‹ Les maladies des yeux dans leurs rapports avec la pathologie générale (volume 3)Chapitre 16 sur 284 · CENTRES SOUS-CORTICAUX DE LA VISION · texte numérisé non relu

CENTRES SOUS-CORTICAUX DE LA VISION

suite d'une lésion (encéphalomalacie) du lobe occipital gauche, la dégénérescence secondaire descendante avait gagné les radiations opti que. Cette dégénérescence a donc été constatée en dedans du corps genouillé interne.

a. Tubercules quadrijumeaux. — Stilling admet que les deux nerfs optiques s'entre-croisent en partie dans les tubercules quadrijumeaux antérieurs et que quelques libres optiques pénètrent dans leur profondeur même. M. Charcot, pour expliquer les faits cliniques de Famblyopie croisée dans les lésions de la partie postérieure de la capsule interne, avait été conduit à supposer que les fibres optiques qui n'étaient pas encore croisées dans le chiasma s'entre-croisaient dans les tubercules quadrijumeaux. D'après cette manière de voir, on ne trouverait dans chaque hémisphère occipital que des fibres optiques de l'œil opposé. Stilling a décrit aussi des fibres optiques qui se terminent dans les tubercules quadrijumeaux postérieurs; mais l'observation clinique prouve que ces tubercules peuvent être lésés sans qu'il survienne de troubles de la vue. Au point de vue anatomique, il est exact que certaines fibres des bandelettes optiques se continuent jusqu'aux tubercules quadrijumeaux postérieurs et au corps genouillé externe, mais elles sont complètement étrangères à la fonction visuelle ; elles naissent des commissures du chiasma, si bien étudiées par Gudden et Meynert.

Des expériences faites sur des animaux ont démontré que les tubercules quadrijumeaux servent aussi à la coordination des mouvements des globes oculaires. D'après Adamueck, les mouvements binoculaires des yeux sont réglés par les tubercules quadrijumeaux antérieurs, le droit présidant aux mouvements des deux yeux vers la gauche, et le gauche à leurs mouvements vers la droite.

En excitant expérimentalement les diverses parties d'un seul des tubercules quadrijumeaux antérieurs, on peut produire des mouvements très variés des yeux; mais les deux yeux sont toujours mis en action, et leurs mouvements ont lieu dans le même sens. Si les tubercules quadrijumeaux sont isolés par une coupe antéro-postérieure pratiquée sur la ligne médiane, l'excitation d'un seul tubercule antérieur ne produit que des mouvements de l'œil du même côté. Si l'excitation porte sur la partie médiane des tubercules quadrijumeaux antérieurs, on observe des mouvements des yeux en haut et, en même temps, de la dilatation des pupilles. Si on excite la ligne médiane, entre les tubercules quadrijumeaux postérieurs, les yeux convergeront pendant que la pupille se rétrécira (Beaunis). Plus l'excitation porte en arrière, plus les mouvements de convergence deviennent manifestes. Il est probable que, dans cette expérience, on excite en même temps le noyau antérieur de l'oculo-moteur commun.

C'est Herbert Mayor et Flourens qui ont eu l'idée que les tu-

hercules quadrijumeaux sont en rapport avec les mouvements réflexes amenant la dilatation ou le resserrement des deux pupilles. Flourens, après la destruction unilatérale des tubercules quadrijumeaux, observa la cécité d'un œil et la dilatation de l'iris homonyme. Mais Knoll prouva expérimentalement que la cécité résulte de la lésion simultanée de la bandelette optique, consécutivement à l'expérience ; la dilatation de l'iris est de même produite par une lésion du noyau du sphincter de la pupille. Selon Knoll, l'excitation des tubercules quadrijumeaux a pour conséquence la dilatation des pupilles, dilatation plus prononcée du côté où l'excitation a lieu.

L'excitation simultanée des deux tubercules quadrijumeaux antérieurs produit aussi des mouvements oscillatoires des yeux comparables à ceux qu'on désigne sous le nom de nystagmus. L'opisthotonos qui, dans les expériences de Ferrier, suivit l'électrisation des tubercules quadrijumeaux, doit probablement être attribué à l'excitation du pédoncule cérébral.

Les tubercules quadrijumeaux ne sont pas seulement des centres de l'organe visuel, car ils sont très développés chez des animaux privés de la vue (Taupe asiatique).

Chez l'homme, des lésions de ces corps ont amené, à diverses reprises, des symptômes à'ataxie. Ce phénomène n'a fait défaut que dans un seul cas, publié par Gowers. Dans les tumeurs des corps quadrijumeaux, l'ataxie présente tous les caractères de l'ataxie cérébrale, c'est-à-dire de l'ataxie de l'ivresse : l'équilibre pendant la marche est seul troublé ; les mouvements des extrémités supérieures restent normaux. Ce symptôme s'observe également dans des cas de tumeurs occupant d'autres parties du cerveau.

L'expérience clinique, l'anatomie et la physiologie ont démontré que les tubercules quadrijumeaux antérieurs sont seuls en rapport avec le sens de la vision. Kohts a publié un cas de destruction des tubercules quadrijumeaux postérieurs sans que la vue eût été affectée. On peut croire que la destruction d'un tubercule quadrijumeau antérieur doive entraîner l'hémianopsie homonyme du côté opposé (1). Mais dans tous les cas observés jusqu'ici, la lésion occupait les deux tubercules antérieurs à la fois. Il en était ainsi dans le cas publié par Pidoux (1871), où la maladie s'accompagnait de cécité complète et de dilatation des pupilles. Il a même été impossible de décider si les fibres optiques qui aboutissent aux tubercules quadrijumeaux exercent leur action dans toute l'étendue des deux moitiés des champs visuels représentées dans une bandelette optique. 11 serait possible que les trois centres sous-corticaux de la vision continssent en même

(I) Vulpiaa avait déjà établi que les tubercules quadrijumeaux jouaient un rôle dans l'acte de la vision; leur action est croisée, mais elle ne l'est pas exclusivement.

Page 1