‹ Les maladies des yeux dans leurs rapports avec la pathologie générale (volume 3)Chapitre 156 sur 284 · RHUMATISME · texte numérisé non relu

RHUMATISME

Malgré la fréquence des affections rhumatismales, on n'a pas encore suffisamment étudié les rapports qui existent entre les troubles ocu-

laires et le rhumatisme; dans un certain nombre de cas, il faut conserver des doutes sur l'origine de maladies des yeux dites rhumatismales. Ce n'est, en effet, que dans ces derniers temps que les pathologistes ont défini ce qu'on doit entendre par rhumatisme, et les remarquables travaux de Bouchard ont jeté un grand jour sur la question.

On ne saurait encore se prononcer sur la fréquence des affections rhumatismales des yeux. En 1883, sur 63 cas de rhumatisme noueux, Gornil n'avait rencontré que trois fois des troubles oculaires. Dans les autres formes de rhumatisme, les complications sont incontestablement plus communes.

Assez souvent la conjonctivite et l'inflammation de la sclérotique sont de nature rhumatismale sans qu'aucun symptôme particulier permette d'en reconnaître l'origine. Il n'en est pas de même de la kératite rhumatismale, dont l'existence a été à tort niée par quelques auteurs. A ma connaissance, c'est Arlt qui a le premier donné uue description exacte de cette affection, à laquelle il assigne les symptômes suivants. En général, la kératite rhumatismale atteint les malades exposés par leur profession à des changements brusques de température, tels que les forgerons, les cuisiniers, etc. La fièvre éclate, et, en peu de jours, il se forme une opacité de la cornée qui prend l'aspect d'un verre dépoli. Des douleurs très vives se font sentir dans l'œil et les vaisseaux péri-cornéens sont fortement injectés. De petites parcelles d'épithélium se détachent de la cornée en produisant de petites lacunes à la superficie de cette membrane; ces pertes de substances peuvent constituer une porte d'entrée pour les germes infectieux. Bientôt on observe de petits foyers purulents qui occupent la face antérieure de la cornée (Arlt, Tetzer) ; nous avons nous-mêmes constaté l'existence de ces foyers. Cette kératite persiste généralement pendant quelques semaines. Nous avons obtenu de très bons résultats de l'administration à l'intérieur de salicylate de soude et d'antipyrine.

Le rapport de cette forme de kératite avec le rhumatisme est évident, car on la rencontre souvent avec des arlhrites rhumatismales ; on l'a observée dans des cas de mono-arthrite chronique des grandes articulations, notamment dans l'arthrite chronique du genou- La kératite rhumatismale survient encore dans la périostite chronique de divers os, principalement dans la périostite hypertrophique du tibia. C'est dans la première enfance et dans la jeunesse qu'elle se montre avec le plus de fréquence.

Pour comprendre la tendance qu'a la cornée a être affectée dans le rhumatisme, il faut se rappeler qu'au point de vue histologique elle est analogue au tissu cartilagineux qui est le siège /les lésions articulaires.

Nous avons dit précédemment qu'on avait voulu voir dans l'arthrite

IIIIUMATISME. 275

rhumatismale la cause de l'affection de la cornée. Cette théorie peut être regardée comme fausse, car les deux affections ne sont que des symptômes locaux d'une même maladie générale.

On a encore attribué au rhumatisme des cas d'iritis, d'irido-choroïdite, de rétinite, de névrite optique, de ténonite, de blépharite, de paralysie des muscles de l'œil. Nous ne considérons comme démontré que le rapport du rhumatisme avec l'iritis, la ténonile et certaines paralysies musculaires. On rencontre aussi ces affections sans arthrite, et l'on désigne ces cas sous le nom de rhumatisme abarticulaire.

Quant à l'iritis rhumatismale, il est évident qu'elle ne comprend pas les cas dus à une arthrite blennorrhagique, quoiqu'on les y fît rentrer jadis. Dans l'iritis rhumatismale proprement dite la partie antérieure de la sclérotique participe d'une façon très nette à l'inflammation (épisclérite). La cornée est fortement injectée, et cette inflammation est en rapport avec l'intensité de l'iritis. Dans le rhumatisme, l'iritis revêtlaforme plastique. Lesadhérencesqui s'établissent entrel'iris et la cristalloïde antérieure n'ont que peu de chance de se rompre lorsqu'on emploie des mydriatiques. Si l'on réussit à se rendre maître de l'iritis, les symptômes du côté de l'iris disparaissent beaucoup plus vite que l'injection péri-cornéenne. A la suite d'un refroidissement, la maladie récidive avec facilité. C'est à tort qu'on accuse généralement les adhérences de l'iris avec la cristalloïde antérieure d'être la cause de ces rechutes, bien qu'elles occasionnent une irritation perpétuelle. Si les synéchies postérieures sont très développées, il survient aussi des complications du côté de la choroïde, et c'est ainsi que, d'après quelques auteurs, prendrait naissance l'irido-choroïdite rhumatismale.

