‹ Les maladies des yeux dans leurs rapports avec la pathologie générale (volume 3)Chapitre 252 sur 284 · INTOXICATION PAR LE JABORANDI ET LA PILOCARPINE · texte numérisé non relu

INTOXICATION PAR LE JABORANDI ET LA PILOCARPINE

Par suite de l'usage fréquent de ce médicament, dans la pratique générale, on connaît bien les troubles oculaires qu'il détermine.

Vingt à quarante minutes après une injection hypodermique de pilocarpine, il se produit une hypersécrétion lacrymale. Les pupilles sont contractées au point de n'être pas plus larges qu'une tête d'épingle, et ne réagissent pas à la lumière.

Il n'est pas possible d'expliquer ce myosis par le fait d'un simple spasme du sphincter de la pupille ; il est probable que ce spasme est accompagné d'une dilatation des vaisseaux iriens.

Les troubles visuels qui se manifestent par l'action de la pilocarpine sont causés en partie par l'hypersécrétion des larmes, et en partie par le spasme du muscle de l'accommodation, qui exagère la courbure du cristallin et produit ainsi la myopie. C'est par la première cause que l'on peut expliquer les mouches volantes et les brouillards irisés ; ces phénomènes sont, d'ailleurs, sans importance et disparaissent dès que l'œil du malade est essuyé. Cependant, il y a des cas exceptionnels où la cécité est presque absolue pendant une heure ou une heure et demie ; d'autres fois, les malades se plaignent de voir tout à travers un épais nuage. On explique ces phénomènes en admettant un trouble de la circulation intra-oculaire. Mais nous pensons qu'il serait plus vraisemblable de croire que la pilocarpine, à dose toxique, peut paralyser les parties périphériques du nerf optique.

C'est à cette période de l'intoxication, où l'amblyopie toxique se manifeste, que l'on constate la mydriase ou la disparition des myosis. Nous en donnerons comme exemple une observation de Fuhrmann, où l'injection hypodermique d'une dose de 2 centigrammes seulement de pilocarpine avait déterminé les symptômes suivants : rougeur de la face et du cou, puis de tout le corps, sueurs profuses; après quelques minutes, apparition de la sécrétion sudorale ; puis, subitement, symptômes d'angine de poitrine, et signes d'eedème pulmonaire. Le malade ne pouvait pas reconnaître la Qgure d'une personne à une distance de 20 centimètres, bien que son œil gauche eût auparavant une acuité visuelle normale. Il y avait du collapsus et le pouls était petit et fréquent. L'amblyopie persista pendant deux heures et demie, ainsi que la diaphorèse.

Page 1