NÉVRALGIE DU TRIJUMEAU. TIC DOULOUREUX
consécutive ù l'irritation du trijumeau et compliquée de dyschromatopsie, survenue chez un garçon âgé de onze ans dans les conditions suivantes : à la suite d'une blessure du nerf sus-orbitaire, on avait constaté toute une série de phénomènes complexes, photophobie, blépbarospasme, diminution de l'acuité visuelle des deux côtés. Quatorze jours après survinrent des crampes des muscles de la face, le nerf sus-orbitaire devenait douloureux à la pression, et il apparaissait du rétrécissement du champ visuel et de l'achromatopsie (le malade confondait le rose avec le bleu). Plus tard, on note de la diplopie croisée. Ces phénomènes s'amendèrent sous l'influence d'injections sous-cutanées de morphine, et ce fait démontre qu'ils étaient provoqués par l'irritation du trijumeau.
L'irritation du nerf trijumeau peut encore provoquer des troubles du côté des nerfs moteurs. Ainsi, dans quelques cas, à la suite d'un accès de tic convulsif, l'accommodation devient douloureuse et la fixation pénible. Du côté du nerf facial cette irritation, dans un cas observé par Leber, a provoqué un véritable tic convulsif; dans d'autres cas il n'en est résulté qu'un blépharo-spasme. De Graefe a publié un cas de blépharospasme survenu à la suite d'une blessure de la première branche du trijumeau. Le blépharospasme n'a guéri qu'après la section du nerf sus-orbitaire.
Nous avons déjà parlé des troubles trophiques consécutifs aux affections du trijumeau. Ces troubles se produisent non seulement à la suite de lésions du ganglion de Gasser, mais même à la suite d'une lésion située en dehors du ganglion lorsqu'elle est consécutive à une affection de la racine bulbaire du trijumeau (Duval).
On a constaté, à la suite de névralgies du trijumeau, l'herpès zoster, la chute des cheveux, la chute des cils, le grisonnement de la tête, le grisonnement des cils à la suite de la névrose sympathique, et enfin, dans des cas exceptionnels, des troubles graves analogues à ceux de l'ophthalmie névro-paralytique (Strumpell, loc. cit., p. 29).
La connaissance des points d'émergence du nerf, points qui deviennent sensibles à la pression dans l'affection de l'ophthalmique de Willis, est très importante pour le diagnostic de la partie affectée. On sait que le lacrymal émerge de la partie externe de la paupière supérieure (point lacrymal) ; le frontal avec sa branche externe, sort de l'échancrure sus-orbitaire (point sus-orbitaire). Le nerf nasal et sa branche externe sortent au-dessous de l'angle externe de l'œil (point nasal). La branche interne du nerf nasal traverse le cartilage latéral du nez et s'épanouit dans le lobule nasal (point naso-lobaire).
Chibret a constaté que quelques cas de kératite et d'iritis sont des affections synalgiques dépendantes d'une affection du trijumeau. Ces affections, dont Chibret a observé et suivi plusieurs cas, se distinguent des affections similaires, et notamment des autres kératites et
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iritis, de la façon suivante : 1° en explorant par la pression digitale les émergences du sus-orbitaire et des branches du nasal externe, on trouve que les affections synalgiques de l'œil coïncident constamment avec la sensibilité plus ou moins vive de ces émergences à la pression, qui détermine quelquefois une douleur intolérable ; 2° le massage des émergences nerveuses, douloureuses à la pression, constitue, d'après Chibret, un traitement sûr, rapide et souvent unique des affections synalgiques de l'œil. D'un autre côté ces affections et les troubles trophiques qu'elles occasionnent dans la cornée, ont souvent pour conséquence d'augmenter la réceptivité microbienne du tissu cornéen. Elles sont, d'après l'auteur, le point de départ de la gravité d'un certain nombre de kératites infectieuses, qui progressent malgré l'antisepsie et s'arrêtent quand on y ajoute le massage.
Une forme particulière de névrose réflexe du trijumeau, est celle des nerfs ciliaires d'un œil, survenant à la suite d'une affection des. nerfs ciliaires de l'autre œil; on l'a décrite sous le nom de névrose sympathique (Donders).
Dans l'atrophie douloureuse de l'œil, où les nerfs ciliaires sont affectés par suite de la compression produite par une cicatrice par l'ossification de la choroïde, par un ratatinement des cicatrices, par des dépôts calcaires, l'œil sain peut être pris de son côté : 1° il devient sensible à la pression dans les points symétriques à ceux de l'autre œil (de Graefe) ; 2° il devient sensible à la lumière (pbotophobie); 3° on y voit bientôt apparaître d'autres troubles oculaires, tels que l'asthénopie rétinienne, une forte injection péri-cornéenne accompagnée de parésie de l'accommodation.
Il est important de faire le diagnostic différentiel entre la névrose sympathique simple et l'inflammation (ophthalmie) sympathique. En effet, le pronostic de cette dernière affection est excessivement grave pour la vue, et l'énucléaation de l'œil malade devient absolument nécessaire. Ni l'éviscération de l'œil sympathisant, ni la résection du nerf optique de cet œil (voir le cas de Trousseau) ne mettent sûrement l'autre œil à l'abri d'une ophthalmie sympathique. Cette affection, appelée par Deutschmann ophthalmie migratrice, est produite par la propagation à travers le chiasma des microbes de l'œil malade, vers l'œil sain.
BIBLIOGRAPHIE
Névrite multiple. — StriXmpell, loc. cit., p. 122.
Spasme des mcscles animés pab le facial. Tic convulsif. — Strûmpell, loc. cit., p. 106.
Paralysie radiculaire du plexus brachial. — Sutchinson, Med. Tim. a. Gaz., 1868, t. I, p. 584. — Le Bref, Société de biologie, 1853. — Mlle Klumpke, Rev. de méd., juillet et septembre 1886. — Seeligmidler, Berlin, klin. Woch., 1872, p. 43. — Bârwinkel, Deutsch. Arch. f. klin. Med., 1874, p. 545. — Secretan, Thèse de Paris, 1885.
Névralgie du trijumeau. Tic douloureux. — Buval, Journ. de l'anat. et de laphysiol., 1887, novembre, 1878, janvier. — Notta, Arch. gén. de médecine, 1854. — Jacobson, loc. cit., p. 29, 132. — Chibret, Compt. rend, de l'Académie des sciences, 1889, 15 juillet.