‹ Les maladies des yeux dans leurs rapports avec la pathologie générale (volume 3)Chapitre 77 sur 284 · ÉPILEPSIE · texte numérisé non relu

ÉPILEPSIE

Les troubles fonctionnels de l'organe de la vue sont très fréquents dans Fépilepsie. Comme prodrome d'attaque on a constaté le rétrécissement du champ visuel (Finkelstein) augmentant progressivement avant l'accès et disparaissant après. Les troubles de la perception des couleurs sont communs quelque temps avant l'attaque, mais ils ne sont pas constants (Hôsslin, Finkelstein). Le plus souvent la sensation du vert manque. De même, des troubles passagers de l'olfaction et du goût peuvent précéder les attaques.

Dans quelques cas, surtout chez lesépileptiques pyschopathes, on a constaté l'inégalité des pupilles avant l'accès, mais ce signe disparaît après. C'est ainsi que G. Masso l'a constaté dans 22 p. 100 des cas d'épilepsie. On a également observé, comme aura ou pendant Y aura, la perception subjective de lumière et de couleurs, la micropsie, la mégalopsie, de véritables hallucinations pendant lesquelles ]e malade se croit entouré d'hommes ou d'animaux.

Hilbert a fait connaître le cas d'un épileptique sujet à des accès de xanthopsie (pendant 24 heures le malade voyait tous les objets colorés en jaune) : l'accès de xanthopsie précédait chaque attaque épileptique. Pour cet auteur, la xanthopsie, dans ce cas, n'est en quelque sorte qu'une hallucination des couleurs.

Au début de l'attaque les pupilles sont dilatées, immobiles à la lumière et la face est pâle; Nothnagel attribue ces deux phénomènes à l'irritation du grand symphatique. Mais comme il n'existe pas de dilatateur de la pupille, il faut attribuer la dilatation des pupilles à la

ÉP1LEPS1E. 123

contraction des vaisseaux iriens. Cette anémie de l'iris n'est, à notre avis, qu'un symptôme d'anémie cérébrale, les vaisseaux de l'iris étant, comme on le sait, les branches terminales des vaisseaux cérébraux.

L'examen ophthalmoscopique, fait pendant l'accès, montre qu'il existe bien de l'anémie dans les branches de la carotide interne. Hughlings Jackson a constaté Y anémie de la papille optique pendant l'attaque épileptique.

Teobaldi a observé qu'immédiatement après l'accès les arières de la rétine étaient rétractées, tandis que les veines rétiniennes étaient dilatées.

Les recherches de Knies sur l'état des vaisseaux rétiniens pendant l'attaque sont de la plus haute importance. Cet auteur a constaté que dix à vingt secondes avant l'accès, les artères rétiniennes sont resserrées, que cette rétraction dure pendant l'attaque pour disparaître après. Les veines rétiniennes, qui ont conservé leur calibre normal pendant l'attaque, se dilatent ensuite. Les mêmes altérations se produisent très vraisemblablement dans le calibre des vaisseaux du cerveau (d'abord rétrécissement des artères dû à l'accumulation des substances toxiques (acide carbonique?), puis retour à l'état normal.

Knies a observé un épileptique avec des accès qui détermineraient, pendant plusieurs minutes, une cécité absolue de l'œil droit. Le champ visuel se rétrécissait de plus en plus et finissait par être réduit à zéro. D'après Knies, il s'agirait probablement d'épilepsie fruste consistant en un spasme des vaisseaux rétiniens.

Il n'est pas rare de constater pendant l'attaque des contractions cloniques rotatoires des muscles oculaires. Parfois les bulbes oculaires présentent une déviation conjuguée toujours du même côté. Ce phénomène est probablement produit par l'excitation des centres corticaux de la coordination des muscles de l'œil.

Après l'attaque, les malades sont fréquemment atteints de scotome scintillant. Leur rétine est très vite fatiguée par l'impression de la lumière (Finkelstein). Les pupilles présentent quelquefois, après l'accès, des oscillations rythmiques (Michel, loc. cit., p. 521).

Dans l'intervalle des attaques, plusieurs auteurs (Albutt, Teobaldi) ont encore observé une dilatation des veines rétiniennes et nous en avons vu nous-même des exemples.

Schleich, qui a pratiqué l'examen ophthalmoscopique chez 127 épileptiques, a observé, en dehors de la dilatation des veines rétiniennes, la pâleur de la moitié temporale de la papille dans 8 cas, et, dans 52 cas, une légère altération de la couleur du fond de l'œil, sans qu'il y eut de troubles fonctionnels; la dilatation des veines était le phénomène le plus fréquent. En outre, d'après cet auteur, il ne

serait pas rare de constater un léger effacement des limites de la papille et des parties voisines de la rétine.

D'après les auteurs récents, la névrite optique et l'atrophie des nerfs optiques n'existent pas dans l'épilepsie essentielle. Ces altérations du fond de l'œil s'observent, au contraire, dans l'épilepsie symptomatique, c'est-à-dire là où l'accès épileptiforme n'est que le symptôme d'un processus cérébral grave (8 à 9 p. 100 des cas d'épilepsie d'après Pichon).

La statistique de Labor démontre qu'il n'existe pas d'amaurose épileptique ou d'épilepsie rétinienne. Les troubles décrits sous ce nom ne sont autre chose que des accès d'hémianopsie passagère de l'hystéro-épilepsie. S'il est permis d'employer le nom d'amaurose épileptique, c'est dans les cas de Knies, dont nous avons parlé plus haut.

Hughlings Jackson, qui, le premier, a décrit cette forme à'amaurose passagère, l'attribue au spasme des vaisseaux rétiniens, comme l'attaque épileptique elle-même est la conséquence du spasme des vaisseaux cérébraux.

Feré a observé chez un épileptique les symptômes de Graefe et de Stellwag. Le premier consiste, comme l'on sait, dans l'immobilité de la paupière supérieure pendant que le regard est dirigé en bas ; le second dans la rétraction de la paupière supérieure accompagnée d'une diminution dans la fréquence du clignotement.

Dans deux autres cas, il a également observé la rareté du clignotement des paupières avec immobilité presque absolue de la paupière supérieure lorsque l'œil regardait en bas. Il reste à savoir s'il faut considérer ces symptômes comme une complication de l'épilepsie, qui serait accompagnée de goitre exophthalmique.

Feré attire en outre l'attention sur la fréquence de l'hétérechromie de l'iris chez les épileptiques. Il a observé le fait 31 fois sur 115 cas d'épilepsie. L'hétérechromie serait, d'après lui, un stigmate de névropathie.

Feré et Vignes ont cherché à déterminer la fréquence de Yastigmatisme chez les épileptiques. Ils ont trouvé qu'il est en effet très fréquent et coïncide toujours avec d'autres malformations des yeux ou de l'œil correspondant. Nous reviendrons plus tard sur cette question, et nous examinerons quel rôle l'astigmatisme joue dans l'apparition des attaques épileptiques. L'image diffuse de la rétine, la tendance de la rétine à apprécier la véritable forme d'objets d'après des images diffuses, la forte irritation du nerf optique, enfin les anomalies de la fonction des muscles oculaires seraient, d'après quelques auteurs, d'une certaine importance dans la production des attaques d'épilepsie.

Page 1