MIGRAINE OPHTHALMOPLÉGIQUE
Sous ce nom Charcot a décrit une affection connue en Allemagne sous le nom de Periodische Oculo-motoriuslàhmung (paralysie périodique de l'oculo-moteur commun). Étant donnée son analogie incon-
testable avec la migraine et la fréquence des douleurs intenses dans cette affection, la nomenclature de Charcot est justifiée. Au début on observe des douleurs intenses unilatérales, localisées le plus souvent dans la région des tempes et se propageant vers l'occiput. Elles sont accompagnées de nausées et de vomissements.
Les douleurs disparaissent aussitôt qu'on voit survenir les symptômes de paralysie des muscles de l'œil. Nieden rapporte le cas très curieux d'un malade qui, après avoir atrocement souffert pendant des semaines, a vu les douleurs se calmer à. la première apparition des symptômes de paralysie. Les symptômes de paralysie musculaire sont : le ptosis, la paralysie des droits supérieur, interne et inférieur, du petit oblique inférieur, l'abolition du réflexe pupillaire à la lumière et à l'accommodation.
Toutes les branches de l'oculo-moteur commun ne sont pas atteintes au même degré. Il peut arriver aussi que l'oculo-moteur commun soit intact et que d'autres nerfs crâniens soient atteints.
Dans un cas rapporté par Vissering les muscles intrinsèques de l'œil étaient atteints à un degré moindre que les muscles extrinsèques. Dans le cas de Nieden l'oculo-moteur commun était resté intact, tandis que l'oculo-moteur externe et le facial étaient paralysés.
Ordinairement la paralysie ne frappe qu'un côté, et c'est toujours le même œil dont les muscles sont pris à chaque attaque. Quant à la marche de la maladie, il faut distinguer deux formes : 1° Ja durée de l'attaque est courte (quatre à six jours), mais les accès se succèdent à un intervalle très rapproché; 2° la durée de l'attaque est plus longue (plusieurs semaines), mais les intervalles sont aussi plus longs. Dans un cas de Joachim cet intervalle a été de deux ans.
Quelquefois une attaque est fruste (Vissering), et celles qui lui succèdent sont au contraire d'une grande intensité.
Dans quelques cas, les attaques de paralysies périodiques des muscles oculaires ont été accompagnées d'autres symptômes (diminution de la sensibilité des parties de la peau innervée par le trijumeau, ptyalisme,, larmoiement et léger œdème du pourtour de l'œil dans le cas de Vissering ; paralysie de quelques branches de l'hypoglosse, dans un autre cas de migraine ophthalmoplégique).
Dans l'intervalle entre les accès de migraine ophthalmoplégique on constate très souvent l'existence de douleurs légères et quelques symptômes passagers de paralysie. L'affection débute ordinairement dans le jeune âge et est précédée d'accès de migraine. Le plus souvent elle atteint les femmes (16 fois sur 20). La guérison complète est très rare. L'affection peut même se terminer par la paralysie persistante de l'oculo-moteur commun, comme par exemple dans le cas observé par Charcot. L'étiologie de l'affection est inconnue. Quelques auteurs invoquent le traumatisme ou la tare nerveuse.
MIGRAINE OPIITIIALMOPLÉGIQUE. 1,'tO
L'analogie de cette affection avec la migraine ophthalmique est Frappante. Les deux affections débutent par des maux de tête, suivis de troubles fonctionnels du nerf optique (dans la première), ou de quelques nerfs moteurs de l'œil (dans la seconde alfection).
D'après Vissering (élève de Striimpell), la cause intime de cette affection serait une auto-intoxication, produite par l'accumulation (rétention) des produits toxiques de l'échange (1).
En dehors de la migraine ophthalmique, Tépilepsie, la paralysie des extrémités de Westphal et peut-être l'hémoglobinurie périodique seraient aussi d'après Vissering, des symptômes d'auto-intoxication.
Il est probable que, dans lecasd'Emmert (2), il s'agissait d'une autointoxication périodique. Une enfant de onze ans fut atteinte onze fois d'attaques d'amaurose passagère. Ces" attaques étaient précédées chaque fois de congestions de la tête.
Diagnostic différentiel. — Il est impossible de confondre cette affection avec une tumeur cérébrale ou avec le tabès dorsal. Dans le premier cas, les paralysies des muscles de l'œil sont persistantes ; dans le tabès, il existe en même temps d'autres symptômes.
L'observation de Gharcot est d'un grand intérêt. Il s'agit d'une femme âgée de trente-cinq ans, bien portante d'ordinaire. A l'âge de trente ans, première attaque (ce qui est assez rare ; il faut cependant ajouter que déjà depuis l'âge de quinze ans jusqu'à vingt-trois ans elle souffrait de migraines).
Cette première attaque dura deux mois. L'année suivante survint une autre attaque plus courte. Après ce dernier accès, la santé générale ne se rétablit plus; pendant les trois années suivantes, la malade éprouva des douleurs et des paralysies avec exacerbations de temps en temps.
Les symptômes de paralysie ne disparurent pas complètement après la deuxième attaque. 11 importe de noter que l'oculo-moteur externe fut aussi atteint.
Il s'agissait évidemment dans ce cas d'altérations persistantes des nerfs localisées dans la base du crâne.
Au début de l'affection les symptômes ci-dessus décrits sont, d'après Charcot, produits par des troubles circulatoires. Comme traitement ce savant prescrit du bromure de potassium (5 à 6 grammes par jour) ou de l'iodure de potassium. Vissering prescrit de l'antipyrine.
(1) Les attaques épileptiques seraient le résultat d'accumulation de substances toxiques élaborées dans l'économie et provoquant des convulsions.
(2) Emmert, Arch. f. Augenheilk., V, p. 402.