant un jeune homme, l'influenza se compliqua, huit jours après son début, d'un abcès de la paupière supérieure qui fut incisé. Le lendemain, des phénomènes méningiliques éclatèrent et le malade ne tarda pas à succomber. Ici, ^omme dans tous les cas d'influenza examinés par Weichselbaum, les sinus étaient gorgés de pus.
Ces abcès orbitaires peuvent même n'apparaître que quelques semaines après la terminaison de la maladie.
Je n'ose pas affirmer que les affections des sinus sont également la cause de l'apparition de certains troubles oculaires dans toutes les autres maladies infectieuses. Mais cette voie de propagation du processus vers l'organe de la vue a été établie pour la fièvre typhoïde.
Nieden (2) a publié un cas de névralgie sous-orbitaire droite et de blépharospasme du même côté après une fièvre typhoïde suivie d'une rhinite suppurative droite.
On fit la trépanation; il s'écoula du pus venant du sinus maxillaire, et le tic douloureux ainsi que le blépharospasme disparurent.
Les affections des cavités voisines du nez peuvent persister pendant des années après la terminaison de la fièvre typhoïde. Elles provoquent, par voie réflexe, des céphalalgies, du blépharospasme et même des spasmes cloniques des muscles de la face, semblables au tic convulsif ; c'est ce que j'ai observé une fois.
Pour expliquer comment ce dernier symptôme se rattache à un trouble réflexe d'origine du trijumeau, il suffît de rappeler un cas de Leber, dans lequel la névrectomie du nerf sus-orbilaire fit disparaître le tic convulsif. Yoici l'observation du cas que j'ai recueillie moimême dans ma clinique :
M. G..., âgé de vingt-huit ans, se présenta avec un clignotement des paupières et des contractions cloniques des muscles de la face. 11 n'avait jamais été malade dans son enfance; mais, cinq ans auparavant, il avait été atteint de la fièvre typhoïde. Dans la convalescence de cette maladie, des maux de tête se déclarèrent, et, depuis ce temps, les accès de céphalalgie se renouvelèrent très fréquemment. Les douleurs étaient localisées des deux côtés, dans la région sourcilière, dans le front et daûs la joue. L'examen ophthalmoscopique ne révéla aucune anomalie; il existait une myopie de une D., une légère conjonctivite, du larmoiement, de la photophobie, et de l'injection péri-cornéenne. L'acuité et le champ visuels étaient normaux.
(1) Weichselbaum, Wiener Ges. d. Aerzte, 1890, 31 janvier.
(2) Nieden, ArcK.'f. Augenheilk.,Xl\, fasc. 3,4.