CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
Malgré le grand nombre de travaux publiés dans ces dernières années sur les rapports qui existent entre les maladies du nez et celles des yeux, ces rapports ne semblent pas encore suffisamment étudiés. Les relations entre ces deux organes sont très complexes. Il existe souvent une coïncidence fortuite, et qui néanmoins fait supposer une
relation de cause à effet, entre certaines affections des organes olfactifs et ceux de la vision. Une maladie générale peut aussi par son retentissement simultané sur les deux organes, entraîner une affection des yeux et du nez.
L'anatomie nous fait connaître les voies de propagation d'un processus pathologique allant du nez vers l'organe de la vue et viceversa. Les membranes muqueuses nasale et oculaire par leur continuité sont considérées, depuis fort longtemps, comme le chemin que suivent les processus pathologiques pour se propager de l'un des organes à l'autre. Mais il faut se rappeler aussi que l'orbite est entourée de cavités pneumatiques : en haut et en dedans, il y a le sinus frontal; en bas, le sinus maxillaire. La paroi interne de l'orbite (la lame papyracée de l'ethmoïde) n'est autre chose que la paroi externe des cellules ethmoïdales) ; une paroi, généralement très mince, sépare le canal optique du sinus sphénoïdal.
Des solutions de continuité, des espèces de déhiscences se trouvent très fréquemment, et sans que cela soit pathologique, dans les parois osseuses qui séparent les cavités pneumatiques de l'orbite, d'une part, du canal optique, d'autre part. La membrane muqueuse des cavités pneumatiques recouvre alors le tissu orbitaire. Si une communication anormale de ce genre existe sur la paroi inféro-interne du canal optique, ainsi que je l'ai constaté dans des préparations anatomiques, la muqueuse du sinus sphénoïdal recouvre la gaîne externe du nerf optique. Ainsi, sans parler des voies lacrymales, nous voyons qu'un processus pathologique peut se propager du nez et des cavités voisines vers l'organe de la vision, et cela par des voies très nombreuses.
Indépendamment des affections qui se communiquent à l'organe visuel par voie directe, il en est qui peuvent l'atteindre par voie réflexe, provoquées par un processus pathologique siégeant dans le nez. Ce sont surtout ces troubles oculaires réflexes d'origine nasale qui ont été plus particulièrement étudiés, depuis les travaux si remarquables de Hack. Gomme exemple des précautions qu'il faut prendre lorsqu'il s'agit de constater si un symptôme oculaire est, ou non, d'origine réflexe, je citerai le larmoiement qui se produit dans certaines maladies des fosses nasales ou des sinus avoisinants.
Ce larmoiement peut être d'origine réflexe et dû à une hypersécrétion de la glande lacrymale ; mais il peut aussi résulter : 1° du gonflement de la muqueuse du cornet inférieur; 2° du gonflement de la muqueuse du canal naso-lacrymal ; 3° de la compression exercée sur le canal naso-lacrymal par une tumeur des cellules ethmoïdales antérieures. Aussi, faut-il être très prudent pour déclarer de nature réflexe le larmoiement qui survient dans les polypes du nez ; ce symptôme peut être produit, ou bien par voie réflexe, ou bien par une
ou même plusieurs causes mécaniques, empêchant l'écoulement des larmes dans les fosses nasales.
De même, un rétrécissement du champ visuel, qui se développe daus le cours d'une maladie du nez, peut être d'origine réflexe, ou causé par une affection du nerf optique consécutive à un processus pathologique qui s'est propagé du nez vers les cavités voisines.
Pour établir le diagnostic différentiel, il existe un moyen très simple : si l'on injecte une solution de cocaïne dans les fosses nasales ou si l'on fait une injection hypodermique de morphine, on fait disparaître ou l'on améliore sensiblement, pour un certain temps, les symptômes oculaires de nature réflexe.