‹ Les maladies des yeux dans leurs rapports avec la pathologie générale (volume 3)Chapitre 172 sur 284 · SEPTICÉMIE · texte numérisé non relu

SEPTICÉMIE

La propagation des germes infectieux par les vaissaux peut occasionner dans des cas de pyémie et de septicémie des affections graves de l'œil. On est frappé de la fréquence des complications oculaires survenant surtout dans des infections septicémiques qui ont leur point de départ dans une affection des organes génitaux chez la femme.

On observait aussi des affections septiques du globe à la suite d'opérations chirurgicales, de l'inflammation de la veine ombilicale des nouveau-nés, l'empyème, la phlébite, la carie de la base du crâne, l'abcès de la prostate (Haltenhoff) et la tuberculose pulmonaire, où le processus tuberculeux était évidemment compliqué d'une infection septique secondaire.

La rétinite septique est uni ou bilatérale. C'est quelquefois la seule affection septique de l'œil, elle se montre très peu avant la mort; dans d'autres cas on la trouve en même temps que la choroïdite septique ou l'affection septique du corps vitré. La rétinite septique est caractérisée par la présence d'hémorrhagies plus ou moins étendues, qui se trouvent quelquefois tout près des vaisseaux, quelquefois à une certaine distance, et par la présence de plaques blanches. Au centre des hémorrhagies quelquefois des foyers blanchâtres apparaissent.

Les plaques blanches ne sont pas des amas de leucocytes comme on aurait pu le croire, ce sont au contraire des petites nécroses circonscrites du tissu rétinien, occasionnées par l'obstruction du calibre des petites artères et des capillaires par des amas de microbes. Roth qui le premier a décrit cette forme de rétinite croyait qu'elle était occasionnée par une altération chimique du sang. Cet auteur pensait que les cas chroniques ou subaigus surtout disposaient à cette forme

de rétinite. Dans les cas qu'il cite et dans deux cas de Virchow on trouvait, en dehors des altérations ci-dessus décrites, quelques petites taches blanchâtres dans la rétine près de la papille ; elles étaient formées de fibres nerveuses hypertrophiées et variqueuses, de tissu conjonctif de nouvelle formation et de cellules granulées. Des recherches microscopiques de date plus récente ont démontré que souvent le nerf optique était attaqué dans la rétinite septique, quelques-uns de ses vaisseaux étaient remplis de microcoques et il existait des hémorrhagies autour de ses vaisseaux.

L'établissement du diagnostic de la rétinite septique est souvent d'une grande importance, car la présence des hémorrhagies et des plaques dans la rétine rend probable l'existence d'une septicémie ou d'une endocardite, infectieuse.

Bien plus difficiles à saisir au début sont les symptômes cliniques de la chorioïdite septique décrite aussi sous le nom de chorioïdite métastatique. L'œil est poussé en avant, ses mouvements sont difficiles. Les paupières sont fortement gonflées, la cornée est, au début de l'affection, transparente, plus tard elle se trouble. L'humeur aqueuse est trouble ou bien il se forme un hypopyon. Les bords pupillaires de l'iris sont adhérents à la capsule antérieure. Le corps vitré -contient des flocons fins ou il est entièrement troublé. Si on arrive encore à éclairer à l'aide de l'ophthalmoscope le fond de l'œil, on peut quelquefois constater l'existence de la rétinite septique simultanée. La vue disparaît ordinairement très vite, pendant que le malade se plaint de douleurs de tension très fortes dans l'œil. Le malade finit toujours par perdre la vue. La phthisie du globe oculaire qui suit la chorioïdite métastatique est observée sous deux formes différentes. Dans la première le corps vitré et la chambre antérieure se remplissent très vite de pus, le gonflement de la conjonctive et l'exophthalmie deviennent très accentués, la sclérotique finit quelquefois par se rompre, quelquefois la suppuration occasionne la destruction de la cornée suivie d'une atrophie considérable du globe. Dans l'autre forme il se développe une inflammation lente dans le tractus u'véal, avec formation d'hypopyon. Le globe oculaire s'atrophie peu à peu, sans que les parois se rompent, et il conserve sa forme. La cornée reste claire, la chambre antérieure est conservée. Il va sans dire qu'on trouve des formes intermédiaires entre ces deux extrêmes.