L'affection décrite sous le nom de névrite optique aiguë rhumatismafepeut se montrer, à la suite d'un refroidissement, d'un seul côté ou des deux à la fois. La diminution de l'acuité visuelle qui en est la conséquence s'accompagne parfois d'un rétrécissement du champ visuel, mais ce dernier symptôme manque dans d'autres cas. Si la maladie est grave, l'amaurose succède à l'amblyopie, et l'ophtalmoscope permet alors de constater l'inflammation de la papille et de la rétine. Dans quelques cas, on a observé des épanchements sanguins et des exsudations sur la limite de la papille. Quand l'affection est de longue durée, elle peut se terminer par l'atrophie optique.

Nous avons dit (p. 188) qu'il était possible d'expliquer un certain nombre de cas de l'affection dont il s'agit sans faire intervenir une cause rhumatismale. Il nous paraît douteux, quoi qu'en pense Dransart, que l'amblyopie rhumatismale avec exophtalmie légère et douleurs péri-orbitaires puisse être occasionnée par une ténonite simultanée. On expliquerait aussi bien ces cas en admettant un gonflement dû périoste de la paroi postérieure de l'orbite qui comprimerait lé

nerf optique à son entrée dans la cavité orbitaire et la veine ophtalmique. *

La ténonite rhumatismale est une affection très rare, en comparaison surtout de la fréquence des affections rhumatismales qui atteignent les membranes séreuses des articulations, des fascias, des tendons, etc. , semblables, par leur structure, à la capsule de Tenon. Les principaux symptômes de la ténonite consistent en douleur dans les mouvements latéraux de l'œil, en exophtalmie légère, lorsqu'on presse sur le globe oculaire pour le reporter en arrière. Les paupières sont gonflées. On constate le chémosis, de la conjonctivite et l'hypersécrétion des larmes. S'il n'existe qu'une exsudation peu abondante dans la capsule de Tenon, il n'y a pas de trouble de la vue. Dans le cas contraire, l'exsudat peut comprimer les veines vertiqueuses de Stenon à leur passage dans la capsule de Tenon et donner lieu aux symptômes du glaucome (Just).

Weil etDiamentberger ont constaté, dans un certain nombre de cas, que le goitre exophtalmique, dont la nature nerveuse est aujourd'hui presque universellement admise, se rencontre dans l'évolution du rhumatisme.

D'après ces auteurs il s'agit là d'une coïncidence pathologique, qui, dans la plupart des cas, suit de plus ou moins près l'apparition du rhumatisme aigu ou chronique; dans d'autres cas, elle l'accompagne; dans d'autres enfin, elle ne se retrouve que dans les antécédents personnels ou héréditaires des rhumatisants au même titre que d'autres manifestations ressortissant nettement à la diathèse arthritique.

Les muscles de l'œil peuvent être atteints par le rhumatisme au point de présenter des symptômes de névralgie musculaire ou de •paralysie. Les douleurs provoquées par les mouvements de l'œil, dans les cas de névralgie, sont probablement dues aune affection des nerfs sensitifs qui se terminent dans les corpuscules de Golgi situés dans les tendons des muscles de l'œil. D'après J. W. Wright, si l'on exerce une pression sur le point où se trouve le tendon du muscle affecté, après avoir fait fermer les paupières on provoque de la douleur. La même sensation douloureuse se fait sentir quand le muscle agit pour mouvoir l'œil.

Les paralysies rhumatismales des muscles de l'œil sont plus fréquentes et mieux connues que la névralgie musculaire. Elles apparaissent subitement, à la suite d'un refroidissement. Au point de vue de leur localisation, elles appartiennent aux paralysies périphériques. Il n'est pas rare d'observer, avant l'apparition de ces paralysies, des névralgies qui occupent le côté correspondant de la tête et le pour-' tour de l'œil, et qui s'accompagnent parfois de vomissements. Les paralysies des muscles de l'œil occasionnent d'abord des vertiges, et

Page 1