INTOXICATION PAR LE TABAC
serve également que l'on rencontre une plus grande proportion d'amblyopie toxique parmi les professions qui nécessitent une lutte plus difficile pour l'existence ; ce sont, par exemple, les aubergistes, les cultivateurs, les conducteurs de chemins de fer.
Les observations les plus nombreuses d'amblyopie tabagique ont été recueillies en Angleterre, non seulement chez les hommes, mais même chez les femmes. Ce fait a été prouvé par des discussions très intéressantes qui ont eu lieu à la société anglaise d'ophthalmologie. C'est entre trente-cinq et soixante-cinq ans que l'on rencontre surtout l'amblyopie tabagique. Sa fréquence commence à diminuer après quarante ans, parce que après cet âge on abuse déjà'moins du tabac. Très souvent, en effet, les grands fumeurs éprouvent alors des palpitations de cœur qui les forcent à user plus sobrement du tabac. L'habitude simultanée du tabac et de l'alcool favorise le développement de l'amblyopie tabagique ; dans beaucoup de cas, en effet, l'intoxication est mixte, causée à la fois parle tabac et par l'alcool.
Les symptômes qui accompagnent l'amblyopie tabagique sont l'anorexie, le dégoût de la viande, de la constipation alternant avec de la diarrhée. Le sommeil est insuffisant ou manque tout à fait. Le pouls est plus fréquent, la force musculaire est affaiblie, les mains tremblent. Les malades se plaignent de perdre la mémoire ou de la voir diminuer; le travail intellectuel les fatigue beaucoup ; puis il se produit de l'amnésie et de l'inaptitude au travail. On observe aussi de l'impuissance génésique et de l'affaiblissement de l'ouïe, quelquefois des symptômes d'hystérie toxique (hystérie tabagique) (1).
Les troubles de la vue consistent dans le développement d'un scotome central négatif, situé en dehors du point de fixation et se continuant presque jusqu'au punctum caecum. L'étendue du scotome est de \ 8 à 20 degrés dans le diamètre horizontal. En dedans du scotome, la perception du contraste du blanc et du rouge ne se produit plus; celle du blanc et du noir est affaiblie. L'acuité visuelle est diminuée ; mais elle l'est moins dans la moitié nasale du scotome que dans la moitié temporale.
En se livrant à un examen très attentif, on remarque toujours une lacune ovalaire dans ia perception du rouge et plus tard, dans celle du vert, si l'on examine le scotome avec de petits objets (d'un diamètre de 5mm). Dans des cas graves, cette lacune peut se propager en haut et en bas jusqu'aux limites périphériques du rouge; de sorte que la zone rétinienne qui aperçoit le rouge est séparée en deux moitiés, qui se réunissent de nouveau en cas d'amélioration.
En général, il n'y a pas de rétrécissement dans la périphérie du champ visuel; mais il y a des cas exceptionnels où le scotome central est accompagné d'un rétrécissement périphérique (La wford).
: (1) Gilbert, .Soc. méd. des hôpitaux, 1889, 25 octobre.
Ces derniers cas sont, heureusement, très rares; ils sont très défavorables ; malgré l'abstinence absolue de tabac et un traitement tonique, ils se terminent par l'atrophie progressive du nerf optique, sans qu'il y ait cependant aucune complication cérébrale ou spinale. Dans certains cas de ce genre, l'amaurose se développe très rapidement, par la progression du scotome central vers la partie périphérique du champ visuel.
Les troubles visuels se développent presque toujours très lentement, sauf quelques cas exceptionnels où leur production est brusque. Dans les amblyopies tabagiques très développées, l'acuité visuelle peut être réduite à un quart et même à un dixième de l'acuité visuelle normale. Elle est quelquefois meilleure au crépuscule qu'au moment où le soleil est le plus fort. Il se produit très souvent chez ces malades des images complémentaires très prolongées.
L'examen ophthalmoscopique des cas très développés montre que la papille est un peu moins transparente qu'à l'état normal. On remarque un contraste très prononcé entre la coloration rose-clair de la partie nasale et l'aspect blanc-grisâtre de la moitié temporale de la papille optique. Les artères rétiniennes sont quelquefois légèrement rétrécies. Dans un certain nombre de cas, au contraire, malgré des symptômes très accusés d'amblyopie tabagique, on a trouvé le fond de l'œil normal.
Pour établir le pronostic de l'amblyopie tabagique, il faut savoir avant tout si le malade peut renoncer complètement au tabac. Si cette privation lui est possible et s'il n'existe ni rétrécissement périphérique du champ visuel, ni signes d'atrophie optique appréciables à l'ophthalmoscope, le pronostic est très favorable. Il faut se rappeler cependant que les troubles visuels peuvent être aussi des symptômes prodromiques de paralysie générale. Aussi, devra-t-on garder une grande prudence dans le pronostic , surtout en présence des intoxications par l'alcool.
Lorsque, dans un cas d'amblyopie tabagique, l'acuité visuelle est extrêmement diminuée le traitement ne doit plus laisser d'espoir.
Dans les affections de la vue, le traitement général a toujours une très haute valeur. En présence de troubles de là digestion, il faut employer les alcalins et fortifier le malade.
L'amblyopie toxique doit être traitée par des injections hypodermiques de strychnine. Power recommande de faire prendre du fer par la voie stomacale; Frost conseille l'iodure de potassium.