L'examen anatomique pathologique d'yeux atrophiés à la suite de la choroïdite métastatique a montré les mêmes altérations qu'on a trouvées dans les panophthalmies septiques se" développant à la suite de l'extraction de cataracte ou de la pénétration d'un corps étranger dans l'œil.

Virchow a démontré que la choroïdite septique est causée par une embolie septique. Il a trouvé en effet dans un cas de panophthalmie

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des deux yeux, survenant à la suite d'endométrite ulcéreuse, des embolies capillaires dans la rétine.

La choroïdite métastatique peut être unilatérale ou double. L'un des yeux peut être attaqué plusieurs jours après l'autre. (Dans le cas de Hennius, cet intervalle était de douze jours.) Le pronostic au point de vue de la conservation de l'œil est toujours absolument défavorable, au point de vue de la vie très douteux, mais pas absolument mauvais. Kcenigstein a observé dans onze cas de choroïdite métastatique, deux cas où la vie a été conservée. Hofmokel a observé une infection puerpérale où il existait une pneumonie bilatérale, un gonflement du genou gauche avec œdème de celte même extrémité et une choroïdite avec atrophie de l'œil. Après avoir fait l'énucléation du globe oculaire et donné issue au pus du genou par une incision, il fixa l'extrémité dans un appareil plâtré et la malade guérit complètement.

Le phlegmon orbitaire a été souvent observé à la suite de la pyëmie; il est probablement très fréquemment dû à la présence simultanée d'une thrombose du sinus caverneux.

La kératomalacie qu'on observe à la suite de maladies infectieuses très graves et chez des enfants affaiblis par la diarrhée est d'origine septique, selon des recherches nouvelles. Manz croit que le bacille de la xérose qu'on trouve dans quelques cas de la nécrose de la cornée peut seulement diminuer la résistance du tissu, sans qu'il soit la cause du processus suppuratif. C'est justement dans les maladies infectieuses graves, avec des complications septiques, qu'on à observé la kératomalacie.

La suppuration de la cornée est probablement dans ces cas la manifestation locale de la sepsie générale. Leber et Wagenmann ont en effet appuyé cette opinion dans une observation où la nécrose infantile de la conjonctive était le symptôme local d'une invasion de streptocoques dans le courant sanguin. Le pronostic très mauvais pour la vie dans les cas de kératomalacie, s'explique justement par l'infection septique générale qui l'occasionne.

Michel et Rindfleisch ont fait des recherches expérimentales très intéressantes sur la kératite septique. Ils n'ont jamais trouvé des microbes dans le pus de l'hypopyon, ni dans l'iris, ni dans la chambre postérieure de l'œil dans des cas d'inoculation de streptocoques dans la cornée. Leurs recherches anatomo-pathologiques ont démontré que dans la kératite septique par inoculation la membrane de Descemet n'est jamais attaquée et les microbes n'y pénètrent jamais.

Les microorganismes n'avaient pullulé qu'à l'endroit de l'inoculation; cet endroit était entouré d'une couche hyaline, autour de laquelle il se formait une infiltration purulente du tissu de la cornée. Cette infiltration se propageait ensuite dans toute l'étendue de la cor-

née. Ici non plus on ne pouvait démontrer des microbes. Michel et Rindfleisch supposent donc que l'inflammation dans la cornée ainsi que dans l'iris est due aux produits toxiques des microorganismes.

Comme nous l'avons vu pour la kératomalacie on trouve aussi dans la conjonctive des symptômes locaux qui peuvent être la manifestation locale d'une sepsie générale. En dehors du cas déjà mentionné de Leber, le cas de H. Adler d'un abcès métastatique de la conjonctive appartient à cette catégorie. 11 s'agit d'une femme de soixante-cinq ans qui souffrait d'une affection des articulations débutant avec la fièvre. La malade était atteinte très peu de temps avant de bronchite purulente. Il se développa chez elle un abcès sous-conjonctival à l'œil gauche, qui s'ouvrait spontanément quelques jours après dans le sac eonjonctival. En même temps il se développa une irido-choroïdite subaiguë au même œil, qui guérissait sans altérations de l'acuité visuelle. L'examen bactériologique du pus de l'abcès sous-conjonctival démontrait la présence du staphylococcus aureus. Il s'agissait probablement dans ce cas d'une invasion de staphylocoques qui avait pris son point de départ dans la bronchite purulente.

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