‹ Les maladies des yeux dans leurs rapports avec la pathologie générale (volume 3)Chapitre 166 sur 284 · CYSTICERQUE · texte numérisé non relu

CYSTICERQUE

La présence de cysticerques dans les organes de la vue est très fréquente dans certaines parties de l'Allemagne, où la population a l'habitude de manger de la viande de porc crue. Par exemple à la clinique ophthalmologique de Halle on compte un cas de cysticerque sur mille cas de maladies oculaires. En Portugal on trouve selon Fonseca un cas de cysticerque sur deux mille cas de maladies oculaires. Cette maladie est aussi très répandue en Amérique. Elle est très rare en France où les premiers cas ont été observés par Desmarres, Follin et Sichel père. Elle est assez rare en Autriche et en Angleterre.

On sait que le cysticercus cellulosae est le bourgeon du taenia solium, qui se trouve dans le porc, tandis que le bourgeon du taenia mediocannellata du bœuf ne peut arriver à se développer chez l'homme.

Le cysticercus cellulosœ a été trouvé jusqu'ici dans les parties suivantes de l'œil humain : dans la chambre antérieure, dans le corps vitré, dans des épanchements sous-rétiniens (entre la rétine et la choroïde), dans l'orbite, dans le tissu sous-conjonctival et sous la peau des paupières.

Dans l'orbite le cysticerque se développe. en dehors de l'entonnoir musculaire. On l'observe ici, ainsi que sous la conjonctive et sous la paupière, comme un kyste rempli d'un liquide séreux. L'excision et l'examen anatomc-pathologique nous enseignent dans de tels cas qu'il s'agit en effet de cysticerque.

L'endroit où on trouve le plus fréquemment des cysticerques dans l'intérieur de l'œil est l'espace sous-rétinien. Le germe du cysticerque a probablement, dans de tels cas, envahi le courant sanguin et a pénétré ensuite dans le tractus uvéal; il arrive rarement dans les vaisseaux de la rétine. Les premières altérations occasionnées par un cysticerque sous-rétinien consistent dans une infiltration gris pâle des couches externes de la rétine. Après deux à quatre semaines on observe déjà la formation du kyste au même endroit, il peut se développer dès le début dans l'espace sous-rétinien, mais quelquefois il y arrive plus tard après avoir perforé une partie de la choroïde ; dans ce cas on peut souvent observer à Toplithalmoscope l'endroit de la perforation, qui se manifeste comme une petite partie atrophiée de la choroïde.

Souvent le kyste descenddans l'espacesous-rétinien,il arrive dans la partieinférieure del'épanchementsous-rétinienet pénètre dansle corps vitré après avoir perforé la rétine. Le chemin parcouru de cette mànièrepar lecysticerquepeut se manifester par des altérations du fond de

l'œil qu'on observe à l'aide de rophthalmoscope dans une période ultérieure. Dans d'autres cas le cysticerque arrive de si bonne heure dans le corps vitré, que l'endroit de la perforation ne peut être observé à cause de ses petites dimensions. Dans le corps vitré lui-même le cysticerque se montre sous forme d'un petit kyste d'un diamètre de 3 à 6 millimètres. On a pu observer à l'ophthalmoscope les mouvements de la tête et les mouvements en avant et en arrière de ses ventouses.

Dans la chambre antérieure de l'œil le cysticerque se présente comme un kyste libre ou attaché à l'iris. On reconnaît ordinairement la présence du cysticerque sous-rétinien par les couleurs irisantes d'interférence des bords, par la coloration blanchâtre de la tête et par la proéminence de l'endroit où le parasite est placé.

Les troubles de la vue concomitants sont différents selon la place du parasite. Ils peuvent être minimes ou même manquer complètement dans les cas de siège sous-rétinien ou périphérique du cysticerque. On connaît des cas où le malade ne soupçonnait guère la présence du cysticerque dans son œil. Hirschberg raconte un cas où on a découvert par hasard un cysticerque dans l'œil d'un ouvrier, qui se présentait pour faire enlever un corps étranger pénétré dans l'œil. Dans d'autres cas les sensations subjectives consistaient en une lacune dans le champ visuel ou bien c'était un scotome positif peu étendu. Les symptômes subjectifs ne deviennent graves que quand la présence du parasite occasionne l'iritis ou l'iridochorioïdite. L'augmentation de la tension intra-oculaire peut aussi causer le développement de glaucome. Les cas de panophthalmie, décrits par quelques auteurs à la suite d'un cysticerque intra-oculaire, ne sont pas suffisamment établis.

Le pronostic de cette affection est toujours grave. La conservation de l'œil n'est possible que si on enlève le kyste. Si le parasite se trouve dans la chambre antérieure de l'œil on arrive à l'enlever ou par une ponction simple de la chambre antérieure ou en faisant une iridectomie, tandis que la présence du parasite dans les parties profondes de l'œil nécessite l'extraction à l'aide d'une incision équatoriale.

Pour trouver l'endroit où est placé le parasite on se sert d'un ophthalmoscope de localisation inventé par A. Graefe. L'extraction des kystes sous-rétiniens est facilitée par l'emploi de cet appareil.

S'il existe déjà des symptômes de phthisie douloureuse de l'œil, si le globe oculaire est mou et la vue très diminuée, alors l'extraction du parasite ne peut plus amener la guérison et il faut procéder à l'énucléation de l'œil. '

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