HERPÈS ZOSTER OPHTHALMIQUE
L'herpès zoster appartient sans aucun doute au groupe d'affections dues aux troubles trophiques et vasomoteurs du trijumeau.
L'herpès zoster ophthalmique est consécutif aux altérations du ganglion de Gasser et des branches du trijumeau, qui en sortent, ce qui résulte d'une autopsie faite par Wyss en pleine éruption d'herpès. La branche ophthalmique du trijumeau était d'une coloration gris rougeâtre et d'une consistance gélatineuse. Les faisceaux nerveux étaient séparés les uns des autres par un tissu gris rougeâtre, riche en vaisseaux très fins. Les mêmes altérations anatomo-pathologiques se montrèrent sur la branche ophthalmique de Willis, à partir de sa
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portion orbilaire jusqu'aux ramifications périphériques. Dans la portion comprise entre le ganglion'dè Gasser et l'orbite, l'ophthalmique de Willis était entourée de nombreuses extravasations sanguines. Le ganglion de Gasser était le siège d'un gonflement œdémateux.
Les altérations du tiers interne du ganglion de Gasser, d'où sort la première branche du trijumeau, étaient celles qu'on trouve dans une inflammation aiguë : forte hyperémie et infiltration cellulaire considérable dans le tissu interstitiel du ganglion (Wyss). Des altérations analogues ont été constatées à l'autopsie par Baerensprung dans un cas d'herpès zoster intercostal où les ganglions intervertébraux ont été trouvés lésés.
Nous reviendrons plus tard sur les manifestations cliniques de l'herpès ophthalmique. Pour le moment nous nous bornerons aux remarques suivantes:
En présence d'une sécrétion lacrymale exagérée, accompagnée d'un léger œdème, il se forme sur la cornée des groupes de vésicules, dont le contenu est clair, ou bien quelquefois trouble. Ces vésicules se rompent pour former des ulcérations au pourtour desquelles on aperçoit des lambeaux épithéliaux.
Dansles cas d'affection grave, les ulcérations sont groupées en forme de chapelet ; parfois des lignes opaques apparaissent dans la cornée en forme de fourche. Le fond des ulcérations est gris ou d'un gris jaunâtre. Leur ensemble rappelle, suivant la comparaison bien juste de Michel, une grappe de raisin.
L'herpès des paupières est tout à fait analogue à l'herpès de la peau. Dans l'herpès zoster ophthalmique, la température du côté affecté dépasse jusque de 2 degrés celle du côté opposé, d'après les recherches de Horner. Cette élévation de température dure ordinairement deux mois et peut être accompagnée d'une diminution de la tension intra-oculaire; ces symptômes disparaissent petit à petit dans l'espace d'un mois à six semaines.
Dans les quatre-vingts cas d'herpès zoster par affection du nerf ophthalmique de Willis recueillis par Kocks, l'œil (le plus souvent le gauche) était affecté quarante-six fois ; la tension intra-oculaire était diminuée dans vingt cas. L'iris était intéressé quatorze fois, dix fois l'altération de l'iris était accompagnée de celle de la cornée.
Jessop prétend que le globe oculaire participe à l'affection, lorsque le nerf frontal est intéressé à son tour. D'après cet auteur, l'herpès zoster ophthalmique peut être accompagné des symptômes suivants : augmentation de la tension intra-oculaire, kératite ponctuée, avec iritis, anesthésie de la cornée, kératite superficielle, phlyetènes, ulcère de la cornée. Quelques auteurs, et parmi eux Hutschinson, notent encore l'œdème des paupières et de la conjonctive, la mydriase et quelquefois le myosis et l'inflammation très légère de la papille op-
tique. Ce dernier symptôme, accompagné de dilatation de l'artère ophthalmique, a été constaté à l'autopsie par Jessop.
Les recherches futures nous démontreront peut-être s'il existe une relation entre la présence d'une névrite optique et la lésion du trijumeau. Il semblerait cependant que l'observation de Kalt, où une trophonévrose était accompagnée d'altérations de la papille, doive faire admettre cette hypothèse.
Nous ne pouvons par contre admettre l'opinion de Jessop, qui pense que les complications oculaires >de l'herpès zoster ophthalmique seraient produites par la dilatation des vaisseaux.
Gould nous a fait connaître un cas d'herpès zoster ophthalmique, où, en dehors de photophobie, de dacryocystite, de névralgies très douloureuses du nerf sus-orbitaire, il a pu constater un voile occupant le pourtour de la papille optique. L'examen de l'œil malade montra dans ce cas un fait assez étrange : l'astigmatisme myopique léger existant antérieurement fit place à un astigmatisme mixte très prononcé, phénomène dû à l'existence des troubles fonctionnels du muscle de l'accommodation. Des recherches récentes ont démontré que la kératite superficielle ponctuée avec toutes ses variétés (kératite maculée de Reuss, kératite nummulaire de Stellwag) caractérisées par l'existence d'opacités ponctuées ou en forme de taches, occupant les couches superficielles de la cornée sont des affections de même nature que l'herpès zoster ophthalmique.
Nous avons démontré que les lésions des nerfs trophiques produisent des troubles fonctionnels divers : œdème des paupières, injection plus ou moins prononcée de la conjonctive, troubles inflammatoires de la cornée et de l'iris (quelquefois avec synéchies), qu'on explique dans d'autres affections par le passage de germes infectieux, mais qui dans l'herpès existent, d'après Kocks, même si la cornée est indemne.
Les trophonévroses peuvent par suite provoquer elles-mêmes des troubles inflammatoires, comme le démontre par exemple l'inflammation de la papille optique dans l'herpès zoster ophthalmique et dans l'hémiatrophie faciale et l'inflammation du tractus uvéal dans cette dernière affection. Ce fait a un grand intérêt scientifique : Il démontre que des processus inflammatoires peuvent être provoqués non seulement par l'invasion de germes infectieux, mais aussi par une lésion des nerfs trophiques.